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Saturday, June 6, 2026

Lu : L'impossible retour, d'Amélie Nothomb, 2024

 Lu mon premier Amélie Nothomb, L'impossible retour.

La voix est agréable, le personnage sympathique dans le sens où on peut s'identifier à un certain nombre de ses réactions. Il s'agit d'un carnet de voyage, Amélie revient au pays du soleil levant, tant d'années après son enfance et après ses tribulations de Stupeur et tremblements (j'ai vu le film, à lire...) et y sert de guide de voyage pour son inarrêtable amie Pep.

Au menu se trouvent des visites, mais aussi des visites intérieures, des introspections, retour sur son passé, sa difficulté à vivre au Japon mais aussi sa difficulté à en partir. Lecture facile et agréable en 150 pages, mais rien de fondateur. Plutôt un fan service bienvenu pour les amateurs de Stupeurs et tremblements.


Sunday, November 3, 2024

Lu : Le château de Hurle, Diana Wynne Jones

Lu : Le château de Hurle, Diana Wynne Jones

Première publication en anglais en 1986, traduit en français en 2004, re-publié en 2020 dans la collection ci-dessous, avec d'autres textes ayant inspiré Miyazaki.

En un mot : la jeune Sophie travaille dans une boutique de chapeaux, elle rencontre par hasard le magicien Hurle, ce qui lui vaut l'inimitié de la Sorcière des Landes qui lui jette une malédiction, la transformant en très vieille femme. Sophie ainsi défigurée s'enfuit de sa ville et de toute sa vie passée, et trouve refuge dans le château ambulant du magicien Hurle. Elle essaye ensuite de trouver les moyens de lever sa malédiction et de démêler les secrets de ce magicien très capricieux.

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Le château de Hurle a été mis en scène sous le nom de Château ambulant. L'ennui de lire le texte original après avoir vu le film (tout comme l'inverse), c'est que l'on s'est créé des attentes. Grosse déception en perspective. Le château de Hurle est un roman très inventif et propice aux interprétations poétiques mais c'est aussi une présentation enfantine, un style d'écriture orienté pour un lectorat d'adolescentes (insistance sur les pensées du personnage, ses émotions, sa lecture des émotions des autres personnages, etc.) et une histoire assez pauvre dont le sel est -au final- l'histoire particulière de chacune des trois sœurs (dont Sophie).

Certains chapitres traînent en longueur, reposant uniquement sur l'interaction entre Sophie et le magicien. Elle découvre peu à peu, s'imagine des explications, cherche à les valider, essaye de tirer les vers du nez de Hurle, etc.

J'espérais une histoire plus riche, un monde plus vaste et des perspectives plus ouvertes par rapport au film. C'est l'inverse. Il fallait le génie de Miyazaki pour illustrer et captiver par cette histoire. Je pense qu'il fallait même le génie de Miyazaki pour lire ce livre et se dire qu'il était possible d'en faire une belle histoire. Le livre n'avait d'ailleurs pas retenu l'attention des éditeurs français, vu qu'il n'a été traduit qu'à l'occasion de la sortie du film en 2004.



Sunday, April 3, 2016

Lu : Hiroshige, par Adèle Schlombs


Hiroshige (1797-1858) est avec Hokusai l'un des peintres majeurs de l'époque Edo du Japon, époque d'explosion citadine et bourgeoise. La bourgeoisie des marchands et des artisans, méprisée par la culture confucéenne de l'époque, se développe et obtient un pouvoir de facto lié à sa prospérité. Elle réclame une culture propre, loin des idéaux de la caste samouraï ou des thèmes religieux. L'ukiyo-e est cette expression : sujets frivoles, activités quotidiennes, beauté du monde tel qu'il est, réalité plutôt qu'idéal, etc.

Influencés par les techniques artistiques européennes et par leur liberté de thème, des auteurs comme Hokusai ou Hiroshige illustrent le monde tel qu'il est, et créent de grandes séries d'estampes, qui s'arrachent comme des petits pains. Elles décrivent le petit peuple, les paysages, les traditions, les discussions et les accidents du quotidien, les animaux. A leur tour, ces auteurs influencent profondément les peintres européens. Manet, Lautrec ou Van Gogh sont autant d'admirateurs des estampes japonaises. La série des "japonaiseries" de Van Gogh, par exemple, n'est qu'une réinterprétation systématique d'estampes d'Hiroshige.

