Lu : Europe Japon, regards croisés en bandes dessinées
La présentation de cet ouvrage collectif est amusante : deux parties, une concernant le Japon tel que vu dans les bandes dessinées européennes, l'autre présentant l'Europe telle que vue dans les mangas japonais. La conclusion de l'ouvrage étant située... en plein milieu !
Il s'agit d'une présentation des interactions entre ces pays et leurs bandes dessinées, suivant un certain nombre de thématiques. On y a apprend beaucoup de choses sur divers sujet et je suis confiant en disant que même l'amateur invétéré de manga découvrira des aspects ou des auteurs qu'il ne connaissait pas.
Chaque thème est illustré avec des extraits des différents mangas ou bandes dessinées, en citant bien titres et auteurs, mais fait aussi l'objet de paragraphes explicatifs. On découvre ainsi que l'interaction Europe-Japon dans le domaine de la bande dessinée a commencé au XIXème siècle. En fait, elle a même démarré sur les chapeaux de roue à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. (Nos échanges actuels démarrés dans les années 80 et 90 n'en sont que les héritiers.)
À cette époque, le Japon s'occidentalisait à grande vitesse et participait au concert (à la cacophonie) des armées du monde. Il s'opposait tour à tour à la Russie, à la Chine, etc. Chacune de ces guerres était l'occasion d'échanges intenses dans les correspondances et surtout, de reportages dans les journaux de l'époque.
Si le journal papier de qualité a en grande partie disparu de nos jours (son plus digne successeur étant le flux RSS), à l'époque, il était le principal vecteur d'information. Ces journaux étaient illustrés, tant au Japon qu'en Europe. Ces illustrations étaient soit informatives soit satiriques : le petit dessin à la Charlie Hebdo n'est pas jeune ! En fait, il a été importé au Japon par des éditeurs français et anglais installés là-bas. Étrange, d'apprendre que beaucoup de dessinateurs japonais considèrent un français, Georges Ferdinand Bigot, comme l'un des précurseurs du manga ! De son côté, les bandes dessinées se sont beaucoup inspirées du Japon pour ses estampes et, bien sûr, pour son contenu culturel.
On voit ainsi une large influence mutuelle. Le Japon évoque à propos de l'Europe : sa gastronomie, son histoire, ses mythologies, sa Belle Époque, son architecture. L'Europe évoque à propos du Japon : ses samouraïs, le niveau de codification des règles sociales, sa rapide transformation pendant l'ère Meiji, ses rituels tels que la cérémonie du thé...
L'influence mutuelle continue de plus belle après la seconde guerre mondiale. Le thème du vide ressenti par les soldats après la guerre est pro-éminent. Le boom de la fin du XXème siècle annonce la vague que nous connaissons : le manga moderne qui influence largement l'Europe. On sent aussi une légère amertume des auteurs quant au manque de pénétration de la bande dessinée européenne moderne au Japon, avec quelques exceptions constituées d'auteurs qui travaillent des deux côtés et assimilent les deux référentiels culturels. Frédéric Boilet et Jiro Taniguchi en sont de bons exemples.
J'ai aussi appris une chose que j'ignorais entièrement : les Japonais font un large usage du manga pour l'apprentissage de la culture. Ainsi, des mangas sont publiés sur de nombreux sujets d'histoire ou de géographie européenne. Tout force la curiosité, semble-t-il.
Bref, un bon ouvrage qui ravira tous ceux qui prendront le temps de le lire et non seulement de le parcourir :-)
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Sunday, June 23, 2013
Friday, April 5, 2013
Quelques notions sur la Roumanie [2/3] : Les minorités de Roumanie
Quelques notions sur la Roumanie, à l'attention des amis qui
m'accompagnent dans mon prochain voyage (et de tout autre intéressé à
lire cette page). Voir l'article 1 : Les Roumains.
Wikipédia possède un bon petit article sur le sujet et notamment une belle carte que je reprends ici (cliquez dessus pour l'agrandir).
Mais bon, c'est un peu court, et je préfère ma façon d'aborder les choses.
Les Rroms
Une première minorité, en Roumanie, ce sont les Rroms, qu'on appelle là-bas Tziganes. Ils peuvent être nomades ou installés en petits villages. Plus rarement, l'époque communiste leur a donné des quartiers entiers dans des grandes villes, qui ressemblent maintenant à des favelas intra-muros ou à des vieux quartiers en ruines. Généralement, les polices municipales ne sont pas tendres avec eux et ils ne fréquentent guère les centres-villes modernes.
