Écouté mes premiers Asimov en livre audio. Les trois tomes originaux (Fondation, Fondation et Empire, Seconde Fondation), le tout en traduction française. Un régal absolu. L’œuvre étant peu connue du grand public, un petit débriefing s'impose (ci-dessous, proposé par Gemini, ne nous cachons pas), d’autant que le voyage vaut le détour.
Pour faire simple : oubliez Star Wars. Si vous cherchez des duels au sabre laser, des explosions de planètes et de l'action non-stop, passez votre chemin. Fondation, c’est l'histoire de la chute de l’Empire romain transposée à l’échelle galactique, où l’arme suprême n’est pas le canon à plasma, mais la sociologie et la statistique.
Le pitch : Les mathématiques contre la barbarie
Au départ, l’Empire galactique est un colosse aux pieds d'argile qui s'étend sur des millions de mondes. Tout le monde le croit éternel, sauf un homme : le mathématicien Hari Seldon. Grâce à la "psychohistoire" — une science de son invention capable de prédire mathématiquement les comportements des grandes masses humaines —, son verdict est sans appel. L'Empire va s'effondrer. S'ensuivront 30 000 ans de chaos et de barbarie.
Pour réduire cette période de ténèbres à "seulement" un millénaire, Seldon crée la Fondation sur Terminus, un caillou paumé aux confins de l'univers. Officiellement, une bande de geeks doit y rédiger une Encyclopédie Galactique. Officieusement, ils sont le germe du futur Second Empire.
La mécanique : Gagner des guerres en fumant des cigares
Ce qui est jubilatoire dans cette trilogie, c'est sa structure. Seldon (mort depuis belle lurette) a tout prévu. Régulièrement, la Fondation traverse une "crise Seldon" (une menace d'invasion, une guerre civile). Et à chaque fois, un hologramme préenregistré du vieux sage apparaît dans un caveau pour valider le fait que la Fondation a survécu.
Comment ? Par la force de la pure logique historique. La Fondation triomphe de ses voisins belliqueux sans tirer un seul coup de feu :
D’abord, en transformant sa technologie en religion : les techniciens deviennent des prêtres, l’électricité devient divine, et le chantage à l’excommunication calme les rois barbares.
Ensuite, par le capitalisme marchand (rendre les voisins dépendants de vos gadgets de confort. Impossible de faire la guerre à votre unique fournisseur d'énergie).
Les personnages passent leur temps dans des salons ou des bureaux à fumer le cigare, à boire des verres et à analyser la situation. C'est une immense partie d'échecs intellectuelle. La narration est renforcée par des personnages forts : sympathiques ou antipathiques, naïfs ou matois, victimes ou bourreaux, etc.
Le grain de sable : Le Mulet et les mentalistes
Tout allait bien dans le meilleur des mondes déterministes jusqu'à ce qu'Asimov introduise un grain de sable génial au milieu de sa trilogie : le Mulet.
Ce mutant, capable de manipuler les émotions humaines pour s'assurer une loyauté absolue, est un électron libre. Comme la psychohistoire ne prédit que les mouvements de masse et pas les cas individuels, le plan Seldon déraille complètement. Le Mulet met la Fondation à genoux en quelques années.
C’est là qu’intervient le grand twist de l’œuvre : l’existence de la Seconde Fondation. Cachée à l’autre bout de la galaxie, composée non pas de scientifiques mais de "mentalistes" et de psychohistoriens, elle agit dans l’ombre pour contrer le mutant, redresser l'Histoire et... se cacher de la Première Fondation, qui commence à les chercher avec un brin de paranoïa.
--
Voilà. Une œuvre conceptuelle, froide mais passionnante, qui se déguste merveilleusement bien au casque audio. On en ressort avec l'impression d'avoir révisé ses cours de géopolitique et de macro-histoire, le tout à l'échelle des étoiles. Une performance remarquable pour des textes qui ont plus de 70 ans.


No comments:
Post a Comment
Please feel free to comment in any language.