Saturday, June 6, 2026

Lu : L'impossible retour, d'Amélie Nothomb, 2024

 Lu mon premier Amélie Nothomb, L'impossible retour.

La voix est agréable, le personnage sympathique dans le sens où on peut s'identifier à un certain nombre de ses réactions. Il s'agit d'un carnet de voyage, Amélie revient au pays du soleil levant, tant d'années après son enfance et après ses tribulations de Stupeur et tremblements (j'ai vu le film, à lire...) et y sert de guide de voyage pour son inarrêtable amie Pep.

Au menu se trouvent des visites, mais aussi des visites intérieures, des introspections, retour sur son passé, sa difficulté à vivre au Japon mais aussi sa difficulté à en partir. Lecture facile et agréable en 150 pages, mais rien de fondateur. Plutôt un fan service bienvenu pour les amateurs de Stupeurs et tremblements.


Lu : Une rose pour Emily (et 3 autres) de William Faulkner

Lu, "Une rose pour Emily", nouvelle de William Faulkner, suivie de trois autres:

  • Chevelure,
  • Soleil couchant
  • et Septembre ardent.





Merci Google pour l'illustration. Par où commencer ? 4 nouvelles de la même époque, autour de 1930, sud des Etats-Unis. Epoque sombre, style moderne – paraît-il que c'est ce qui a fait leur succès – avec des non-dits, des retours-arrière (c'est-à-dire que la narration n'est pas linéaire vis-à-vis de la chronologie des événements) et une large place laissée à la perception ou l'opinion des personnages sur les évènements, voire à la mémoire collective des évènements, plutôt qu'au récit des évènements eux-mêmes.

Présentation succincte, attention SPOILER :
  • Une rose pour Emily : histoire d'une vieille fille de grande famille du sud, de son déclin, de sa solitude, de son unique histoire d'amour qui attire la curiosité des villageois.
  • Chevelure : histoire d'un coiffeur dont tout le monde se demande s'il a une histoire avec une jeune femme dont il coiffait les cheveux quand elle était enfant, ou s'il a peut-être eu une histoire avec la mère de celle-ci, et qu'il serait son père.
  • Soleil couchant : histoire d'une domestique dans ce sud où traîne encore le souvenir de l'esclavage. Son homme est parti mais, à moitié par crainte, à moitié par superstition, elle s'imagine qu'il va revenir la tuer.
  • Septembre ardent : histoire d'une rumeur "une femme blanche aurait été violée par un homme noir" et du lynchage qui s'ensuit.

Opinion : C'était mon premier Faulkner, et quasiment ma première lecture de cette époque et de ce contexte (sud US). Le style rappelle Lovecraft que je connais mieux, pour partie, non-dits, horreurs pressenties, angoisse diffuse, regard de l'autre, etc. mais sans le surnaturel bien sûr. Ça se lit facilement mais ça laisse un goût amer et, bien sûr, les histoires racontées ne sont pas plaisantes. On est loin du feel good.

Friday, June 5, 2026

Bossé : Bre(t)zel, 50 activités pour apprendre et revoir le vocabulaire allemand de base

 Quand faut y aller, faut y aller !


Petite envie de m'y remettre. Ce bouquin de 2009 est sympa, ludique, de vrais exercices simples et clairs qui redonnent du vocabulaire. C'est un peu court - 64 pages au total. Je pense que le double serait bienvenu. Bref, danke sehr.


Thursday, March 12, 2026

Lu : L'histoire du roi qui ne voulait pas mourir, Jean Teulé, 2024

Ah, il est mort, le salaud !


Ah, il est mort, le salaud ! Jean Teulé est mort en 2022, et ses amis ont assemblé son manuscrit inachevé et quelques créations de leur cru en un volume qui laisse sur sa faim. Le contraire serait étonnant.