Les Sicules
Les Sicules sont un peuple magyarophone (qui parle hongrois) mais ne se considère pas hongrois. Il y a plusieurs hypothèses vivement débattues sur leur arrivée dans la région, certaines aussi folkloriques que leur descendance directe des Huns d'Attila. On admet généralement qu'il s'agit de Hongrois qui auraient été déportés du Xème au XIIème siècle au creux des Carpates pour repousser d'éventuels envahisseurs.
Une bonne partie du folklore de la Transylvanie est lié aux Sicules. Ils ont eu un grand impact sur la culture locale : architecture, toponymie, nourriture, langue, traditions... Aujourd'hui encore, plusieurs villes portent des noms qui leur font directement référence : Târgu Secuiesc (le marché des Sicules), Odorheiu Secuiesc (la cour des Sicules), etc.
Les Hongrois
Il y a aussi de nombreux Hongrois non-Sicules en Roumanie. Certains sont arrivés dès le Moyen-Âge mais la plupart se sont installés quand la Transylvanie a été annexée à l'Empire Austro-Hongrois de 1867 à 1918. Dans toute la Transylvanie, il y a quasiment un continuum de présence des Hongrois et des Sicules. Certaines figures hongroises font partie intégrante de l'histoire de la Roumanie, tel Matthias Corvin, l'un des rois les plus marquants de l'histoire de Hongrie, né à Cluj en Transylvanie.
Les Juifs
Une large minorité de Juifs existait en Roumanie avant-guerre. Une grande partie a fui le pays, ou pris les nationalités russe, bulgare ou hongroise au gré des traités et des conquêtes des pays voisins. Néanmoins, dans ces nouveaux pays comme en Roumanie-même, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont exterminés par des régimes collaborant avec le 3ème Reich.
Il reste aujourd'hui à peine quelques milliers de Juifs en Roumanie. Bucarest était cependant un centre culturel et tend aujourd'hui à se re-dynamiser grâce à quelques initiatives culturelles (lycée, théâtre, etc.)
Les Saxons
Les Saxons de Transylvanie se sont installés dès le XIIème siècle en Transylvanie. Ils avaient comme double but l'établissement de colonies marchandes et la défense face aux envahisseurs (Turcs, Tatars, Coumans...) et étaient encouragés et soutenus par les rois de Hongrie.
Le terme de « Saxons » est en partie abusif car ces colons ne venaient pas seulement de Saxe mais aussi d'autres endroits, comme le Luxembourg, la Lorraine ou d'autres régions de l'Allemagne actuelle.
Les Saxons se sont largement organisés autour de quelques grandes villes fortifiées, dont les sept plus connues sont en allemand : Bistritz, Hermannstadt, Klausenburg, Kronstadt, Mediasch, Mühlbach et Schässburg, soit en roumain : Bistriţa, Sibiu, Cluj, Braşov, Mediaş, Sebeş et Sighişoara. Aujourd'hui encore, la Transylvanie est appelée Siebenbürgen (les septs bourgs) en allemand.
Quoique la plupart des Saxons aient aujourd'hui quitté la Roumanie pour s'installer en Allemagne ou en Autriche, la Transylvanie est restée très marquée par la culture germanique, qui se lit sans difficulté dans l'architecture de ses villes et dans la présence d'églises protestantes. La culture germanophone est encore très dynamique en Roumanie.
Les Souabes
Les Souabes du Banat se sont installés au XVIIIème siècle pour peupler la plaine fertile du Banat (région de Timişoara) et protéger la région contre les éventuels envahisseurs ottomans arrivant par les Balkans. Il s'agit encore aujourd'hui d'une minorité active culturellement, bien qu'ils aient, eux aussi, largement émigré vers l'Allemagne et l'Autriche.
Les Ukrainiens (et les Russes)
Les Ukrainiens sont nombreux dans le nord du pays, près de l'Ukraine. Cette zone nord étant l'une des moins peuplées et des plus pauvres (Maramureş actuel), elle n'a pas attiré les attentions précises des grandes puissances au cours de l'histoire. Les Ukrainiens et les Roumains sont donc répartis assez uniformément au sud comme au nord de la frontière (quoique l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne ait donné aux Roumains d'Ukraine une bonne raison de traverser la frontière). Dans une ville très culturelle comme Sighetu Marmaţiei (40 000 habitants), on trouve une forte minorité ukrainienne, une église ukrainienne, un centre culturel ukrainien.
