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Sunday, October 4, 2026

Lu et contemplé : L'Atlas de la Terre du Milieu, de Karen Wynn Fonstad

Lu et contemplé : L'Atlas de la Terre du Milieu, de Karen Wynn Fonstad

Version française de la "Revised Edition" de 1991.


Il s'agit d'un ouvrage incroyable, qui a dû nécessiter des années de recherches. L'autrice y établit des cartes selon les éléments donnés dans les ouvrages de Tolkien, ainsi que par extrapolation des éléments fournis. Un certain réalisme peut aider (on sait que la Terre du Milieu est apparentée à notre bonne vieille Terre) et d'autres indices sont exploités. A chaque fois, l'honnêteté est poussée jusqu'à indiquer quels éléments ont permis d'établir des cartes, quels détails sont incertains, et aussi quelle exagération est nécessaire pour la mise en relief, par exemple des verticales.




L'ouvrage aborde les trois âges de la Terre du Milieu, sur des plans historiques et géographiques, les histoires détaillées du Hobbit et du Seigneur des Anneaux (par exemple, le parcours des personnages), et d'autres cartes que les lecteurs enhardis - dont je me flatte de faire partie - auront plaisir à parcourir et à comparer à leur propre compréhension du monde de Tolkien, par exemple : carte de relief, carte de climat ou de végétation, carte linguistique…



Il y a certains détails que l'on découvre, ou des questions que l'on ne serait même pas posées, mais aussi des éléments qui viennent contredire nos perceptions de lecteurs (certes) imparfaits. Pour exemple, j'ai découvert que ma connaissance de la Comté était très lacunaire (alors qu'elle me semble si familière 😶) et j'ai remis en question ma connaissance des langues orques et de la langue noire, que je confondais.

(Carte linguistique: le vert clair est du sindarin, le vert foncé de l'elfe sylvain, le vert hachuré un mélange avec aussi de l'entique. Le rouge correspond au parler des Druedain, les hommes sauvages, le marron à celui des Dunlanders, et le beige à celui des Rohirrims)

(Carte de la Comté)

(Zoom sur des quartiers de la Comté)


Bref, un très bel ouvrage, dont je n'ai pas encore tenté la consultation en parallèle de la lecture d'une histoire de Tolkien, mais je ne doute pas que ce doit être très agréable, pour peu qu'on dispose du temps et de l'espace pour juxtaposer cet atlas de 215 pages, 37cm de haut et 52cm de large (ouvert pleine page) à des romans déjà bien copieux.


Notons aussi que la nouvelle traduction française est utilisée pour tous les toponymes, ce qui peut créer un peu de confusion pour les lecteurs qui ont découvert comme moi Tolkien bien avant les films. Cela dit, on s'y retrouve. A choisir, allez droit vers la version originale anglaise.

Sunday, June 28, 2026

Lus : Alice's Adventures in Wonderland (1865) et Through the Looking-Glass (1871), Lewis Carroll

J'ai lu mes premiers Lewis Carroll en version originale. Alice au pays des merveilles, une première en anglais pour ce tome, et De l'autre côté du miroir, dont je n'avais lu que des commentaires et des extraits (lu en anglais aussi, tant qu'à faire). Une mignonne édition de poche (Macmillan Collector's Library) avec les deux œuvres, quelques illustrations d'époque, préface et notes de l'auteur.


En tant que francophone, j'ai longtemps partagé un sérieux scepticisme face au mythe d'Alice. En grandissant avec les traductions francophones ou les dessins animés, une question flottait : pourquoi diable cette histoire a-t-elle eu une telle postérité et une telle réussite dans le monde anglophone ?

Je le comprends mieux maintenant. Le texte anglais est infiniment plus fin.

Au menu, deux œuvres que six années séparent, et un sacré changement de décor. Wonderland nous balance dans un monde souterrain, organique et totalement chaotique. Looking-Glass est beaucoup plus géométrique, cérébral, carrément rigide : le monde est un gigantesque échiquier où chaque déplacement d'Alice répond aux règles des échecs pour devenir Reine. Le ton y est d'ailleurs plus mélancolique (le deuil, le temps qui passe...).

