Sunday, June 28, 2026

Lus : Alice's Adventures in Wonderland (1865) et Through the Looking-Glass (1871), Lewis Carroll

J'ai lu mes premiers Lewis Carroll en version originale. Alice au pays des merveilles, une première en anglais pour ce tome, et De l'autre côté du miroir, dont je n'avais lu que des commentaires et des extraits (lu en anglais aussi, tant qu'à faire). Une mignonne édition de poche (Macmillan Collector's Library) avec les deux œuvres, quelques illustrations d'époque, préface et notes de l'auteur.


En tant que francophone, j'ai longtemps partagé un sérieux scepticisme face au mythe d'Alice. En grandissant avec les traductions francophones ou les dessins animés, une question flottait : pourquoi diable cette histoire a-t-elle eu une telle postérité et une telle réussite dans le monde anglophone ?

Je le comprends mieux maintenant. Le texte anglais est infiniment plus fin.

Au menu, deux œuvres que six années séparent, et un sacré changement de décor. Wonderland nous balance dans un monde souterrain, organique et totalement chaotique. Looking-Glass est beaucoup plus géométrique, cérébral, carrément rigide : le monde est un gigantesque échiquier où chaque déplacement d'Alice répond aux règles des échecs pour devenir Reine. Le ton y est d'ailleurs plus mélancolique (le deuil, le temps qui passe...).

Mais ma principale observation, c'est la dignité d'Alice. Dans le texte original, elle prend une épaisseur fascinante. Elle navigue constamment à mi-chemin entre sa nature de jeune fille (naïve, curieuse) et la culture d'une jeune femme bien éduquée de l'époque victorienne. Confrontée à un monde complètement insensé, elle tente de ne pas perdre son flegme et d'opposer une politesse rigoureuse et une bienséance désarmante aux hurluberlus et aux fous furieux qu'elle croise. Ce décalage est d'une subtilité cocasse.

Et puis, il y a le martyre de la traduction. Le texte original est bourré de jeux de mots (puns) intraduisibles, d'historiettes et de chansonnettes qui font partie de l'inconscient culturel de tout anglophone (nursery rhymes). Dès qu'on passe au français, ça souffre énormément. On perd le rythme, la poésie, ou on est obligé de réinventer autre chose. Bref, le vrai protagoniste du livre, c'est la langue anglaise elle-même, ou du moins la culture anglaise de l'époque. Chef d'œuvre outre-manche, curiosité en-deçà.

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Un mot sur les films, de Walt Disney (1951) à Tim Burton (2010). Ces adaptations ont figé l'imagerie populaire mais commettent un double contresens. Disney réduit l'œuvre à un enchaînement de sketches visuels un peu loufoques (adieu la tension psychologique d'Alice). Burton fait pire : il enferme le récit dans une structure hollywoodienne de "quête de l'élue" qui doit mener une guerre (le parfait opposé du non-sens initial). Ces films complétent, mais ne peuvent absolument pas se substituer à la lecture des originaux. L'absurde de Carroll ne se dessine pas, il se lit.


Voilà. Une mécanique de précision d'un auteur qui était aussi logicien. Une lecture en langue anglaise salvatrice pour enfin comprendre le mythe. À vos dicos, traversez le miroir.

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