Dans le style inimitable de Jean Teulé, que j'ai déjà évoqué ici et , l'auteur raconte Louis XI, sa cruauté et ses névroses, en particulier son éponyme peur de la mort. Des scènes étonnantes et révoltantes, où tout est sacrifié pour éviter la mort du souverain : des nobles, des serviteurs, des animaux et même des nourrissons. Les scènes s'enchaînent... Sans doute que l'auteur les aurait retouchées ou parsemées d'une trame scénaristique plus complète. Mais rien, juste l'horreur de ces crimes multiples, avec l'humour noir qui sert d'encre à Teulé.

Puis textes et dessins de ses amis, qui racontent sa disparition, son manque, son œuvre, et inventent même le récit de la première de cette histoire au théâtre... avec un parallèle filé entre Louis XI et Jean Teulé, qui à la fin de la représentation manquent tous les deux.

Voilà, il est mort, n'en parlons plus. Lisons-le.

Tuesday, March 3, 2026

Lu : Siegfried et le Limousin, Jean Giraudoux, 1922

Objet Littéraire Non-Identifié. Du moins pour moi.

Prenez la probabilité d'un livre citant un nom allemand et le Limousin dans le titre-même. Multipliez par la probabilité que moi, Limousin perdu en pays germanique (Luxembourg), je trouve par hasard ce petit livre en format poche dans un de ces mouroirs civilisationnels que l'on nomme désormais les boîtes à livres. Ajoutez la probabilité que l'auteur soit vraiment limousin, né au lieu-même où j'ai appris à lire et à écrire, et celle que le récit parle vraiment d'Allemagne et de Limousin. Et vous aurez une idée de l'incongruité de la situation.


Synopsis : peu de temps après-guerre, le narrateur, Limousin exilé à Paris, spécialiste de l'Allemagne et correspondant de journaux pour la presse allemande, se trouve interpellé par une prose qu'il trouve remarquable dans un journal allemand. Il finit par se souvenir qu'elle lui rappelle celle d'un vieil ami, Forestier, mort pendant la guerre, du moins porté disparu. Il se renseigne à propos de l'auteur, un journaliste allemand, S.V.K., et écrit à la rédaction du journal pour le rencontrer. Il devine alors la vérité et se rend sur place pour la constater : le journaliste allemand (Siegfried von Kleist) n'est autre que cet ami français, lui-même germanophone, retrouvé amnésique au milieu du champ de bataille, et qui a été soigné en Allemagne comme s'il était allemand... Le narrateur croise alors toutes sortes de réactions, le déni, le mépris, l'hostilité... entre ceux qui s'inquiètent de voir un Français se mêler de leurs affaires si peu de temps après la guerre, ceux qui ne veulent pas perdre von Kleist devenu un journaliste vedette, ceux qui veulent protéger ce convalescent récent d'un nouveau choc. Il croise aussi de nombreux témoins du passé, d'avant la guerre et en reçoit toutes sortes de souvenirs et d'opinions. L'intrigue se dénoue quand un baron de leurs amis, poussé au pouvoir par une révolution locale à Munich, est lui-même forcé de fuir, et révèle à Kleist ses vraies origines. Celui-ci, toujours amnésique, se résout à un voyage du retour avec le narrateur vers ce Limousin si nouveau. Le roman se conclut sur les sensations du narrateur, lui-même plus parisien que limousin, qui redécouvre son Limousin natal et se remémore les souvenirs de ses parents.

Une histoire alambiquée quoique simple. Un style raffiné... pas ampoulé mais riche. Riche en goûts, en allusions, en clins d'œil... En fait, il est impossible de comprendre toutes les allusions de l'auteur, qui cherche aussi à se signaler à la bonne société de son époque, et à souligner sa connaissance de l'Allemagne. C'est une lecture de longue haleine à cause de ce style riche, très riche, trop riche ? (imaginez un foie gras aux truffes sur pain brioché aux raisins avec un chutney de prunes et arrosé de Monbazillac) mais aussi plein de plaisanteries et d'invention.

Bref, un bon souvenir, mais je ne le relirai pas immédiatement, j'ai pris ma dose. Je suis heureux d'avoir lu de la prose de Giraudoux, je ne connaissais que son théâtre.