Mais ma principale observation, c'est la dignité d'Alice. Dans le texte original, elle prend une épaisseur fascinante. Elle navigue constamment à mi-chemin entre sa nature de jeune fille (naïve, curieuse) et la culture d'une jeune femme bien éduquée de l'époque victorienne. Confrontée à un monde complètement insensé, elle tente de ne pas perdre son flegme et d'opposer une politesse rigoureuse et une bienséance désarmante aux hurluberlus et aux fous furieux qu'elle croise. Ce décalage est d'une subtilité cocasse.

Et puis, il y a le martyre de la traduction. Le texte original est bourré de jeux de mots (puns) intraduisibles, d'historiettes et de chansonnettes qui font partie de l'inconscient culturel de tout anglophone (nursery rhymes). Dès qu'on passe au français, ça souffre énormément. On perd le rythme, la poésie, ou on est obligé de réinventer autre chose. Bref, le vrai protagoniste du livre, c'est la langue anglaise elle-même, ou du moins la culture anglaise de l'époque. Chef d'œuvre outre-manche, curiosité en-deçà.

--

Un mot sur les films, de Walt Disney (1951) à Tim Burton (2010). Ces adaptations ont figé l'imagerie populaire mais commettent un double contresens. Disney réduit l'œuvre à un enchaînement de sketches visuels un peu loufoques (adieu la tension psychologique d'Alice). Burton fait pire : il enferme le récit dans une structure hollywoodienne de "quête de l'élue" qui doit mener une guerre (le parfait opposé du non-sens initial). Ces films complétent, mais ne peuvent absolument pas se substituer à la lecture des originaux. L'absurde de Carroll ne se dessine pas, il se lit.


Voilà. Une mécanique de précision d'un auteur qui était aussi logicien. Une lecture en langue anglaise salvatrice pour enfin comprendre le mythe. À vos dicos, traversez le miroir.

Friday, June 5, 2026

Bossé : Bre(t)zel, 50 activités pour apprendre et revoir le vocabulaire allemand de base

 Quand faut y aller, faut y aller !


Petite envie de m'y remettre. Ce bouquin de 2009 est sympa, ludique, de vrais exercices simples et clairs qui redonnent du vocabulaire. C'est un peu court - 64 pages au total. Je pense que le double serait bienvenu. Bref, danke sehr.


Wednesday, November 22, 2023

Point lecture 22 nov 2023

 Lectures récentes :

- L'école à deux vitesses, Jean-Paul Brighelli

- Faites-les lire ! Michel Desmurget

- K-Pax, Gene Brewer

- The Book of Lost Tales, tome 2, JRR Tolkien

- Dictionnaire des mots haïssables, Samuel Piquet

Tuesday, September 12, 2017

Fainéants ou feignants ?

Savez-vous qu'il existe une controverse entre linguistes sur l'adjectif "fainéant" ?

Tout le monde s'entend pour lui donner l'origine évidente de "fait néant" mais certains l'interprètent comme "ne faisant rien" tandis que d'autres y trouvent le sens de "réduit à néant".

Ainsi, les rois fainéants (fin des Mérovingiens), par exemple, ne seraient pas des rois paresseux, mais des rois dépossédés du pouvoir.

Friday, April 21, 2017

Lu : Les Grecs, Charles Georgin, 1945

Fini de lire :
Les Grecs, auteurs du programme et pages choisies, Charles Georgin, 1945

 
Pour les classes de troisième de l'époque. Anthologie assez complète présentant les auteurs des différentes époques grecques, depuis l'époque homérique jusqu'aux auteurs chrétiens des débuts de l'Empire Romain d'Orient, qu'il s'agisse de poésie, de théâtre, des philosophies ou des premières chroniques historiques (Hérodote, Xénophon...) Pour chaque auteur, on trouve une courte biographie et une bibliographie, une catégorisation du style de l'auteur et, bien sûr, des extrait choisis, non-traduits. On trouve aussi des aides à l'interprétation, ainsi que des commentaires sur le dialecte (d'une époque, d'une région).

