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Sunday, June 6, 2021

Lu : S.O.S. culture, de Serge Regourd

Questionnement bienvenu sur l'absence de politique culturelle en France, et la paradoxale sur-administration du domaine. Sur le paradoxe aussi entre des élites désabusées oscillant entre le nihilisme et le gauchisme, qui dans leurs actions quotidiennes cautionnent voire participent au délitement de la culture et à son remplacement par le divertissement.




Je regrette que la mondialisation et la marchandisation ne soient vus _que_ négativement. Je regrette aussi que l'éducation populaire soit assimilée à une simple décentralisation de la politique culturelle, on jurerait que l'auteur n'y connaît rien et n'a inclus ce chapitre que comme passage obligé !

Bref, assez déçu.

Monday, May 27, 2013

Lu : Éducation populaire : une utopie d'avenir (Franck Lepage, 2012)

Lu : Éducation populaire, une utopie d'avenir
Textes, entretiens et photos rassemblés par Franck Lepage.
Édition Cassandre/Horschamp, collection Les Liens qui Libèrent




Environ 180 pages de textes donnant les souvenirs, les considérations et les retours d'expérience de nombreux acteurs de l'éducation populaire.

Qu'est-ce que l'éducation populaire ? C'est l'idée d'éduquer le peuple par lui-même. Plutôt que de l'amener au théâtre, lui faire jouer le théâtre. Plutôt que de le confronter à l'œuvre aboutie, le mettre en situation, de l'autre côté du rideau. C'est l'idée de libérer, d'émanciper les gens par l'art, par la culture, vécue personnellement et non comme un idéal lointain.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre dense. Par exemple, que l'idée n'est pas récente. Elle est évoquée depuis l'époque de la révolution et était très en vogue au début du XXème siècle, jusqu'à l'époque de la décolonisation.
On apprend que l'État français soutenait beaucoup ce genre d'initiatives, sous forme de foyers de jeunes, de théâtres populaires, et pas seulement dans les grandes villes. On apprend que le désengagement de l'État s'est fait pour des raisons essentiellement intra-ministérielles. Plus aucun ministère n'est vraiment en charge de l'éducation populaire. Il reste aujourd'hui :
  • l'Éducation Nationale, qui vise à faire acquérir un savoir canonique peu culturel (non-personnel et ne traitant pas des relations avec les autres),
  • la Culture, qui vise à faire connaître des citoyens les œuvres unilatéralement considérées par le ministère comme dignes d'intérêt,
  • la Jeunesse et les Sports, qui n'a plus de jeunesse que les sports, qui ont raflé budget et attention médiatique.
On rencontre différentes définitions de la culture. Ou plutôt, devrais-je dire, on rencontre plusieurs mises en perspective des phénomènes culturels qui permettent de mieux comprendre ce que l'on peut entendre par culture.
On apprend que des pièces de théâtre amateur peuvent avoir un grand succès local et un véritable impact sur la culture locale. On apprend que nombre des grands acteurs et artistes du XXème siècle ont commencé par le théâtre populaire.
On réalise à quel point la culture, centralisée et monopolisée par le Ministère de la Culture, qui seul définit ce qui est digne de subventions ou non, est à la merci du premier producteur à la chaîne venu. Si un acteur unique peut définir la culture pour le peuple, alors cet acteur peut être remplacé, corrompu, rendu obsolète par un autre.
On prend conscience que l'exhibition des œuvres est forcément une vision passéiste de la culture, tandis que l'incarnation personnelle d'un rôle (quel que soit le type de medium utilisé : théâtre, littérature, cinéma, photographie, conte...) crée l'avenir de la culture.