Wednesday, February 25, 2026

Lu : Le Magasin des Suicides, de Jean Teulé (2008)

Lu : Le Magasin des Suicides, de Jean Teulé (2008)


Sous-titré "roman", ce petit volume est à la limite de la nouvelle. On y suit un unique élément perturbateur dans un contexte bien particulier.

La famille Tuvache tient depuis des générations un magasin qui vend tout le nécessaire, conseils à l'appui, pour bien réussir son suicide. Mort ou remboursé. Pas de carte de fidélité, ça va de soi. Dans un futur proche dystopique, chaque invention, chaque fait divers, est un nouveau prétexte pour vendre de nouvelles formes de suicides à de nouveaux clients. Mais voilà, le petit dernier de la famille est un joyeux gamin, qui compte bien remonter le moral à tout le monde, clients et famille inclus ! Je ne raconte pas les détails, dans l'espoir que les lecteurs de ce blog le liront aussi ^_^

Jean Teulé, dont j'avais déjà lu "Azincourt par temps de pluie", nous régale de sa plume légère, humoristique, caricaturale si besoin. Le sujet n'est d'ailleurs pas dénué de critiques d'intérêt social ou sociétal, mais jamais en donneur de leçon.

Bref, franche rigolade en 150 pages environ.

Monday, January 19, 2026

Lu : Ne faites plus d'études, apprendre autrement à l'ère de l'IA, de Laurent Alexandre et Olivier Babeau, 2025

Résumé de "Ne faites plus d'études, apprendre autrement à l'ère de l'IA" de Laurent Alexandre et Olivier Babeau


Pourquoi j'écris : Parce que j'ai lu plusieurs résumés, notamment sur LinkedIn, et que je pense qu'on a passé un peu trop de temps à parler du flacon et du négociant et trop peu du nectar.

La quasi-totalité du livre est consacrée à des constats, suivis d'extrapolations, et d'explicitation des conséquences de ces extrapolations. C'est un livre utile en ce qu'il aide à se mettre à niveau, à saisir d'autres facettes du phénomène IA, en plus de celles que nous pouvons avoir comprises par nous-même ou lues ailleurs. C'est un livre qui s'adresse aux utilisateurs de l'IA, aux travailleurs (qui sont menacés), aux jeunes qui apprennent, aux parents. Ce n'est pas un livre pour les praticiens expérimentés de l'IA, pour les chercheurs, pour les experts en ceci ou cela. La fin de l'ouvrage donne des pistes pour les jeunes qui cherchent à être maîtres de leur avenir, et pour les législateurs (et les électeurs).


CONSTATS EXTRAPOLÉS :

- L' "intelligence" gratuite, rapide, disponible, généraliste, utile, se répand partout, et ça s'accélère. Vous vous souvenez du moment où l'annuaire est devenu obsolète ? Du moment où la carte routière est devenue obsolète ? Du moment où le dictionnaire est devenu obsolète ? C'est l'acte de réfléchir qui est en passe de devenir obsolète. Ou, du moins, d'être considéré et traité comme obsolète par beaucoup de gens. Les cols blancs vont être mis à rude épreuve.

- Ce n'est qu'un début. L'humain technologiquement augmenté est déjà dans les incubateurs. Ce n'est plus tout à fait de la science-fiction de parler de connexion cerveau-internet, de vision augmentée, de souvenirs inoculés, etc.

- IA et robots : l'IA va fournir de l' "intelligence" aux robots et leur permettre de réaliser un grand nombre de tâches jusque-là réservées aux humains. Si des robots peuvent devenir chirurgiens, il n'y a aucun doute qu'ils sauront assembler des pièces en usine ou charger des palettes dans des camions. En conséquence, les cols bleus vont aussi être mis à rude épreuve.

- Les menaces sur les cols bleus et cols blancs vont être particulièrement sensibles sur les juniors qui cherchent à s'insérer dans le monde du travail. Les tâches les plus simples étant celles qui seront remplacées le plus vite, les entreprises trouveront (et trouvent déjà pour certaines) qu'il est plus rentable d'automatiser des tâches de juniors plutôt que d'embaucher des juniors pour les accomplir. Certaines préfèreront attendre par tous les moyens une possible automatisation plutôt que d'investir sur des juniors et leur formation.