Je me suis interrogé sur la part accordée à deux auteurs en particulier : 72 pages pour Lucien et 140 pages pour Xénophon presque intégralement consacrées à l'Anabase (récit de ses actions militaires), sur un ouvrage de 395 pages et plus de 30 auteurs. La réponse est simple, ce sont les deux seuls auteurs obligatoires du programme de troisième de l'époque. Les extraits d'autres auteurs sont plus courts, de quelques paragraphes à quelques pages.
l'explication de l'importance donnée à Lucien et Xénophon
vous noterez la constance du programme scolaire, qui date de 1931 et est toujours d'actualité en 1945 à la parution de cet ouvrage ;-)

Bien que j'aie depuis longtemps perdu la capacité de lire ces textes directement en grec, j'ai été particulièrement intéressé par les commentaires sur les variantes dialectales du grec, étant donné que le cours que j'ai suivi en quatrième et troisième n'incluait pas ces subtilités. Je trouve que la langue a eu une remarquable constance sur l'ensemble de la période considérée : de -800 à +400, soit 1 200 ans environ, tout en restant très compréhensible !

Par ailleurs, j'ai découvert avec intérêt Lucien de Samosate, dont les écrits bourrés de dérision semblent avoir été les précurseurs de bon nombre de nos œuvres humoristiques ou théâtrales modernes.

Tuesday, March 26, 2013

Mots anglais à prononciation bizarre en français

Amusant de constater à quel point les mots peuvent s'échanger entre les langues et s'acclimater, soit à l'écrit, soit à l'oral ;-)
Ci-dessous une petite sélection de mots anglais qui se prononcent complètement différemment en France...

MotPrononciation anglaise approx.Prononciation courante en français
pull-overpoule-oveurpulovère
clownclahounecloune
southdown
race de brebis
sahoufe dahounesoudoune
silent-block
pièce mécanique servant à fixer le moteur
sailleleune te bloquecylin bloque
WCwater-closetvécé
uppercuteupeurqueuteupèrecute
shampooing
en anglais → shampoo, tout simplement
chamepou (ine gue)champoin
AJOUT 21/05/2013 : sweatsouhaitesouite

Wednesday, November 28, 2012

Lu : Le samouraï virtuel, de Neal Stephenson

Lu : Le samouraï virtuel, de Neal Stephenson. Titre original : Snow Crash.
photo de la couverture
Un livre qui m'a beaucoup plu et je ne suis pas sûr de savoir expliquer pourquoi. En fait, c'est un mix de plusieurs choses :
  • L'environnement cyberpunk ou, certains diront, post-cyberpunk. Pour écrire une histoire dans un monde cyberpunk, on est obligé d'inventer ce monde, car il n'est pas donné au lecteur. Donc, invention, description, bonnes idées. Et, comme dans tout roman de SF qui se respecte, la cohérence des idées est primordiale.
  • On trouve donc dans ce roman plein de bonnes idées, des concepts intéressants. Prenons-en quelques-uns :
    • Le ratcho est un chien de garde cyborg. Un vrai chien de garde, qui aime bien son maîmaître et son nonos, avec des parties robotisées.
    • Le dentata est une arme de self-defence anti-violeurs. Dans le vagin de la victime est insérée une seringue qui assomme chimiquement le violeur.
    • Le Radeau est un immense ensemble de radeaux, de vieux bateaux, organisés autour d'un ancien porte-avion américain abandonné. Y vivent des exclus de la société. Une vraie favela flottante.
    • Les banlises, ou banlieues-franchises, sont des banlieues mises en place par une grande société et où ladite grande société a un monopole généralisé.
  • Les deux héros sont sympathiques. Un métis afro-asiatique paumé dans la vie, adepte des sabres japonais et hackeur émérite, et une jeune courrière américaine adepte de la planche.
  • L'exploration d'un thème qui m'est cher, la commensurabilité du langage humain et du langage informatique. Tout au long du roman sont développées des histoires de programmes informatiques s'adressant directement à l'esprit humain, sans passer par une traduction dans les langues courantes. La glossolalie y est interprétée comme une pratique visant à court-circuiter la raison.
  • L'exploration générale de l'histoire, de la mythologie et de la linguistique par le héros, qui cherche à comprendre comment des virus peuvent s'adresser à l'esprit humain. Là-aussi, rien que pour la culture, je plussoie.
  • Le style indirect libre utilisé par l'auteur affiche — éhontément — l'avantage de pouvoir mêler l'omniscience du narrateur et la subjectivité du personnage. C'est une facilité mais cela permet d'abréger un livre très dense qui, autrement, serait beaucoup plus long et fastidieux à lire. De plus, cela engendre une certaine complicité entre le lecteur et le narrateur, soulignée par quelques traits d'humour dans la narration. Encore une fois, c'est bon marché, mais ce n'est pas du Ronsard que l'on recherche dans ce livre ;-)
  • J'ajoute que l'auteur a cru bon de nous épargner deux catastrophes des temps modernes (qui ruinent le cinéma américain, entre autres) :
    • Les scènes d'action à rallonge.
    • Les jugements moraux ou les clichés chrétiens insérés en catimini.
Alors voilà, c'est un des meilleurs bouquins que j'ai lus ces dernières années et je le recommande à tous ceux qui s'intéressent un minimum au cyberpunk ou qui cherchent simplement de la nouveauté.

