Thursday, March 12, 2026

Lu : L'histoire du roi qui ne voulait pas mourir, Jean Teulé, 2024

Ah, il est mort, le salaud !


Ah, il est mort, le salaud ! Jean Teulé est mort en 2022, et ses amis ont assemblé son manuscrit inachevé et quelques créations de leur cru en un volume qui laisse sur sa faim. Le contraire serait étonnant.

Dans le style inimitable de Jean Teulé, que j'ai déjà évoqué ici et , l'auteur raconte Louis XI, sa cruauté et ses névroses, en particulier son éponyme peur de la mort. Des scènes étonnantes et révoltantes, où tout est sacrifié pour éviter la mort du souverain : des nobles, des serviteurs, des animaux et même des nourrissons. Les scènes s'enchaînent... Sans doute que l'auteur les aurait retouchées ou parsemées d'une trame scénaristique plus complète. Mais rien, juste l'horreur de ces crimes multiples, avec l'humour noir qui sert d'encre à Teulé.

Puis textes et dessins de ses amis, qui racontent sa disparition, son manque, son œuvre, et inventent même le récit de la première de cette histoire au théâtre... avec un parallèle filé entre Louis XI et Jean Teulé, qui à la fin de la représentation manquent tous les deux.

Voilà, il est mort, n'en parlons plus. Lisons-le.

Tuesday, March 3, 2026

Lu : Siegfried et le Limousin, Jean Giraudoux, 1922

Objet Littéraire Non-Identifié. Du moins pour moi.

Prenez la probabilité d'un livre citant un nom allemand et le Limousin dans le titre-même. Multipliez par la probabilité que moi, Limousin perdu en pays germanique (Luxembourg), je trouve par hasard ce petit livre en format poche dans un de ces mouroirs civilisationnels que l'on nomme désormais les boîtes à livres. Ajoutez la probabilité que l'auteur soit vraiment limousin, né au lieu-même où j'ai appris à lire et à écrire, et celle que le récit parle vraiment d'Allemagne et de Limousin. Et vous aurez une idée de l'incongruité de la situation.


Synopsis : peu de temps après-guerre, le narrateur, Limousin exilé à Paris, spécialiste de l'Allemagne et correspondant de journaux pour la presse allemande, se trouve interpellé par une prose qu'il trouve remarquable dans un journal allemand. Il finit par se souvenir qu'elle lui rappelle celle d'un vieil ami, Forestier, mort pendant la guerre, du moins porté disparu. Il se renseigne à propos de l'auteur, un journaliste allemand, S.V.K., et écrit à la rédaction du journal pour le rencontrer. Il devine alors la vérité et se rend sur place pour la constater : le journaliste allemand (Siegfried von Kleist) n'est autre que cet ami français, lui-même germanophone, retrouvé amnésique au milieu du champ de bataille, et qui a été soigné en Allemagne comme s'il était allemand... Le narrateur croise alors toutes sortes de réactions, le déni, le mépris, l'hostilité... entre ceux qui s'inquiètent de voir un Français se mêler de leurs affaires si peu de temps après la guerre, ceux qui ne veulent pas perdre von Kleist devenu un journaliste vedette, ceux qui veulent protéger ce convalescent récent d'un nouveau choc. Il croise aussi de nombreux témoins du passé, d'avant la guerre et en reçoit toutes sortes de souvenirs et d'opinions. L'intrigue se dénoue quand un baron de leurs amis, poussé au pouvoir par une révolution locale à Munich, est lui-même forcé de fuir, et révèle à Kleist ses vraies origines. Celui-ci, toujours amnésique, se résout à un voyage du retour avec le narrateur vers ce Limousin si nouveau. Le roman se conclut sur les sensations du narrateur, lui-même plus parisien que limousin, qui redécouvre son Limousin natal et se remémore les souvenirs de ses parents.

Une histoire alambiquée quoique simple. Un style raffiné... pas ampoulé mais riche. Riche en goûts, en allusions, en clins d'œil... En fait, il est impossible de comprendre toutes les allusions de l'auteur, qui cherche aussi à se signaler à la bonne société de son époque, et à souligner sa connaissance de l'Allemagne. C'est une lecture de longue haleine à cause de ce style riche, très riche, trop riche ? (imaginez un foie gras aux truffes sur pain brioché aux raisins avec un chutney de prunes et arrosé de Monbazillac) mais aussi plein de plaisanteries et d'invention.

Bref, un bon souvenir, mais je ne le relirai pas immédiatement, j'ai pris ma dose. Je suis heureux d'avoir lu de la prose de Giraudoux, je ne connaissais que son théâtre.