Hiroshige, comme Hokusai, place souvent des symboles et des messages cachés dans ses œuvres, à bon entendeur. A l'inverse d'Hokusai, cependant, il ne porte pas un jugement sur son sujet d'étude et se borne à le décrire. Le message caché est ainsi une clé d'interprétation du fait, de la situation, mais jamais de l'opinion que s'en crée l'auteur. Une certaine objectivité, donc, un œil de caméra complice, mais qui ne cherche pas à manipuler, seulement à donner à voir, ce qui était particulièrement novateur dans la culture de l'époque, où les œuvres avaient deux vocations principales : flatter le commanditaire d'une part et rappeler les gens à leur devoir social/religieux d'autre part.

Une approche qui me paraîtrait particulièrement souhaitable aujourd'hui...

Sunday, June 23, 2013

Lu : Europe Japon, regards croisés en bandes dessinés

Lu : Europe Japon, regards croisés en bandes dessinées


La présentation de cet ouvrage collectif est amusante : deux parties, une concernant le Japon tel que vu dans les bandes dessinées européennes, l'autre présentant l'Europe telle que vue dans les mangas japonais. La conclusion de l'ouvrage étant située... en plein milieu !

Il s'agit d'une présentation des interactions entre ces pays et leurs bandes dessinées, suivant un certain nombre de thématiques. On y a apprend beaucoup de choses sur divers sujet et je suis confiant en disant que même l'amateur invétéré de manga découvrira des aspects ou des auteurs qu'il ne connaissait pas.

Chaque thème est illustré avec des extraits des différents mangas ou bandes dessinées, en citant bien titres et auteurs, mais fait aussi l'objet de paragraphes explicatifs. On découvre ainsi que l'interaction Europe-Japon dans le domaine de la bande dessinée a commencé au XIXème siècle. En fait, elle a même démarré sur les chapeaux de roue à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. (Nos échanges actuels démarrés dans les années 80 et 90 n'en sont que les héritiers.)
À cette époque, le Japon s'occidentalisait à grande vitesse et participait au concert (à la cacophonie) des armées du monde. Il s'opposait tour à tour à la Russie, à la Chine, etc. Chacune de ces guerres était l'occasion d'échanges intenses dans les correspondances et surtout, de reportages dans les journaux de l'époque.
Si le journal papier de qualité a en grande partie disparu de nos jours (son plus digne successeur étant le flux RSS), à l'époque, il était le principal vecteur d'information. Ces journaux étaient illustrés, tant au Japon qu'en Europe. Ces illustrations étaient soit informatives soit satiriques : le petit dessin à la Charlie Hebdo n'est pas jeune ! En fait, il a été importé au Japon par des éditeurs français et anglais installés là-bas. Étrange, d'apprendre que beaucoup de dessinateurs japonais considèrent un français, Georges Ferdinand Bigot, comme l'un des précurseurs du manga ! De son côté, les bandes dessinées se sont beaucoup inspirées du Japon pour ses estampes et, bien sûr, pour son contenu culturel.

On voit ainsi une large influence mutuelle. Le Japon évoque à propos de l'Europe : sa gastronomie, son histoire, ses mythologies, sa Belle Époque, son architecture. L'Europe évoque à propos du Japon : ses samouraïs, le niveau de codification des règles sociales, sa rapide transformation pendant l'ère Meiji, ses rituels tels que la cérémonie du thé...

L'influence mutuelle continue de plus belle après la seconde guerre mondiale. Le thème du vide ressenti par les soldats après la guerre est pro-éminent. Le boom de la fin du XXème siècle annonce la vague que nous connaissons : le manga moderne qui influence largement l'Europe. On sent aussi une légère amertume des auteurs quant au manque de pénétration de la bande dessinée européenne moderne au Japon, avec quelques exceptions constituées d'auteurs qui travaillent des deux côtés et assimilent les deux référentiels culturels. Frédéric Boilet et Jiro Taniguchi en sont de bons exemples.

J'ai aussi appris une chose que j'ignorais entièrement : les Japonais font un large usage du manga pour l'apprentissage de la culture. Ainsi, des mangas sont publiés sur de nombreux sujets d'histoire ou de géographie européenne. Tout force la curiosité, semble-t-il.

Bref, un bon ouvrage qui ravira tous ceux qui prendront le temps de le lire et non seulement de le parcourir :-)