Wednesday, October 10, 2012

Champ étymologique du brin ? Du brin !

Quelques mots à signification proche sont intéressants à rapprocher par leur étymologie.

MotLangueSignificationÉtymologie trouvée sur Internet
brinFrançaisPetite tige, brin d'herbeOrigine obscure. L'hyp. d'un empr. à un gaul. *brinos « verge, baguette » (REW3, no1304) fait difficulté étant donné le manque de fondement de l'étymon dans les lang. celt.; l'étymon lat. primus (EWFS2), par l'intermédiaire du prov., fait difficulté des points de vue phonét. et sémantique.
brunFrançaisCouleur brune, un ours brunDu germ. *brūn « brun » (corresp. à l'all. braun) introduit dans la Romania, prob. par les mercenaires germ. qui l'ont peut-être employé pour qualifier des chevaux (Brüch, p. 100); latinisé en brunus
du brin !Ch'tieh merde !Bordel → voir bringue.
Ils ont foutu le brin jusqu’à trois heures du matin.
BrennusLatinSurnom latin d'un chef gaulois, Brennosracine gauloise Brenn, signifiant « chef de guerre »
branAnglaisCuticule, son, oat bran, céréales de marque All Branperhaps connected with Gaulish *brenno- "manure", or with burn

Je dis qu'il y a de quoi proposer une étymologie commune. Racine brenno, du gaulois, qui signifie "fumier". Autrement dit, tas de merde. De là découleraient :
  • La couleur brune : même couleur que le tas de fumier.
  • L'anglais bran : on jette le son, c'est-à-dire le résidu difficile à manger, sur le tas de fumier.
  • Le surnom Brennus : il semble vraisemblable que les Romains aient qualifié de "fumier" ou de "tas de merde" ce chef gaulois, après ce qu'il leur a fait. Du côté gaulois, ce chef aurait eu un tel succès que son surnom serait devenu synonyme de chef (comme César de l'autre côté des Alpes, par exemple).
  • Le français brin : la paille a une caractéristique commune avec le son, c'est qu'on ne la digère pas. Étant essentiellement composée de fibres, elle ressort telle quelle et finit, bien sûr, sur le tas de fumier.
  • Le ch'ti du brin ! : juron courant, de même qu'en français. Fouter le brin = foutre la merde.
EDIT 10 octobre : J'ai bien sûr oublié la Brenne, cette magnifique région française de marécages (au moyen-âge). Là aussi, l'étymologie est vraisemblable.