Quelques citations (sans en donner l'auteur, qui importe peu pour donner une vision d'ensemble) :


« à la fin des années quatre-vingt la multiplication de l'offre culturelle n'a plus d'autre sens que celui de soutenir artificiellement des professions artistiques dont la production n'atteint ni ne concerne la majorité de la population. »


« l'art [...] envisagé comme capacité de métaphoriser un rapport social »


« La culture, c'est l'ensemble des stratégies qu'un individu mobilise pour survivre dans la domination. »


« L'éducation populaire, [...] c'était aider les gens à s'exprimer. »


« Celui qui a désappris de mourir est libre. »


« [...] une démarche artistique exigeante. » [qui exige investissement du spectateur devenu acteur]


« Chacun pour soi, rien pour tous. » [en résumé de la centralisation du pouvoir et de l'individualisation du citoyen]


« Tout metteur en scène sait qu'on trouve des filons, des minerais, des pépites, en travaillant avec des gens à qui on donne le théâtre parce qu'ils en ont besoin pour rétablir une identité ou comme instrument de socialisation. »


« Il ne faut toucher à ce métier qu'avec des mains de feu. »


« Il faudrait redevenir grec pour qu'en leur sein [celui des amateurs] de grands poètes naissent. »


« Les responsables de Drac qui prétendent ne pas pouvoir s'intéresser aux amateurs parce qu'ils en sont coupés administrativement, ça devrait être leur boulot d'aller voir ça, d'aller à l'origine, en amont. »


« Il ne faut pas confondre la culture et le loisir. »


« il faut des instructeurs, des gens qui éveillent. Il faut que se crée l'exemple. »


« Se défaire d'un accent n'est pas quelque chose d'artificiel. »


« Avoir monté Hamlet et Dom Juan en cinq semaines ! Même une troupe professionnelle ne l'aurait pas fait. »


« [en participant comme acteur et non comme spectateur], chacun éprouvait sa distance au rôle, à l'emploi, à l'exploit collectif. [...] Les amateurs sentaient que c'était unique dans leur vie. »


« Il faut des espaces de recherche, de tranquillité, où on lance de véritables espoirs qui font transpirer, qui font peur. »


« les connaisseurs, devant la création [artistique], ça n'existe pas. »


« Chaplin le dit : « Nous ne vivons pas assez pour être autre chose que des amateurs. » »


« L'art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter une histoire. »


« La culture de chacun de nous, c'est la mystérieuse présence, dans sa vie, de ce qui devrait appartenir à la mort. [du passé perdu] »


« la question culturelle est une question politique à part entière. »


« Nous avons appris à rédiger nos dossiers de production dans la langue de l'ennemi. [l'unilatéral, le comptable, le top-down] »


« Le fond explose [dans tous les sens du terme] dans les quartiers quand la forme se répand au milieu de la cour d'honneur. »


« La conférence gesticulée, c'est une rencontre entre des savoirs chauds et des savoirs froids. Cela ne donne pas un savoir tiède, mais un orage ! »


« Il n'y a pas d'artistes ni d'experts sans les habitants qui les font naître. »


« notre culture est devant nous. »


« la culture est la plus haute forme de résistance à la violence et la seule condition pour instituer une vie politique. »


« La démocratie est l'essence de la culture, elle est son autre nom, son nom politique, car seule la culture fait advenir le peuple. »

Friday, April 5, 2013

Quelques notions sur la Roumanie [2/3] : Les minorités de Roumanie

Quelques notions sur la Roumanie, à l'attention des amis qui m'accompagnent dans mon prochain voyage (et de tout autre intéressé à lire cette page). Voir l'article 1 : Les Roumains.

Wikipédia possède un bon petit article sur le sujet et notamment une belle carte que je reprends ici (cliquez dessus pour l'agrandir).

Mais bon, c'est un peu court, et je préfère ma façon d'aborder les choses.

Les Rroms
Une première minorité, en Roumanie, ce sont les Rroms, qu'on appelle là-bas Tziganes. Ils peuvent être nomades ou installés en petits villages. Plus rarement, l'époque communiste leur a donné des quartiers entiers dans des grandes villes, qui ressemblent maintenant à des favelas intra-muros ou à des vieux quartiers en ruines. Généralement, les polices municipales ne sont pas tendres avec eux et ils ne fréquentent guère les centres-villes modernes.