Les Ukrainiens et les Russes sont aussi, bien évidemment, nombreux dans le « pays Moldavie » (république de Moldova). Dans certaines zones, ils sont quasi-majoritaires.
Les Bulgares et les Serbes
Les Bulgares étaient historiquement installés sur le bord de la Mer Noire. La Dobrogée, cette région côtière de Roumanie, contient beaucoup de Bulgares historiques, de même que le rivage du Danube, des deux côtés de la frontière.
Les « Serbes » se sont installés de façon plus anarchique dans les Balkans et la plaine du Banat ne constituait pas une frontière naturelle nette, telle que pouvait l'être le Danube. Aujourd'hui encore, il y a de nombreux Serbes dans la plaine du Banat et une minorité active dans la ville de Timişoara.
Attention : pour différentes raisons culturelles, politiques et surtout linguistiques, les Roumains ont tendance à qualifier tous les Slaves au sud du Danube de « Serbes ». Cette appellation ne correspond donc pas au pays actuel qu'est la Serbie.
Le mélange historique assez pacifique des Bulgares, Serbes et des Roumains a laissé des traces profondes dans la culture roumaine. La plupart des mots slaves de la langue roumaine sont venus par ces peuples. De plus, les anciens textes en roumain utilisaient l'alphabet cyrillique. On trouve encore cet alphabet sur les inscriptions de certaines vieilles églises.
Les Turcs, les Tatars et les Grecs
Les aléas de l'histoire ont aussi laissé des minorités culturelles turques, tatares et grecques sur le bord de la Mer Noire. Soldats turcs en garnison, ports marchands grecs, Tatars déportés en Crimée par les soviétiques.
Les Aroumains
Les Aroumains sont des minorités historiques roumanophones (ou parlant des dialectes largement inter-compréhensibles) qui ont quitté la région originelle de la Roumanie actuelle au premier millénaire. Ils sont principalement présents dans les pays de l'ancienne Yougoslavie et en Grèce.
Les expats
Il reste de nombreuses minorités dont je n'ai pas parlé mais l'une d'entre elle est très récente et très importante : les expatriés. La ville de Cluj, en Transylvanie, est très appréciée par les étudiants et renommée pour ses soirées Erasmus.
Bucarest est une ville très appréciée par les cadres internationaux. Elle contient même un quartier français spécialement dédié aux expats, près du magnifique parc Herăstrău. Pour des raisons culturelles et linguistiques, les Français, les Italiens et les latins en général bénéficient d'un avantage notable pour s'intégrer en Roumanie.
Wikipédia possède un bon petit article sur le sujet et notamment une belle carte que je reprends ici (cliquez dessus pour l'agrandir).
Mais bon, c'est un peu court, et je préfère ma façon d'aborder les choses.
Les Rroms
Une première minorité, en Roumanie, ce sont les Rroms, qu'on appelle là-bas Tziganes. Ils peuvent être nomades ou installés en petits villages. Plus rarement, l'époque communiste leur a donné des quartiers entiers dans des grandes villes, qui ressemblent maintenant à des favelas intra-muros ou à des vieux quartiers en ruines. Généralement, les polices municipales ne sont pas tendres avec eux et ils ne fréquentent guère les centres-villes modernes.
Les Sicules
Les Sicules sont un peuple magyarophone (qui parle hongrois) mais ne se considère pas hongrois. Il y a plusieurs hypothèses vivement débattues sur leur arrivée dans la région, certaines aussi folkloriques que leur descendance directe des Huns d'Attila. On admet généralement qu'il s'agit de Hongrois qui auraient été déportés du Xème au XIIème siècle au creux des Carpates pour repousser d'éventuels envahisseurs.
Une bonne partie du folklore de la Transylvanie est lié aux Sicules. Ils ont eu un grand impact sur la culture locale : architecture, toponymie, nourriture, langue, traditions... Aujourd'hui encore, plusieurs villes portent des noms qui leur font directement référence : Târgu Secuiesc (le marché des Sicules), Odorheiu Secuiesc (la cour des Sicules), etc.