Tuesday, September 25, 2012

Et si on mettait un peu de neuf dans le français

- Et si on mettait un peu de neuf dans le français ? Oh, je sais bien... Il faut conserver l'orthographe républicaine, témoignage majestueux de notre ineffaçable gloire étymologique.
- Et puis, voyons, à quoi servirait l'école si la langue était simple ? On a appris tout ça, que les suivants se forcent donc à l'apprendre aussi !
- Oui mais... pourquoi nous efforcer à leur enseigner vu que... ils n'y arrivent pas ?
- Tant pis pour eux !
- Mais alors, tant pis pour nous ?

Voyons, voyons, le langage humain est, comme le langage informatique, un outil des plus malléables. Avec suffisamment de bonne volonté, on peut en faire ce que l'on veut. Alors, dans un monde idéal, que voudrais-je voir advenir du français ?
  • Un regroupement des radicaux proches en une forme commune. Exemple: la paye, le paiement, le péage seraient rassemblés sous une même orthographe.
  • Idem pour les terminaisons. Exemple: glacial et spatial. Section et connexion.
  • On simplifierait les consonnes doubles. Consone, cochone, méditéranée.
  • On prendrait les devants pour influencer l'oral à partir de l'écrit. (On est Français ou pas ? Un peu d'ambition, voyons !)
    Pour exemple, le français souffre de la proximité sonore du -é du participe passé et du -er de l'infinitif. Ne pas savoir, ne pas ressentir, ce qu'est un infinitif, c'est j'estime une plaie béante dans l'éducation. Cela pousse les jeunes, j'en suis convaincu, à une certaine dyslexie temporelle. Il ne faut accuser ni les jeux vidéo, ni Facebook, si l'on constate que nos jeunes vivent au présent, sans jamais se soucier ni de leur passé, ni de leur avenir : c'est la faute de leur éducation linguistique. Si Passé = Infinitif, on peut bien vivre au présent ;-)
    On prendrait les devants, disais-je, en changeant la forme écrite ET orale de l'infinitif. Par exemple : chanter se prononcerait et s'écrirait chantère. Chantère sous la lune, mangère un bon repas, garère sa voiture...
    Alors, plus de confusion entre participe et infinitif. Ni à l'écrit, ni à l'oral.
  • On remplacerait l'Académie Française par une Académie de la Francophonie et on la couperait de toute influence gouvernementale. On permettrait ainsi la libre évolution du continuum franco-québeco-maghrébino-congolo-belgo-helvéto-camerouno-madagascaro-bénino-luxembourgo... 
  • Et pourquoi pas réhabiliter le jeu de la prononciation des consonnes finales ? Ainsi, comme Jacques Chirac qui avait gardé cette habitude de son enfance (jusqu'à 95, après il a éliminé cette bizarrerie), on pourrait clamer en salle de cours : "La France veute et peute avoir de grandes_ambitionsse et s'en donnére* les moyensse."
* Notez le e accent aigu : donnére et non donnère. C'est l'accent limousin qui ressort. ;-)

Tuesday, August 21, 2012

Etymologie : cigognes et tziganes


J'ai rencontré plus de cigognes ces derniers jours en Roumanie que lors de tous mes voyages en Alsace ! Ci-dessus, une photo prise sur la route entre Sighișoara et Târgu Mureș.

Il m'est venu une question, y aurait-il une origine étymologique commune entre le mot qui désigne ces oiseaux migrateurs : cigognes et l'un de ceux qui désignent le peuple migrateur que sont les Rroms : Tziganes ? La sonorité est proche, la migration est le point commun, l'aire géographique est surtout l'Europe Centrale... C'est vraisemblable.

Alors allons voir dans un dictionnaire étymologique.
CIGOGNE, subst. fém.
Étymol. et Hist. 1. Av. 1105 judéo-fr. cigogne « tuyau de cuir en forme de levier servant à tirer l'eau du puits » (Gloses de Raschi ds Lévy Trésor, p. 54); 2. 1113 zool. cigogne (FEW t. 2, p. 665a, sans réf.); 1121 ciguigne (Ph. Thaon, Best., 2632 ds T.-L.). 1 et 2 prob. empr. à l'a. prov. cegonha « id. » (Pt Lévy) avec infl. du lat. ciconia zool. (Pline ds TLL s.v., 1051, 17) et terme techn. p. anal. de forme « appareil à puiser l'eau [fait d'une longue perche montée sur pivot] » (Isidore, ibid., 1051, 69).