Les Sicules
Les Sicules sont un peuple magyarophone (qui parle hongrois) mais ne se considère pas hongrois. Il y a plusieurs hypothèses vivement débattues sur leur arrivée dans la région, certaines aussi folkloriques que leur descendance directe des Huns d'Attila. On admet généralement qu'il s'agit de Hongrois qui auraient été déportés du Xème au XIIème siècle au creux des Carpates pour repousser d'éventuels envahisseurs.
Une bonne partie du folklore de la Transylvanie est lié aux Sicules. Ils ont eu un grand impact sur la culture locale : architecture, toponymie, nourriture, langue, traditions... Aujourd'hui encore, plusieurs villes portent des noms qui leur font directement référence : Târgu Secuiesc (le marché des Sicules), Odorheiu Secuiesc (la cour des Sicules), etc.

Les Hongrois
Il y a aussi de nombreux Hongrois non-Sicules en Roumanie. Certains sont arrivés dès le Moyen-Âge mais la plupart se sont installés quand la Transylvanie a été annexée à l'Empire Austro-Hongrois de 1867 à 1918. Dans toute la Transylvanie, il y a quasiment un continuum de présence des Hongrois et des Sicules. Certaines figures hongroises font partie intégrante de l'histoire de la Roumanie, tel Matthias Corvin, l'un des rois les plus marquants de l'histoire de Hongrie, né à Cluj en Transylvanie.

Les Juifs
Une large minorité de Juifs existait en Roumanie avant-guerre. Une grande partie a fui le pays, ou pris les nationalités russe, bulgare ou hongroise au gré des traités et des conquêtes des pays voisins. Néanmoins, dans ces nouveaux pays comme en Roumanie-même, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont exterminés par des régimes collaborant avec le 3ème Reich.
Il reste aujourd'hui à peine quelques milliers de Juifs en Roumanie. Bucarest était cependant un centre culturel et tend aujourd'hui à se re-dynamiser grâce à quelques initiatives culturelles (lycée, théâtre, etc.)

Les Saxons
Les Saxons de Transylvanie se sont installés dès le XIIème siècle en Transylvanie. Ils avaient comme double but l'établissement de colonies marchandes et la défense face aux envahisseurs (Turcs, Tatars, Coumans...) et étaient encouragés et soutenus par les rois de Hongrie.
Le terme de « Saxons » est en partie abusif car ces colons ne venaient pas seulement de Saxe mais aussi d'autres endroits, comme le Luxembourg, la Lorraine ou d'autres régions de l'Allemagne actuelle.
Les Saxons se sont largement organisés autour de quelques grandes villes fortifiées, dont les sept plus connues sont en allemand : Bistritz, Hermannstadt, Klausenburg, Kronstadt, Mediasch, Mühlbach et Schässburg, soit en roumain : Bistriţa, Sibiu, Cluj, Braşov, Mediaş, Sebeş et Sighişoara. Aujourd'hui encore, la Transylvanie est appelée Siebenbürgen (les septs bourgs) en allemand.
Quoique la plupart des Saxons aient aujourd'hui quitté la Roumanie pour s'installer en Allemagne ou en Autriche, la Transylvanie est restée très marquée par la culture germanique, qui se lit sans difficulté dans l'architecture de ses villes et dans la présence d'églises protestantes. La culture germanophone est encore très dynamique en Roumanie.

Les Souabes
Les Souabes du Banat se sont installés au XVIIIème siècle pour peupler la plaine fertile du Banat (région de Timişoara) et protéger la région contre les éventuels envahisseurs ottomans arrivant par les Balkans. Il s'agit encore aujourd'hui d'une minorité active culturellement, bien qu'ils aient, eux aussi, largement émigré vers l'Allemagne et l'Autriche.

Les Ukrainiens (et les Russes)
Les Ukrainiens sont nombreux dans le nord du pays, près de l'Ukraine. Cette zone nord étant l'une des moins peuplées et des plus pauvres (Maramureş actuel), elle n'a pas attiré les attentions précises des grandes puissances au cours de l'histoire. Les Ukrainiens et les Roumains sont donc répartis assez uniformément au sud comme au nord de la frontière (quoique l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne ait donné aux Roumains d'Ukraine une bonne raison de traverser la frontière). Dans une ville très culturelle comme Sighetu Marmaţiei (40 000 habitants), on trouve une forte minorité ukrainienne, une église ukrainienne, un centre culturel ukrainien.
Les Ukrainiens et les Russes sont aussi, bien évidemment, nombreux dans le « pays Moldavie » (république de Moldova). Dans certaines zones, ils sont quasi-majoritaires.