Les Hongrois
Il y a aussi de nombreux Hongrois non-Sicules en Roumanie. Certains sont arrivés dès le Moyen-Âge mais la plupart se sont installés quand la Transylvanie a été annexée à l'Empire Austro-Hongrois de 1867 à 1918. Dans toute la Transylvanie, il y a quasiment un continuum de présence des Hongrois et des Sicules. Certaines figures hongroises font partie intégrante de l'histoire de la Roumanie, tel Matthias Corvin, l'un des rois les plus marquants de l'histoire de Hongrie, né à Cluj en Transylvanie.
Les Juifs
Une large minorité de Juifs existait en Roumanie avant-guerre. Une grande partie a fui le pays, ou pris les nationalités russe, bulgare ou hongroise au gré des traités et des conquêtes des pays voisins. Néanmoins, dans ces nouveaux pays comme en Roumanie-même, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont exterminés par des régimes collaborant avec le 3ème Reich.
Il reste aujourd'hui à peine quelques milliers de Juifs en Roumanie. Bucarest était cependant un centre culturel et tend aujourd'hui à se re-dynamiser grâce à quelques initiatives culturelles (lycée, théâtre, etc.)
Les Saxons
Les Saxons de Transylvanie se sont installés dès le XIIème siècle en Transylvanie. Ils avaient comme double but l'établissement de colonies marchandes et la défense face aux envahisseurs (Turcs, Tatars, Coumans...) et étaient encouragés et soutenus par les rois de Hongrie.
Le terme de « Saxons » est en partie abusif car ces colons ne venaient pas seulement de Saxe mais aussi d'autres endroits, comme le Luxembourg, la Lorraine ou d'autres régions de l'Allemagne actuelle.
Les Saxons se sont largement organisés autour de quelques grandes villes fortifiées, dont les sept plus connues sont en allemand : Bistritz, Hermannstadt, Klausenburg, Kronstadt, Mediasch, Mühlbach et Schässburg, soit en roumain : Bistriţa, Sibiu, Cluj, Braşov, Mediaş, Sebeş et Sighişoara. Aujourd'hui encore, la Transylvanie est appelée Siebenbürgen (les septs bourgs) en allemand.
Quoique la plupart des Saxons aient aujourd'hui quitté la Roumanie pour s'installer en Allemagne ou en Autriche, la Transylvanie est restée très marquée par la culture germanique, qui se lit sans difficulté dans l'architecture de ses villes et dans la présence d'églises protestantes. La culture germanophone est encore très dynamique en Roumanie.
Les Souabes
Les Souabes du Banat se sont installés au XVIIIème siècle pour peupler la plaine fertile du Banat (région de Timişoara) et protéger la région contre les éventuels envahisseurs ottomans arrivant par les Balkans. Il s'agit encore aujourd'hui d'une minorité active culturellement, bien qu'ils aient, eux aussi, largement émigré vers l'Allemagne et l'Autriche.
Les Ukrainiens (et les Russes)
Les Ukrainiens sont nombreux dans le nord du pays, près de l'Ukraine. Cette zone nord étant l'une des moins peuplées et des plus pauvres (Maramureş actuel), elle n'a pas attiré les attentions précises des grandes puissances au cours de l'histoire. Les Ukrainiens et les Roumains sont donc répartis assez uniformément au sud comme au nord de la frontière (quoique l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne ait donné aux Roumains d'Ukraine une bonne raison de traverser la frontière). Dans une ville très culturelle comme Sighetu Marmaţiei (40 000 habitants), on trouve une forte minorité ukrainienne, une église ukrainienne, un centre culturel ukrainien.
Les Ukrainiens et les Russes sont aussi, bien évidemment, nombreux dans le « pays Moldavie » (république de Moldova). Dans certaines zones, ils sont quasi-majoritaires.
Les Bulgares et les Serbes
Les Bulgares étaient historiquement installés sur le bord de la Mer Noire. La Dobrogée, cette région côtière de Roumanie, contient beaucoup de Bulgares historiques, de même que le rivage du Danube, des deux côtés de la frontière.
Les « Serbes » se sont installés de façon plus anarchique dans les Balkans et la plaine du Banat ne constituait pas une frontière naturelle nette, telle que pouvait l'être le Danube. Aujourd'hui encore, il y a de nombreux Serbes dans la plaine du Banat et une minorité active dans la ville de Timişoara.
Attention : pour différentes raisons culturelles, politiques et surtout linguistiques, les Roumains ont tendance à qualifier tous les Slaves au sud du Danube de « Serbes ». Cette appellation ne correspond donc pas au pays actuel qu'est la Serbie.