- Certains métiers risquent de disparaître totalement. Les survivances seront le fait de singularités, dit autrement, il n'y aura pas de grands corps de métiers qui survivront à l'IA, seulement des cas isolés, exceptionnels par la rareté de leur offre ou de leur demande. Une conséquence secondaire sera la disparition des syndicats, du moins dans la forme que nous leur connaissons.

- A l'inverse, il y aura une explosion des métiers "à l'interface" de l'IA. Des métiers de producteur, collecteur, travailleur de données, des métiers d'articulateurs de workflows automatisés avec ou par IA, de superviseurs d'IA, de concepteurs, d'évaluateurs, etc. De la même façon que des métiers se sont créés dans l'usine aux XIXe et XXe siècles autour des machines, qui n'étaient pas à proprement parler des emplois de production mais bien des emplois d'usine.

- Les auteurs imaginent le travailleur du futur comme une singularité : une personne démontrant par elle-même ce qu'elle peut apporter à une entreprise dont l'intelligence est automatisée. Freelances du futur, qui n'auront plus de corps de diplôme, de corps de métier, mais une conjonction de savoir-faire, d'expériences, d'idées (et d'énergie/bonne volonté) les rendant utiles à une entreprise donnée, à un moment donné. (Déduction logique : si cette niche est suffisamment pérenne et suffisamment vaste, alors le travailleur lance sa propre entreprise automatisée par IA pour satisfaire ses clients de façon générique, et passe à un autre sujet.)

- L'Europe, au carrefour du haut niveau de sophistication historique et du futur dénuement (potentiel) vis-à-vis de l'IA, sera la zone la plus durement touchée du globe. Elle court en outre le risque d'un enfermement idéologique face à l'IA (que les auteurs nomment "mur de Berlin numérique").

LEMME SUR L'ÉDUCATION :

- De la même façon que la communication de masse (journaux, télévision, théâtre et cinéma subventionnés) n'a pas apporté une démocratisation massive des savoirs et des niveaux de vie mais creusé l'écart entre ceux qui en bénéficiaient et ceux qui en étaient des observateurs passifs, l'éducation nationale n'a pas non plus apporté de démocratisation massive. Idem pour l'arrivée de l'internet, du web, de wikipédia et autres. Il en sera de même pour l'IA. Ceux qui en seront de simples utilisateurs seront les victimes du déclassement.

CONSTATS EXTRAPOLÉS SUR L'ÉDUCATION :

- Le diplôme, sanctionnant l'apprentissage par une classe d'apprenants d'un corpus de savoirs, est en passe de devenir obsolète car il n'y aura plus de classes d'apprenants, pas plus que de corpus de savoirs durables et utiles. Par ailleurs, les savoir-faire d'une personne seront mesurables à ses productions disponibles en démonstration sur internet (ex. GitHub), il n'y aura plus besoin de diplômes sanctionnant un savoir-faire a priori.

- En particulier, les études de médecine sont absolument inefficaces aujourd'hui : trop longues, pour apprendre un corpus qui sera dépassé en sortant, et effectuer un métier qui n'existera peut-être plus, du moins tel que nous le connaissons.

- La recherche privée excède désormais la recherche universitaire, grâce à des capitaux immenses et une très grande flexibilité, y compris dans des domaines dits de "recherche fondamentale". L'université n'a plus aucun avantage stratégique pour maintenir son avantage dans la recherche.

- Les universités n'ont absolument pas pris la mesure de ce changement.

- L'IA vient en fait apporter une confirmation finale à l'inadéquation de l'unversité (et plus largement, de l'enseignement) face aux besoins de la société. L'inadéquation existait déjà largement mais les apparences perduraient grâce à l'inertie et à des institutions commes les diplômes (voir plus haut), les corps de grandes écoles (voir plus haut), le lien avec la recherche (voir plus haut), etc.