Les Bulgares et les Serbes
Les Bulgares étaient historiquement installés sur le bord de la Mer Noire. La Dobrogée, cette région côtière de Roumanie, contient beaucoup de Bulgares historiques, de même que le rivage du Danube, des deux côtés de la frontière.
Les « Serbes » se sont installés de façon plus anarchique dans les Balkans et la plaine du Banat ne constituait pas une frontière naturelle nette, telle que pouvait l'être le Danube. Aujourd'hui encore, il y a de nombreux Serbes dans la plaine du Banat et une minorité active dans la ville de Timişoara.
Attention : pour différentes raisons culturelles, politiques et surtout linguistiques, les Roumains ont tendance à qualifier tous les Slaves au sud du Danube de « Serbes ». Cette appellation ne correspond donc pas au pays actuel qu'est la Serbie.
Le mélange historique assez pacifique des Bulgares, Serbes et des Roumains a laissé des traces profondes dans la culture roumaine. La plupart des mots slaves de la langue roumaine sont venus par ces peuples. De plus, les anciens textes en roumain utilisaient l'alphabet cyrillique. On trouve encore cet alphabet sur les inscriptions de certaines vieilles églises.

Les Turcs, les Tatars et les Grecs
Les aléas de l'histoire ont aussi laissé des minorités culturelles turques, tatares et grecques sur le bord de la Mer Noire. Soldats turcs en garnison, ports marchands grecs, Tatars déportés en Crimée par les soviétiques.

Les Aroumains
Les Aroumains sont des minorités historiques roumanophones (ou parlant des dialectes largement inter-compréhensibles) qui ont quitté la région originelle de la Roumanie actuelle au premier millénaire. Ils sont principalement présents dans les pays de l'ancienne Yougoslavie et en Grèce.

Les expats
Il reste de nombreuses minorités dont je n'ai pas parlé mais l'une d'entre elle est très récente et très importante : les expatriés. La ville de Cluj, en Transylvanie, est très appréciée par les étudiants et renommée pour ses soirées Erasmus.
Bucarest est une ville très appréciée par les cadres internationaux. Elle contient même un quartier français spécialement dédié aux expats, près du magnifique parc Herăstrău. Pour des raisons culturelles et linguistiques, les Français, les Italiens et les latins en général bénéficient d'un avantage notable pour s'intégrer en Roumanie.

Thursday, March 28, 2013

Quelques notions sur la Roumanie [1/3] : Les Roumains

Quelques notions sur la Roumanie, à l'attention des amis qui m'accompagnent dans mon prochain voyage (et de tout autre intéressé à lire cette page).

Les Roumains se considèrent essentiellement comme les descendants des Romains qui ont battu les Daces de Décébale en 102 après JC et ont installé dans les Carpates, sur le bord de la Mer Noire et le long du Danube, tout comme en Gaule, des colonies, des villas, des routes et des voies commerciales, etc. La langue roumaine confirme en partie cet héritage : elle est la langue actuelle la plus proche du latin de l'époque.

La Roumanie se compose, grosso modo, de trois grandes parties historiques : la Valachie au sud des Carpates et jusqu'à la Mer Noire, la Moldavie à l'est des Carpates et la Transylvanie de l'autre côté (à l'ouest et au nord) des Carpates.

Carte de Roumanie montrant la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie historiques
Carte grossière montrant les régions roumaines historiques : Transylvanie en rose, Valachie en bleu et Moldavie en jaune.