TZIGANE, TSIGANE, adj. et subst.
Étymol. et Hist. 1. 1826 géogr. subst. tsigane (M. Ancelot, Six mois en Russie, let. XXX, juill., pp. 269-270 ds Quem. DDL t. 16); 1861 adj. (Th. Gautier, Esquisses de voy., Le Volga. De Tver à Nijni Novgorod, III, in Le Moniteur universel, 17 nov., 1627, col. 1, ibid.: airs et chœurs tsiganes); 1866 chanson tzigane (Id., Voy. en Russie, t. I, ch. X, p. 226, ibid.); 2. 1872 ling. subst. masc. sing. tzigane (Littré). Nom d'un peuple nomade, vivant de petits métiers, originaire du nord de l'Inde, et répandu en Europe aux xve-xvies. après de longs périples à travers le Proche-Orient (v. Mythol. 1981), cf. en m. fr. les différentes formes du mot: cigain xves. ds Dauzat, s. réf.; cingre ca 1530 ds R. Ling. rom. t. 47, p. 463; singuane (ital. singuani) 1553, cingle 1556, cingane ca 1579, cingari 1628, zingane, zingre 1637, ibid. t. 45, p. 249 où ces mots font réf. à l'Égypte, pays que l'on croyait alors berceau de ce peuple, ou sont associés à bohêmien et égyptien. En raison des réf. géogr. des 1resattest. (supra), plutôt qu'à l'all. Zigeuner « tzigane », ou hongr. czigany « id. » (NED), le mot a dû être empr. au russe tsigan' « id. » − a. russe cygane plur. 1558, m. bulg. aciganin' − lui-même empr. au m. gr. τ σ ι ́ γ γ α ν ο ς, plus anc. α ̓ τ σ ι ́ γ γ α ν ο ς « id. » littéral. « qui ne touche pas » qui se rattacherait au m. gr. α ̓ δ ι ́ γ γ α ν ο ς « hérétiques vivant surtout en Phrygie et Lyaconie » fin viiies., v. Vasmer t. 3, p. 294, cf. α ̓θι ́γγανος ds Liddell-Scott, dér. avec α ̓- privatif de θ ι γ γ α ́ ν ω « toucher à ».

Il n'y a donc visiblement aucune origine commune. Cigogne du latin ciconia (aucun dictionnaire de ceux que j'ai consultés n'indique d'étymologie particulière pour ce nom) et Tzigane du grec athigganos, "intouchable"...
Il faudrait toutefois creuser l'étymologie latine car le nom des animaux provient souvent d'une caractéristique physique : rouge-gorge, col-vert, échassier, etc.
En tous cas, le point commun "migration" est étymologiquement exclu.

Saturday, July 14, 2012

Mot anglais courant d'une étymologie intéressante : WITH

Amusant de lire que la préposition with, qui signifie aujourd'hui "avec" avait à l'origine la signification "contre, opposé à".
Peut-être est-ce dû à une représentation visuelle du sens de la préposition ? Quand on s'oppose, on vient forcément au contact...

Ce n'est finalement pas différent du français contre : appuyé contre le mur. Ou de l'allemand wider (Widerstand), à l'étymologie proche.

Language Update: Time for a Little Summary

As I'm currently looking for a job abroad, it might be a good idea to sum up languages I've met.

French: mothertongue
English: fluent, literary and scientific, already worked in English
German: former excellent German speaker, although I've not had the pleasure to speak it for a long time
Romanian: daily vocabulary, can read and speak, already worked in a Romanian-speaking environment
Italian: can most often read and understand when spoken
Occitan: my grand-parents' language, I can understand it and read it, I can't speak it, though
Greek: I had a broad knowledge of Ancient Greek, which I've not worked since. Sometimes, I can still decypher Modern Greek when written.

Partial understanding through similarities with other languages: Catalan, Latin, Swedish and the like (and Old Norse), Yiddish, Dutch & Flemish.

