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Thursday, March 12, 2026

Lu : L'histoire du roi qui ne voulait pas mourir, Jean Teulé, 2024

Ah, il est mort, le salaud !


Ah, il est mort, le salaud ! Jean Teulé est mort en 2022, et ses amis ont assemblé son manuscrit inachevé et quelques créations de leur cru en un volume qui laisse sur sa faim. Le contraire serait étonnant.

Dans le style inimitable de Jean Teulé, que j'ai déjà évoqué ici et , l'auteur raconte Louis XI, sa cruauté et ses névroses, en particulier son éponyme peur de la mort. Des scènes étonnantes et révoltantes, où tout est sacrifié pour éviter la mort du souverain : des nobles, des serviteurs, des animaux et même des nourrissons. Les scènes s'enchaînent... Sans doute que l'auteur les aurait retouchées ou parsemées d'une trame scénaristique plus complète. Mais rien, juste l'horreur de ces crimes multiples, avec l'humour noir qui sert d'encre à Teulé.

Puis textes et dessins de ses amis, qui racontent sa disparition, son manque, son œuvre, et inventent même le récit de la première de cette histoire au théâtre... avec un parallèle filé entre Louis XI et Jean Teulé, qui à la fin de la représentation manquent tous les deux.

Voilà, il est mort, n'en parlons plus. Lisons-le.

Saturday, June 10, 2023

Lu : Le président absolu, la Ve République contre la démocratie, de Philippe Fabry, 2022


Eh oui, quand on a lu Vermes, Teulé et St-Ex, il faut aller crescendo et libre Fabry. En quelques pages, il explique comment notre République s'éloigne de plus en plus de la démocratie de représentation et de toute autre forme de démocratie, comment l'élection au suffrage universel direct et la pratique du référendum nous rapprochent de plus en plus d'un absolutisme soutenu par plébiscite, comment -contrairement peut-être aux préjugés- ça n'a rien d'un phénomène général et que la France passe pour une exception dans les démocraties occidentales, même par comparaison aux Etats-Unis. Aucun Président de la République au monde ne rassemble autant de pouvoirs que celui de la République française.

Il explique aussi que les institutions prévues par les textes ne sont pas tout et que c'est, exemples historiques à l'appui, toujours la pratique politique qui finit par avoir le dernier mot face aux textes. Au final, Fabry suggère d'éviter l'enlisement et la destruction finale des restes de notre culture démocratique grâce à un coup d'état parlementaire : les parlementaires doivent instituer, de gré ou de force, une nouvelle répartition des pouvoirs qui supprimera le rôle central du Président de la République.

Saturday, February 18, 2023

Lu : Zemmour contre l'Histoire (par un collectif d'historiens, collection Tracts chez Gallimard, février 2022).

Soixante pages qui valent mieux que de longs discours. Je ne connais pas vraiment Zemmour et n'ai aucune envie de voter pour lui. Je lui sais gré d'amener un peu de moutarde dans le débat, mais la moutarde ne fait pas un plat de résistance. Je sais qu'il a longtemps été chroniqueur à la télé et qu'à l'époque beaucoup (à l'instar de Ruquier) l'utilisaient comme un animal de foire. Je n'ai jamais prêté attention à ce qu'il disait, ni à des thèses sous-jacentes à ses prises de position.

Ici, des historiens se sont regroupés pour produire (à la va-vite, avec quelques coquilles d'ailleurs) des échantillons parmi les plus significatifs des manipulations que Zemmour a faites de l'histoire de France afin de servir ses discours politiques. Chaque échantillon est alors décrypté et contredit en détail par un éclairage historique.



Zemmour tente de jouer la carte du patriotisme, en racontant un récit national bien choisi, quitte à tordre la réalité. Il faut dire qu'il a le champ libre, car les autres candidats ne brillent guère par leur amour de la nation, ni par leurs appels à l'histoire.

Je vous encourage à le lire, 3€90 dans toutes les librairies. Les échantillons abordés sont entre autres les suivants (point de vue Zemmour) :

- Clovis serait négligé par les historiens et les enseignants.

- La croisade de 1095 serait une victoire française.

- Saint-Louis aurait été un roi philosémite.

- Le Grand Ferré (héros paysan de la Guerre de Cent Ans) aurait été un patriote national, c.a.d. œuvrant pour l'idée nationale française.

- Les protestants auraient cherché et mérité leur sort à l'époque des guerres de religion.

- Les Nazis seraient les héritiers spirituels de Voltaire.

- La Révolution Française s'expliquerait tout entière par un complot de quelques élites, notamment maçonniques.

- Il y a eu un génocide vendéen par les Républicains, un "grand remplacement" des vendéens par des partisans de la république (et un autre grand remplacement s'annonce).

- Les Français auraient créé l'Algérie.

- Il resterait des doutes sur la culpabilité de Dreyfus. Une purge des anti-dreyfusards dans l'armée aurait eu lieu après l'affaire et l'impréparation de l'armée en 1914 en aurait découlé, causant beaucoup de morts évitables.

- Les fusillés de 1917 se seraient mutinés non par horreur ou lassitude de la guerre mais parce qu'ils voulaient continuer la guerre et être plus offensifs.