En résumant, très grosso modo, l'histoire de la Valachie a été de s'affirmer face aux Turcs, l'histoire de la Moldavie a été de s'affirmer face aux Russes et l'histoire de la Transylvanie a été de s'affirmer face aux Germains et à leurs alliés Hongrois. Je dis que je résume grossièrement car les alliances ont été nombreuses avec ou contre ces voisins.
Cette affirmation nationale s'est pleinement réalisée sous la forme de l'union de tous ces territoires en un seul état, de 1918 à 1940, période connue sous le nom de « Grande Roumanie ».
Le « pays Moldavie », ou république de Moldova, est un reste de l'éclatement de l'URSS en 1991. On y parle roumain essentiellement, quoique les minorités russes et ukrainiennes soient importantes. Aujourd'hui encore, la plupart des Roumains espèrent la ré-inclusion du « pays Moldavie » dans la Roumanie.

Les Roumains, si on les définit comme personnes de culture roumaine, sont aussi installés dans les pays voisins, suite aux aléas de l'histoire : Ukraine au nord, Hongrie et Serbie à l'ouest, Bulgarie au sud et un peu partout dans les Balkans.

Les Roumains ont aussi une large diaspora, à commencer par les pays Européens de culture latine : Italie, Espagne, France et, dans une moindre mesure, d'autres pays économiquement ou historiquement accueillants tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Canada (surtout la partie francophone).

Friday, January 25, 2013

Lu : Dictionnaire insolite de la Roumanie

Je viens de finir ma première lecture du Dictionnaire insolite de la Roumanie, par Diane Chesnais. Je compte bien y revenir, comme dans tout dictionnaire qui se respecte.

La Roumanie est un pays bien surprenant ! Alors que j'ai vécu un an à Bucarest et que j'ai voyagé cinq fois à travers la Roumanie, je peux avouer que plus de 90% du contenu de ce dictionnaire insolite était tout à fait... insolite, pour moi !


Beaucoup de lieux et d'activités insoupçonnés au détour des pages. Pour n'en citer que quelques-uns : le nano-satellite GOLIAT, les volcans de boue, les nobles du pays des Sicules qui transforment leurs anciens manoirs en chambres d'hôtes ou des orchestres de musique classique itinérants.

Je prépare mon prochain voyage en Roumanie et je vais regarder avec attention ce qui, parmi tout ça, se trouvera sur mon chemin :-D

Saturday, January 19, 2013

Lu : Au tableau !

J'ai achevé, les larmes de rire aux yeux, le recueil Au tableau ! de Frigyes Karinthy (titre original : Tanar ur kerem, littéralement "M'sieur, s'il vous plaît", en hongrois, 1916).

L'auteur, arrivé sur ses 27 ans, revient sur son enfance et écrit son journal intime comme il l'aurait écrit s'il revenait à cette époque. Au menu : son collège, ses camarades de classe, les blagues de potaches, ses professeurs, ses notes, ses blancs quand on l'interroge au tableau, ses cachoteries à ses parents, ses passages à la pâtisserie du coin quand sonne la cloche...
C'est très tendre, drôle et pourtant ça ne s'adresse pas forcément à des très jeunes ou des adolescents. Plutôt à des adultes, une supplique à retrouver l'enfant qui est en eux, à se rappeler les causes de ce qu'ils sont, à ne pas laisser l'amertume aigrir leurs vies.

Pour vous donner l'eau à la bouche, voilà les titres des chapitres :
  1. Introduction
  2. Sept heures du matin
  3. Je suis arrivé en retard
  4. Je vends mon livre
  5. Le bon élève est interrogé
  6. Le mauvais élève est interrogé
  7. L'homme recalé
  8. Composition hongroise
  9. Toute la classe rigole
  10. Mes expériences
  11. J'explique mon bulletin
  12. Les filles
  13. Mon journal
  14. Je pendouille aux agrès
  15. Le conseil de détresse
  16. Mensonges
Une remarque digressive sur l'interculturalité. Contrairement à ce que l'on pourrait penser et à ce que les ennemis de l'Internet chantent à tue-tête, l'interculturalité n'a pas encore atteint un stade où toute l'humanité a accès à toute l'humanité.
Ce livre, Au tableau ! en est l'exemple. Il est très connu et étudié en Hongrie, de façon comparable aux Fables de La Fontaine en France. Et pourtant, sa première traduction en français date de 2012. Et pourtant, sa seule page Wikipedia est en hongrois. Ni anglais, ni français, ni allemand.
Il y a encore beaucoup d'efforts à faire et il y a un gisement de culture et d'emplois dans l'imprégnation culturelle européenne et, a fortiori, mondiale.