Punctual interest or partial studies: Hungarian (I literally love this language), Turkish, Old Norse, Chinese, Arabic, Sanskrit, Spanish, Portuguese, Esperanto, Japanese.

Thursday, June 21, 2012

Les Français mangent-ils plus d'ail que les Anglais ?

Il existe une corrélation statistique entre la longueur d'un mot dans une langue et sa fréquence d'utilisation. C'est un corollaire des lois de Zipf : plus un mot est court, plus il est courant.

Peut-on en déduire que les Anglais mangent moins de garlic que les Français ne mangent d'ail ?

Monday, June 18, 2012

Remarque bas-rock

Subtile différence de genre lors de l'emploi du mot "rock", constatée chez mes amis.

Quand un garçon dit "je me suis mis au rock", il entend guitare ou batterie et concerts.
Quand une fille dit "je me suis mise au rock", elle entend danse.

Wednesday, June 13, 2012

Les G français et les W anglais

S'il fallait encore une preuve des ressemblances entre le français et l'anglais, il y a bien celle-là. Beaucoup de mots commençant par G en français ont une forme proche en anglais, qui commence par la lettre W.

FrançaisAnglais
GuillaumeWilliam/Wilhelm
une guivrea wyvern
une guerrea war
une gauffrea waffel
gagnerto win
gagerto wager
des gages (salaire)wages
Pays de GallesWales
un gardea guard, a warder
une garde-robea wardrobe
gâcher/gâterto waste
un loup garoua werewolf
lapin de garennewarren rabbit
gémirto whimper
une garantiea warranty
guerriers de guède (Écosse)woads

EDIT 24 octobre 2012 : il y a aussi guêpe, qui se dit wasp en anglais.
EDIT 28 octobre 2012 : le prénom français Gautier est aussi l'équivalent de l'anglais Walter.

Did You Know : Proximity Between Lithuanian and Indo-European Roots

I've recently had the opportunity to take a Lithuanian hitch-hiker. He was very savvy about linguistics and told me his mothertongue Lithuanian had a particularity: it has the closest proximity with older indo-european languages and with Sanskrit.
According to him, people who were interested in Sanskrit and linguistics were keen on learning Lithuanian. I didn't know about that, but Wikipedia seems to confirm.

Introduction to the Gothic language

Some people just give out great work for free on the Internet. Check this Introduction to the Gothic language! And there are 10 lessons of it :-D

Mt 6:1 atsaiviy armaion izwara ni taujan in andwairyja manne du saivan im. aiyyau laun ni habaiy fram attin izwaramma yamma in himinam. Picking up our handy KJV (we are at the moment living in England), we read (as if we did not already know it):
Mt 6:1 Take heed that ye do not your alms before men, to be seen of them, otherwise ye have no reward of your Father which is in heaven.
atsaiviy obviously means 'take heed', but that helps us little unless our wandering eye runs on saivan at the end of the line.  According to Marchand's Law of the Recurrent Partial (known already in 17th C. England), saiv = 'to see', so that atsaiviy means 'see to it' (= take heed).  We have lots to think about.  If we are looking at the Greek, we might think prosekhete to be a cognate (we are Junius, and cognates is our game), we might even begin to equate -ete and -iy, what do we know.
Now we are stuck, but we do notice that izwar seems to be recurrent with another izwar (fourth word from end).  So izwar- means 'your', and the -a and the -amma are endings.  Good -- now armaion means 'alms'. 'See to it alms your', we are cooking with gas.


Monday, June 11, 2012

Diversity of learning languages

As far as I can remember, I've learnt French in comics when I was five.
I've learnt English on the web when I was 13.
I've learnt Romanian at work when I was 25.
German is the only language that I really learnt at school, from 10 to 18.
(Apart from Ancient Greek, a pleasure I had when I was 13-14.)

Why is that?

One argument may be that I've had very good German teachers all along my school time, whereas I've had few good English teachers, especially in earlier classes.
Maybe I could say German is a more school-oriented language. Simpler and more logical than many other languages.
Maybe German is the most distant from French, in terms of vocabulary, making it easier for me to master it with regular work.
Maybe that's just me...