Le mélange historique assez pacifique des Bulgares, Serbes et des Roumains a laissé des traces profondes dans la culture roumaine. La plupart des mots slaves de la langue roumaine sont venus par ces peuples. De plus, les anciens textes en roumain utilisaient l'alphabet cyrillique. On trouve encore cet alphabet sur les inscriptions de certaines vieilles églises.
Les Turcs, les Tatars et les Grecs
Les aléas de l'histoire ont aussi laissé des minorités culturelles turques, tatares et grecques sur le bord de la Mer Noire. Soldats turcs en garnison, ports marchands grecs, Tatars déportés en Crimée par les soviétiques.
Les Aroumains
Les Aroumains sont des minorités historiques roumanophones (ou parlant des dialectes largement inter-compréhensibles) qui ont quitté la région originelle de la Roumanie actuelle au premier millénaire. Ils sont principalement présents dans les pays de l'ancienne Yougoslavie et en Grèce.
Les expats
Il reste de nombreuses minorités dont je n'ai pas parlé mais l'une d'entre elle est très récente et très importante : les expatriés. La ville de Cluj, en Transylvanie, est très appréciée par les étudiants et renommée pour ses soirées Erasmus.
Bucarest est une ville très appréciée par les cadres internationaux. Elle contient même un quartier français spécialement dédié aux expats, près du magnifique parc Herăstrău. Pour des raisons culturelles et linguistiques, les Français, les Italiens et les latins en général bénéficient d'un avantage notable pour s'intégrer en Roumanie.
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Thursday, March 28, 2013
Quelques notions sur la Roumanie [1/3] : Les Roumains
Quelques notions sur la Roumanie, à l'attention des amis qui m'accompagnent dans mon prochain voyage (et de tout autre intéressé à lire cette page).
Les Roumains se considèrent essentiellement comme les descendants des Romains qui ont battu les Daces de Décébale en 102 après JC et ont installé dans les Carpates, sur le bord de la Mer Noire et le long du Danube, tout comme en Gaule, des colonies, des villas, des routes et des voies commerciales, etc. La langue roumaine confirme en partie cet héritage : elle est la langue actuelle la plus proche du latin de l'époque.
La Roumanie se compose, grosso modo, de trois grandes parties historiques : la Valachie au sud des Carpates et jusqu'à la Mer Noire, la Moldavie à l'est des Carpates et la Transylvanie de l'autre côté (à l'ouest et au nord) des Carpates.
En résumant, très grosso modo, l'histoire de la Valachie a été de s'affirmer face aux Turcs, l'histoire de la Moldavie a été de s'affirmer face aux Russes et l'histoire de la Transylvanie a été de s'affirmer face aux Germains et à leurs alliés Hongrois. Je dis que je résume grossièrement car les alliances ont été nombreuses avec ou contre ces voisins.
Cette affirmation nationale s'est pleinement réalisée sous la forme de l'union de tous ces territoires en un seul état, de 1918 à 1940, période connue sous le nom de « Grande Roumanie ».
Le « pays Moldavie », ou république de Moldova, est un reste de l'éclatement de l'URSS en 1991. On y parle roumain essentiellement, quoique les minorités russes et ukrainiennes soient importantes. Aujourd'hui encore, la plupart des Roumains espèrent la ré-inclusion du « pays Moldavie » dans la Roumanie.
Les Roumains, si on les définit comme personnes de culture roumaine, sont aussi installés dans les pays voisins, suite aux aléas de l'histoire : Ukraine au nord, Hongrie et Serbie à l'ouest, Bulgarie au sud et un peu partout dans les Balkans.
Les Roumains ont aussi une large diaspora, à commencer par les pays Européens de culture latine : Italie, Espagne, France et, dans une moindre mesure, d'autres pays économiquement ou historiquement accueillants tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Canada (surtout la partie francophone).
Les Roumains se considèrent essentiellement comme les descendants des Romains qui ont battu les Daces de Décébale en 102 après JC et ont installé dans les Carpates, sur le bord de la Mer Noire et le long du Danube, tout comme en Gaule, des colonies, des villas, des routes et des voies commerciales, etc. La langue roumaine confirme en partie cet héritage : elle est la langue actuelle la plus proche du latin de l'époque.