Pour finir, mes remerciements à la traductrice et à l'éditeur, sans qui je n'aurais pas découvert cette pépite.

Revu : Taxidermie

Taxidermie, de Gyorgy Palfi, adapté de nouvelles de Lajos Parti Nagy, sorti en 2006, que j'avais eu l'occasion de voir à mon cinéma préféré de Marseille, le Variétés, sur la Canebière.


Ce film comporte des scènes crues, qui peuvent choquer. Je vous conseille de le voir parce qu'il est unique. Fait amusant, l'affiche du film est très variable selon les pays. Ci-dessous, l'affiche américaine :
 et celle de France :
Il faut dire que le film se prête aux affiches spectaculaires, vu le travail du graphisme et les nombreuses scènes uniques dans l'histoire du cinéma.



Ce film, je ne l'ai pas reçu de la même façon en janvier 2013 qu'en 2006.

En 2006, je m'émerveillais devant l'inventivité du réalisateur, devant son culot, je me disais qu'il fallait que je trouve le texte d'origine qui se cachait derrière ce film, je me disais que le fait de rassembler les acteurs et les non-acteurs nécessaires à la réalisation de ce film avait dû être une tâche harassante. Je me demandais la part de génie et la part de névrose chez l'auteur.

En 2013, j'ai pris du recul sur le contenu, certes, qui ne me choque plus autant. Je m'émerveille avant tout sur la qualité symbolique des choix du réalisateur. Je sais que l'auteur du texte d'origine cherche à mettre en valeur l'absurdité de la vie. Quelle réussite !

Un point commun toutefois entre 2006 et 2013, je me dis encore aujourd'hui qu'il faut que je creuse ma connaissance de l'auteur du texte d'origine. On mentionne qu'il est aussi poète en vers. Ça doit être quelque chose ! Mais je ne suis pas sûr qu'il soit traduit et je ne lis pas encore le hongrois dans le texte :-(

Pour ceux qui auraient des difficultés à trouver ce film rare (d'auteur, choquant, hongrois, trois raisons à cette rareté), je dois pouvoir le leur prêter.

Tuesday, November 20, 2012

Lu : L'art de la guerre, Sun Tzu

Je viens de finir ma première lecture intégrale de l'Art de la guerre, de Sun Tzu.