- L'étudiant est donc seul face à son avenir et aux changements qui s'annoncent. Le principal risque est l'inaction : l'inaction stratégique (choisir de simplement suivre un cursus et espérer une brillante carrière en bout de course) et l'inaction au quotidien (voir LEMME ci-dessus). Ce que les auteurs appellent la "rente cognitive" est RÉVOLU, c'est-à-dire que l'investissement initial en culture et savoir-faire dans la jeunesse, censé être rentable une vie entière, est désormais un investissement non-rentable, garanti comme non-rentable car les entreprises du monde entier vont s'évertuer à le détruire.

- L'étudiant doit donc, plus que jamais, se prendre en charge, être adulte bien plus jeune.

Le livre se termine sur des recommandations pour l'étudiant d'aujourd'hui, que nous montrons par leurs titres ci-dessous, et des recommandations pour le législateur, que nous n'aborderons pas ici.




Monday, August 18, 2025

Read: Genesis: Artificial Intelligence, Hope, and the Human Spirit (Kissinger, 2024)

Reading Notes – Genesis: Artificial Intelligence, Hope, and the Human Spirit (2024, Henry Kissinger, Eric Schmidt, Craig Mundie)


Henry Kissinger’s final book, co-authored with Eric Schmidt and Craig Mundie, is an attempt to place artificial intelligence within the sweep of history. Drawing on Kissinger’s trademark lens of geopolitics and diplomacy, the text positions AI not just as a new technology but as a transformative force comparable to the printing press or nuclear weapons. It blends historical analogy, philosophical reflection, and a sober warning about the stakes of the present moment.

The book is valuable precisely because it comes from someone who has lived geopolitics firsthand and thought deeply about the conditions under which states act and cooperate. That vantage point allows Kissinger and his co-authors to situate AI within questions of human dignity, knowledge, and power, rather than treating it only as an engineering problem.

Yet in my view, the solutions advanced do not fully address the challenges at hand. Much of the framework rests on the hope of international collaboration, restraint, and goodwill. Those are not native features of geopolitics, which is shaped as much by rivalry, mistrust, and the pursuit of advantage as by shared responsibility. The proposed diplomatic architectures may indeed become part of a broader set of tools over time, but they cannot be sufficient on their own. At best, they should be seen as the opening moves in what will need to be a much more complex and multi-layered governance framework—one that accounts for national competition, corporate power, and societal impacts alongside lofty appeals to cooperation.

Wednesday, July 16, 2025

Écouté : Le grand Meaulnes, Alain Fournier, 1913

Revu, écouté, compris ? Le Grand Meaulnes est un chef-d’œuvre

Écouté en livre audio — dans une version limpide, grave et discrète, qui laisse parler la langue d’Alain-Fournier sans en appuyer les effets.

J’avais déjà lu Le Grand Meaulnes au lycée, comme tant d’autres, mais j'étais passé à côté. Il m’en était resté un souvenir confus : une impression d’errance rêveuse, une fête étrange, un amour lointain, une femme qui meurt seule, un homme absent. Un monde voilé, onirique, incompris, inatteignable. En l’écoutant à nouveau, je crois que j’ai compris le livre. Et j’y ai vu, à rebours des souvenirs d’enfance, un chef-d’œuvre sur la vie réelle, pas seulement rêvée.

Un roman d’initiation… pour le personnage le plus discret

On croit souvent que Le Grand Meaulnes est le roman d’Augustin Meaulnes, ce héros insaisissable, ce jeune homme qui fuit le monde pour retrouver une fête perdue, un amour suspendu dans le temps. Mais le vrai parcours initiatique, c’est celui du narrateur, François Seurel. En apparence secondaire, il est celui qui observe, qui s’attache, qui apprend.

Meaulnes incarne l’élan romantique, l’impatience, la foi dans l’idéal — et aussi les conséquences de tout cela : l’échec, la fuite, la solitude. François, lui, est témoin, puis relais, puis héritier de cette histoire. Et il découvre, au fil du récit, ce qu’il en coûte de vivre dans l’ombre des rêves d’un autre.