La Roumanie se compose, grosso modo, de trois grandes parties historiques : la Valachie au sud des Carpates et jusqu'à la Mer Noire, la Moldavie à l'est des Carpates et la Transylvanie de l'autre côté (à l'ouest et au nord) des Carpates.
Carte grossière montrant les régions roumaines historiques : Transylvanie en rose, Valachie en bleu et Moldavie en jaune.
En résumant, très grosso modo, l'histoire de la Valachie a été de s'affirmer face aux Turcs, l'histoire de la Moldavie a été de s'affirmer face aux Russes et l'histoire de la Transylvanie a été de s'affirmer face aux Germains et à leurs alliés Hongrois. Je dis que je résume grossièrement car les alliances ont été nombreuses avec ou contre ces voisins.
Cette affirmation nationale s'est pleinement réalisée sous la forme de l'union de tous ces territoires en un seul état, de 1918 à 1940, période connue sous le nom de « Grande Roumanie ».
Le « pays Moldavie », ou république de Moldova, est un reste de l'éclatement de l'URSS en 1991. On y parle roumain essentiellement, quoique les minorités russes et ukrainiennes soient importantes. Aujourd'hui encore, la plupart des Roumains espèrent la ré-inclusion du « pays Moldavie » dans la Roumanie.
Les Roumains, si on les définit comme personnes de culture roumaine, sont aussi installés dans les pays voisins, suite aux aléas de l'histoire : Ukraine au nord, Hongrie et Serbie à l'ouest, Bulgarie au sud et un peu partout dans les Balkans.
Les Roumains ont aussi une large diaspora, à commencer par les pays Européens de culture latine : Italie, Espagne, France et, dans une moindre mesure, d'autres pays économiquement ou historiquement accueillants tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Canada (surtout la partie francophone).
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Poitiers, France
Friday, January 25, 2013
Lu : Dictionnaire insolite de la Roumanie
Je viens de finir ma première lecture du Dictionnaire insolite de la Roumanie, par Diane Chesnais. Je compte bien y revenir, comme dans tout dictionnaire qui se respecte.
La Roumanie est un pays bien surprenant ! Alors que j'ai vécu un an à Bucarest et que j'ai voyagé cinq fois à travers la Roumanie, je peux avouer que plus de 90% du contenu de ce dictionnaire insolite était tout à fait... insolite, pour moi !
Beaucoup de lieux et d'activités insoupçonnés au détour des pages. Pour n'en citer que quelques-uns : le nano-satellite GOLIAT, les volcans de boue, les nobles du pays des Sicules qui transforment leurs anciens manoirs en chambres d'hôtes ou des orchestres de musique classique itinérants.
Je prépare mon prochain voyage en Roumanie et je vais regarder avec attention ce qui, parmi tout ça, se trouvera sur mon chemin :-D
La Roumanie est un pays bien surprenant ! Alors que j'ai vécu un an à Bucarest et que j'ai voyagé cinq fois à travers la Roumanie, je peux avouer que plus de 90% du contenu de ce dictionnaire insolite était tout à fait... insolite, pour moi !
Beaucoup de lieux et d'activités insoupçonnés au détour des pages. Pour n'en citer que quelques-uns : le nano-satellite GOLIAT, les volcans de boue, les nobles du pays des Sicules qui transforment leurs anciens manoirs en chambres d'hôtes ou des orchestres de musique classique itinérants.
Je prépare mon prochain voyage en Roumanie et je vais regarder avec attention ce qui, parmi tout ça, se trouvera sur mon chemin :-D
Location:
Poitiers, France
Saturday, January 19, 2013
Lu : Au tableau !
J'ai achevé, les larmes de rire aux yeux, le recueil Au tableau ! de Frigyes Karinthy (titre original : Tanar ur kerem, littéralement "M'sieur, s'il vous plaît", en hongrois, 1916).
L'auteur, arrivé sur ses 27 ans, revient sur son enfance et écrit son journal intime comme il l'aurait écrit s'il revenait à cette époque. Au menu : son collège, ses camarades de classe, les blagues de potaches, ses professeurs, ses notes, ses blancs quand on l'interroge au tableau, ses cachoteries à ses parents, ses passages à la pâtisserie du coin quand sonne la cloche...
C'est très tendre, drôle et pourtant ça ne s'adresse pas forcément à des très jeunes ou des adolescents. Plutôt à des adultes, une supplique à retrouver l'enfant qui est en eux, à se rappeler les causes de ce qu'ils sont, à ne pas laisser l'amertume aigrir leurs vies.