Que dire de cette édition ?
  • D'abord, que le traducteur de cette édition s'est donné beaucoup de mal pour comparer les sources, les traductions, les commentaires de toutes les époques et informer le lecteur des libertés qu'il a prises par rapport au texte. Merci et beau travail.
  • Ensuite, que le texte est abordable pour un néophyte. Pas besoin de connaissances de la stratégie militaire pour aborder le sujet et, avec une bonne édition telle que celle-ci, pas besoin de connaissances de la Chine ancienne pour remettre dans le contexte.
  • Enfin, que de nombreuses annexes abordent les interprétations et les ouvrages postérieurs largement inspirés. Là encore merci. Je plussoie, comme on dit.
Que dire sur la tactique militaire ? (par opposition à la stratégie militaire)
Mon avis est que la tactique a très largement évolué par rapport à l'époque de Sun Tzu et qu'une partie de l'ouvrage est caduque, à cause des technologies et des législations plus récentes.
  • L'artillerie et l'aviation ne permettent plus de se représenter une bataille comme un simple affrontement de deux masses de soldats : la puissance de feu vient aussi du ciel, surgit de nulle part.
  • Les conventions diplomatiques, les lois internationales de la guerre et les tribunaux internationaux rendent aussi certaines pratiques de l'époque de Sun Tzu très improbables aujourd'hui.
  • La guérilla n'est pas abordée. Sun Tzu se place généralement dans une vision où il faut prendre les villes et les territoires ennemis pour les exploiter, lieux, terres, richesses et main d'œuvre (pas un simple pillage ou une simple destruction, contrairement à certaines guerres de l'antiquité méditerranéenne). Il imagine donc rattacher toutes les villes prises au royaume de son souverain mais n'aborde pas la question des révoltes ou des guérillas, un enjeu majeur du XXIème siècle. Dans une certaine mesure, l'affrontement de deux armées régulières décrit par Sun Tzu n'est plus la préoccupation majeure des armées contemporaines.
Toutefois, si l'on prend du recul par rapport aux données explicites des conseils Sun Tzu pour se pencher sur les concepts (de simple bon sens) qui les sous-tendent, certains aspects managériaux, tactiques et stratégiques sont tout à fait actuels.
  • Sur le choix du général, selon son tempérament, et ses relations avec les officiers (quiconque a géré un service informatique vous dira l'importance de la question) : délégation, mise au courant ou secret, durée du secret, bi-directionnalité des flux d'information...
  • Sur la motivation des hommes, en fonction des conditions extérieures et notamment de la proximité géographique et temporelle de leur foyer.
  • Sur la liberté du général de ne pas appliquer les ordres du souverain s'il juge plus opportun de faire autrement.
  • Sur le choix du terrain, des positions avantageuses, sur le harcèlement de déconcentration de l'ennemi. Quiconque a rencontré des commerciaux de grande distribution (vendeurs ou acheteurs, les acheteurs sont les pires) connaît ces questions.
  • Sur la prise en compte des conditions de sortie de l'ennemi. Comme dans un jeu de go, l'objectif n'est pas d'annihiler l'ennemi mais d'avoir le dessus en lui permettant de se retirer avantageusement.
  • Sur l'information, dont Sun Tzu assène déjà qu'elle est l'un des facteurs les plus déterminants des batailles, sur l'espionnage, sur l'intox.
  • Sur les alliances stratégiques, où l'on voit clairement que Sun Tzu visualisait la Chine des Printemps et des Automnes comme un gigantesque plateau de jeu de go.

En conclusion, ce qui m'a le plus frappé est le simple bon sens poussé à l'analyse méthodique du travail d'un général de son époque. L'armée a des constituants (soldats, officiers, liaisons, camps...), qu'il analyse pour en trouver les forces et les faiblesses, et qu'il transforme en opportunités et en menaces. Ah! Matrice SWOT quand tu nous tiens... L'armée a des conditions extérieures (terrains, distances, approvisionnement...) qu'il analyse et transforme. L'armée a des produits d'entrée (informations, armes, approvisionnement, argent...) et des produits de sortie (victoires, défaites, conquêtes...) qu'il analyse et transforme, etc.
La pensée de Sun Tzu est moins linéaire que la pensée occidentale. Je pense par exemple que Sun Tzu n'aurait pas pu se représenter une matrice SWOT de lui-même ni en tirer grand bénéfice (alors qu'elle serait théoriquement un outil puissant dans ce travail d'analyse militaire). Il y a là — je m'avance — une différence majeure Occident/Chine entre les façons de penser ou, tout du moins, entre les façons d'exprimer une pensée. L'Occidental va chercher à mettre en valeur la structuration logique du cheminement intellectuel pour arriver au résultat et à frapper son lecteur par la simplification quasi-graphique du cheminement (lignes parallèles ou perpendiculaires, formes simples, flèches), tandis que le Chinois met en valeur les résultats et frappe son lecteur par l'illustration mnémotechnique du résultat : "Les cinq piliers sont..." ou "dans telle situation, l'armée est comparable à..." et utilise des éléments concrets du quotidien pour marquer les esprits (eau, vent, feu, récipient, roue, animal...)

Friday, September 28, 2012

Eggy in a basket

V for Vendetta's "eggy in a basket" has popularized a very British dish. People have been exchanging the recipe on the web since that very movie.