Ce que le roman m’a appris

Voici quelques-unes des leçons de vie que j’ai perçues dans cette nouvelle écoute :

  • Le passé est toujours réinventé. Meaulnes cherche à revivre une fête mystérieuse, à retrouver une femme idéalisée, à recréer un instant suspendu. Mais ce moment n’a jamais existé tel qu’il le croit. La mémoire poétique devient un piège.

  • Vivre par procuration, c’est aussi risquer de souffrir pour les erreurs des autres. François admire Meaulnes, le suit, s’inspire de lui… mais il finit par subir les conséquences de cette dépendance. Il élève la fille de Meaulnes, supporte ses silences, et sent à la fin la possibilité de tout perdre, sans jamais avoir pleinement choisi. C’est une mise en garde contre les fidélités aveugles.

  • L’idéal n’est pas toujours à poursuivre. Il peut être destructeur, désincarné, sourd aux êtres réels. Meaulnes aime une image plus qu’une personne. Et lorsqu’il retrouve enfin Yvonne, il est déjà trop tard, pour elle et pour lui.

  • Les héros silencieux sont les plus lucides. François, par sa retenue, sa douceur, son observation patiente, incarne une autre grandeur, loin du tumulte romantique. Il est le véritable adulte du roman, celui qui grandit, au sens propre.

Mais le roman est aussi parcouru de thèmes forts : l'amitié, l'amour, l'amour familial, la solitude, l'angoisse, la fidélité, la mort.


De la fête au deuil, du rêve à la réalité

Le roman commence dans un monde d’enfance, d’école, de complicités adolescentes. Il glisse peu à peu vers le désenchantement, sans jamais renier sa beauté. Il y a encore de la lumière dans la dernière partie, mais c’est une lumière filtrée, mélancolique, comme celle d’un matin d’hiver sur des paysages connus.

Le style d’Alain-Fournier, à la fois simple et élégant, accompagne cette transition. Il n’a pas besoin de démonstration : il laisse parler les silences, les absences, les regards non partagés, les gestes manqués.


Une œuvre qu’il faut relire… ou réécouter

Je crois que Le Grand Meaulnes n’est pas un livre que l’on peut comprendre trop jeune. Adolescent, on voit en Meaulnes un héros romantique, presque un modèle. Adulte, on comprend qu’il est peut-être un contre-exemple : celui qui détruit ce qu’il touche, non par méchanceté, mais par inconscience de ce qu’il fait aux autres. Et que le vrai courage, la vraie grandeur, consistent peut-être à ne pas fuir, à ne pas rêver trop loin, à s’occuper de ce qui existe vraiment.

Friday, July 4, 2025

Read: A Liveable Future is Possible, Noam Chomsky, 2024

A Liveable Future is Possible presents a series of interviews with Noam Chomsky conducted by C.J. Polychroniou between 2021 and 2023. The conversations revolve around global threats to humanity: ecological collapse, nuclear war, the erosion of democracy, and explore what can and should be done to ensure a more just and sustainable future.

The book’s format is familiar: questions followed by long, dense answers from Chomsky, rich with references to contemporary events, historical analogies, and systemic critiques. It reads less like a spontaneous exchange and more like a curated collection of Chomsky's updated thoughts on pressing global issues. The dominant tone is one of urgency, but also of clarity and coherence.

That said, for those already familiar with Chomsky's positions (particularly his long-standing critiques of U.S. foreign policy, capitalism, media manipulation, and environmental inaction), this book offers little that is conceptually new. Its value lies instead in how it contextualizes these enduring concerns within recent developments: War in Ukraine, the rise of authoritarian populism (especially in the U.S.), and the failure of political elites to take meaningful action on the climate crisis.

There is no silver bullet. The “liveable future” envisioned is conditional, precarious and, in Chomsky’s view, increasingly at risk due to collective apathy and elite irresponsibility. For readers new to Chomsky, the book may serve as an effective primer. For long-time followers, it’s more of a timely but skippable refresher.