Pour vous donner l'eau à la bouche, voilà les titres des chapitres :
Ce livre, Au tableau ! en est l'exemple. Il est très connu et étudié en Hongrie, de façon comparable aux Fables de La Fontaine en France. Et pourtant, sa première traduction en français date de 2012. Et pourtant, sa seule page Wikipedia est en hongrois. Ni anglais, ni français, ni allemand.
Il y a encore beaucoup d'efforts à faire et il y a un gisement de culture et d'emplois dans l'imprégnation culturelle européenne et, a fortiori, mondiale.
Pour finir, mes remerciements à la traductrice et à l'éditeur, sans qui je n'aurais pas découvert cette pépite.
L'auteur, arrivé sur ses 27 ans, revient sur son enfance et écrit son journal intime comme il l'aurait écrit s'il revenait à cette époque. Au menu : son collège, ses camarades de classe, les blagues de potaches, ses professeurs, ses notes, ses blancs quand on l'interroge au tableau, ses cachoteries à ses parents, ses passages à la pâtisserie du coin quand sonne la cloche...
C'est très tendre, drôle et pourtant ça ne s'adresse pas forcément à des très jeunes ou des adolescents. Plutôt à des adultes, une supplique à retrouver l'enfant qui est en eux, à se rappeler les causes de ce qu'ils sont, à ne pas laisser l'amertume aigrir leurs vies.
Pour vous donner l'eau à la bouche, voilà les titres des chapitres :
- Introduction
- Sept heures du matin
- Je suis arrivé en retard
- Je vends mon livre
- Le bon élève est interrogé
- Le mauvais élève est interrogé
- L'homme recalé
- Composition hongroise
- Toute la classe rigole
- Mes expériences
- J'explique mon bulletin
- Les filles
- Mon journal
- Je pendouille aux agrès
- Le conseil de détresse
- Mensonges
Ce livre, Au tableau ! en est l'exemple. Il est très connu et étudié en Hongrie, de façon comparable aux Fables de La Fontaine en France. Et pourtant, sa première traduction en français date de 2012. Et pourtant, sa seule page Wikipedia est en hongrois. Ni anglais, ni français, ni allemand.
Il y a encore beaucoup d'efforts à faire et il y a un gisement de culture et d'emplois dans l'imprégnation culturelle européenne et, a fortiori, mondiale.
Pour finir, mes remerciements à la traductrice et à l'éditeur, sans qui je n'aurais pas découvert cette pépite.
Location:
Poitiers, France
Revu : Taxidermie
Taxidermie, de Gyorgy Palfi, adapté de nouvelles de Lajos Parti Nagy, sorti en 2006, que j'avais eu l'occasion de voir à mon cinéma préféré de Marseille, le Variétés, sur la Canebière.
Ce film comporte des scènes crues, qui peuvent choquer. Je vous conseille de le voir parce qu'il est unique. Fait amusant, l'affiche du film est très variable selon les pays. Ci-dessous, l'affiche américaine :
et celle de France :
Il faut dire que le film se prête aux affiches spectaculaires, vu le travail du graphisme et les nombreuses scènes uniques dans l'histoire du cinéma.
Ce film, je ne l'ai pas reçu de la même façon en janvier 2013 qu'en 2006.
En 2006, je m'émerveillais devant l'inventivité du réalisateur, devant son culot, je me disais qu'il fallait que je trouve le texte d'origine qui se cachait derrière ce film, je me disais que le fait de rassembler les acteurs et les non-acteurs nécessaires à la réalisation de ce film avait dû être une tâche harassante. Je me demandais la part de génie et la part de névrose chez l'auteur.
En 2013, j'ai pris du recul sur le contenu, certes, qui ne me choque plus autant. Je m'émerveille avant tout sur la qualité symbolique des choix du réalisateur. Je sais que l'auteur du texte d'origine cherche à mettre en valeur l'absurdité de la vie. Quelle réussite !
Un point commun toutefois entre 2006 et 2013, je me dis encore aujourd'hui qu'il faut que je creuse ma connaissance de l'auteur du texte d'origine. On mentionne qu'il est aussi poète en vers. Ça doit être quelque chose ! Mais je ne suis pas sûr qu'il soit traduit et je ne lis pas encore le hongrois dans le texte :-(
Pour ceux qui auraient des difficultés à trouver ce film rare (d'auteur, choquant, hongrois, trois raisons à cette rareté), je dois pouvoir le leur prêter.