For my part, I've been trying this recipe twice and I can confirm it's an easy and tasteful dish for daily life. No need to fight a vendetta. ;-)

Tuesday, September 18, 2012

La question européenne dans « Poliţist, adjectiv »

J'ai eu l'occasion de revoir ce film roumain présenté à Cannes en 2009 : Policier, adjectif. Si vous avez deux heures à consacrer à un film intéressant mais sans prétention, c'est un bon choix. Je ne vais pas faire un commentaire en long et en large : c'est l'histoire d'un policier qui se demande s'il est bien moralement correct d'envoyer un adolescent en prison pour avoir simplement consommé du cannabis.




Il est beaucoup question d'Europe, dans ce film, et c'est ce qui m'intéresse ici. Directement ou indirectement, le film pose la question politique de l'intégration de la Roumanie dans l'Europe d'aujourd'hui. L'auteur choisit de montrer que la Roumanie reste ancrée dans sa relation à l'Europe d'hier et ne se tourne pas assez vers celle de demain.

  1. Le choix du sujet. La Roumanie est l'un des derniers pays d'Europe à faire la chasse aux fumeurs de cannabis. En tout cas, c'est le dernier où l'on peut faire de la prison ferme pour de la simple consommation.

  2. La méthode de traque du policier : la filature. On croirait un vieux film sur l'Allemagne de l'est. Filer ainsi un citoyen pour une affaire aussi banale est une chose qui ne se fait plus en Europe de l'ouest.

  3. L'omniprésence de la hiérarchie. S'il est bien un point que le film montre, c'est le manque d'initiative et de responsabilisation des fonctionnaires roumains. On leur demande d'être un engrenage bien huilé dans la machine d'état, rien de plus.

  4. L'omniscience de la hiérarchie. Même le personnage principal du film se contente de poser des questions à son chef, il n'affirme jamais son opposition.

  5. Le recours au dictionnaire. Le dictionnaire, obsession latine commune aux Roumains et aux Français, peut être un outil de libération. Ici, il sert à enfermer. Policier ? L'état roumain est décrit comme "policier", cet adjectif venant de l'allemand. Quant au policier, on l'affuble d'une définition venue de l'allemand en passant par le russe. Ces deux mots en gras, allusions au XXème siècle européen, sur l'un des derniers plans du film, résument le message de l'auteur : l'état roumain devrait se tourner vers l'avenir.

Tuesday, September 4, 2012

Les Roumains sont des latins et ils le montrent !

A Târgu Mureș, où je suis passé lors de mon dernier voyage en Roumanie, on trouve des bâtiments magnifiques, tels la mairie et le palais de la culture ci-dessus.

Et devant, une louve romaine, allaitant les jumeaux. Cette louve est une proclamation de la latinité des Roumains et une affirmation vis-à-vis des autres peuples des environs (saxons, hongrois, ukrainiens, rroms...) : "Nous sommes romains, installés ici depuis l'empire romain, c'est-à-dire avant vous. Ici, c'est chez nous."

J'ai beaucoup d'espoir pour les Roumains. Il y a en Roumanie de quoi bâtir l'un des plus grands pays d'Europe. Mais il y a les minorités et je crois que ces minorités sont un test décisif de la capacité politique et culturelle des Roumains à se tourner vers l'avenir. La Transylvanie (notamment) peut devenir une nouvelle Suisse ou une nouvelle Yougoslavie.

Wednesday, August 1, 2012

A mon frère le paysan

Très belle prose poétique d'Elisée Reclus, comme je fouille pour élaborer mon prochain voyage en Roumanie.

Puisque tu aimes le sol et que tu le cultives, c'est bien à toi qu'appartiennent les moissons. C'est toi qui fais naître le pain, nul n'a le droit d'en manger avant toi, avant ta femme qui s'est associée à ton sort, avant l'enfant qui est né de votre union. Garde tes sillons en toute tranquillité, garde ta bêche et ta charrue pour retourner la terre durcie, garde la semence pour féconder le sol. rien n'est plus sacré que ton labeur, et mille fois maudit celui qui voudrait t'enlever le sol devenu nourricier par tes efforts !

Saturday, June 16, 2012

La Cetate, excellent vin roumain

Un excellent vin que j'ai eu l'occasion de goûter en Roumanie : la Cetate.
Ne pas confondre « l'acétate » et la Cetate.