Ce film comporte des scènes crues, qui peuvent choquer. Je vous conseille de le voir parce qu'il est unique. Fait amusant, l'affiche du film est très variable selon les pays. Ci-dessous, l'affiche américaine :
et celle de France :
Il faut dire que le film se prête aux affiches spectaculaires, vu le travail du graphisme et les nombreuses scènes uniques dans l'histoire du cinéma.
Ce film, je ne l'ai pas reçu de la même façon en janvier 2013 qu'en 2006.
En 2006, je m'émerveillais devant l'inventivité du réalisateur, devant son culot, je me disais qu'il fallait que je trouve le texte d'origine qui se cachait derrière ce film, je me disais que le fait de rassembler les acteurs et les non-acteurs nécessaires à la réalisation de ce film avait dû être une tâche harassante. Je me demandais la part de génie et la part de névrose chez l'auteur.
En 2013, j'ai pris du recul sur le contenu, certes, qui ne me choque plus autant. Je m'émerveille avant tout sur la qualité symbolique des choix du réalisateur. Je sais que l'auteur du texte d'origine cherche à mettre en valeur l'absurdité de la vie. Quelle réussite !
Un point commun toutefois entre 2006 et 2013, je me dis encore aujourd'hui qu'il faut que je creuse ma connaissance de l'auteur du texte d'origine. On mentionne qu'il est aussi poète en vers. Ça doit être quelque chose ! Mais je ne suis pas sûr qu'il soit traduit et je ne lis pas encore le hongrois dans le texte :-(
Pour ceux qui auraient des difficultés à trouver ce film rare (d'auteur, choquant, hongrois, trois raisons à cette rareté), je dois pouvoir le leur prêter.
Tuesday, September 18, 2012
La question européenne dans « Poliţist, adjectiv »
J'ai eu l'occasion de revoir ce film roumain présenté à Cannes en 2009 : Policier, adjectif. Si vous avez deux heures à consacrer à un film intéressant mais sans prétention, c'est un bon choix. Je ne vais pas faire un commentaire en long et en large : c'est l'histoire d'un policier qui se demande s'il est bien moralement correct d'envoyer un adolescent en prison pour avoir simplement consommé du cannabis.
Il est beaucoup question d'Europe, dans ce film, et c'est ce qui m'intéresse ici. Directement ou indirectement, le film pose la question politique de l'intégration de la Roumanie dans l'Europe d'aujourd'hui. L'auteur choisit de montrer que la Roumanie reste ancrée dans sa relation à l'Europe d'hier et ne se tourne pas assez vers celle de demain.
Il est beaucoup question d'Europe, dans ce film, et c'est ce qui m'intéresse ici. Directement ou indirectement, le film pose la question politique de l'intégration de la Roumanie dans l'Europe d'aujourd'hui. L'auteur choisit de montrer que la Roumanie reste ancrée dans sa relation à l'Europe d'hier et ne se tourne pas assez vers celle de demain.
- Le choix du sujet. La Roumanie est l'un des derniers pays d'Europe à faire la chasse aux fumeurs de cannabis. En tout cas, c'est le dernier où l'on peut faire de la prison ferme pour de la simple consommation.
- La méthode de traque du policier : la filature. On croirait un vieux film sur l'Allemagne de l'est. Filer ainsi un citoyen pour une affaire aussi banale est une chose qui ne se fait plus en Europe de l'ouest.
- L'omniprésence de la hiérarchie. S'il est bien un point que le film montre, c'est le manque d'initiative et de responsabilisation des fonctionnaires roumains. On leur demande d'être un engrenage bien huilé dans la machine d'état, rien de plus.
- L'omniscience de la hiérarchie. Même le personnage principal du film se contente de poser des questions à son chef, il n'affirme jamais son opposition.

- Le recours au dictionnaire. Le dictionnaire, obsession latine commune aux Roumains et aux Français, peut être un outil de libération. Ici, il sert à enfermer. Policier ? L'état roumain est décrit comme "policier", cet adjectif venant de l'allemand. Quant au policier, on l'affuble d'une définition venue de l'allemand en passant par le russe. Ces deux mots en gras, allusions au XXème siècle européen, sur l'un des derniers plans du film, résument le message de l'auteur : l'état roumain devrait se tourner vers l'avenir.
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