- Pétain 1. aurait préparé la contre-attaque française, 2. aurait tenté de sauver les Juifs de nationalité française, 3. n'aurait pas lui-même mis fin à la République, car les pleins pouvoir lui auraient en fait été confiés par le front populaire (sic !)

- Simone de Beauvoir aurait eu une admiration lubrique pour les soldats allemands.

- Le massacre du 17 octobre 1961 aurait été la répression inévitable d'une manifestation violente.

- De Gaulle aurait généreusement donné, de son plein gré, l'indépendance à l'Algérie.

...

Je n'ai pas un grand intérêt pour cette élection présidentielle mais j'ai horreur des falsifications.

Thursday, January 20, 2022

En librairie / La guerre d'Algérie : La ferme-caserne, de Boudaoud Bellaredj

J'ai participé à la relecture du dernier livre de Boudaoud Bellaredj avant publication et je suis heureux de le voir enfin en librairie (en Algérie).



L’ouvrage de Boudaoud Bellaredj La ferme-caserne est un roman inspiré d’une histoire vraie, vécue par plus d’un. Il dépeint la guerre d’Algérie dans la région de Aïn-Séfra, à travers les souvenirs d’enfance du petit Rachid, berger de son état, et le témoignage de ses parents sur ce qui s’est passé de 1956 à 1962, retraçant, en effet, certains faits d’armes et de la résistance FLN que l’auteur avait pu mémoriser et noter.

Les histoires sont composées de témoignages assemblés, permettant à la fois l’immersion du lecteur et la vraisemblance historique : la condamnation de la violence et des idéologies qui la légitiment. Certains sont des récits réels écoutés et enregistrés, d’autres sont imaginés.

Il s’agit, notamment, de parler de la ferme-caserne, une ferme réquisitionnée par l'armée française, de la torture, des méfaits de la ligne Morice, du passage du colonel Marcel Bigeard, des déserteurs légionnaires, du camp de torture de Dzira et des appelés du contingent d’infanterie du 8e Rima.

À travers le petit berger Rachid, qui a vraiment existé et qui avait à peine sept printemps, l’auteur a voulu relier les sentiments émotionnels des personnages à leurs propres expériences. Les évènements racontés dans ce livre animent les mémoires du lecteur, en particulier, et les Algériens, en général, dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Chaque auteur a sa part du récit national quand il prend sa source (ou quand il prend corps) dans la littérature ; chaque auteur aussi a sa part dans les évènements et les espoirs nationaux, et ceux de Bellaredj sont univoques : la condamnation de la violence. De l’auteur du Brasero à benjoin qui relate les années noires du terrorisme en Algérie, de Bouamama et Eberhardt (traduit en anglais et en italien) et bien d’autres écrits parus dans la presse algérienne et internationale.



Sunday, December 10, 2017

Lu : Un petit fonctionnaire, par Augustin d'Humières, 2017

Lu : Un petit fonctionnaire, par Augustin d'Humières, 2017

Je suis assez affligé des commentaires qu'on peut lire çà et là sur ce trait (130 pages) d'Augustin d'Humières, alors je prends mon mal en patience pour en fournir un commentaire aussi complet et factuel que possible.


Ce qu'énonce ce livre


Par l'œil de son narrateur essentiellement égal à lui-même, l'auteur nous livre ses observations, ses pensées sur l'école et ses problèmes. Il s'agit de constatations, illustrées par des exemples crédibles, mais pas d'un enchaînement de raisonnements structurés. Il est donc difficile de donner autre chose que des bullet points pour les résumer.


  • Les indicateurs d'échec de l'EdNat se multiplient mais personne ne réagit.
  • Chacun avance à son poste comme un petit soldat, s'occupe de sa propre promotion et, au mieux, de bien tenir son poste.
  • Les élèves sont devenus méfiants par rapport à l'institution, les professeurs sont souvent obligés de se justifier auprès des élèves-mêmes (sans parler des parents ou autres parties prenantes).
  • Le programme saupoudre, se contente de superficialités déconnectées les unes des autres, et récompense les élèves qui arrivent à donner l'illusion avec ces quelques bribes, s'ils respectent les codes et conventions des différents exercices. Le cours fidèle au programme n'apprend pas plus qu'une divagation sur Wikipédia, et souvent moins.
  • La nullité de l'apprentissage rend encore plus criantes les inégalités. Elles n'ont plus de contrepoids, plus d'échappatoire. Sans famille, un élève n'apprend rien à l'école, et stagne en s'ennuyant pendant les longues années de cours.
  • Les épreuves du bac sont des farces, l'oral est un sommet d'hypocrisie. Les candidats n'ont pour beaucoup aucune culture générale, pas même autour du contenu du cours, savent à peine ce que signifient les mots qu'on leur a demandé d'apprendre par cœur.
  • Les oraux de recrutement des profs sont du même niveau d'hypocrisise que ceux du bac. Juste avec un vocabulaire et des codes plus évolués.
  • Les candidats au sacerdoce qui risqueraient de remettre en cause l'EdNat sont systématiquement éjectés par le génie de l'institution.
  • Les inspecteurs de l'EdNat surfent sur l'enseignement là-même où les profs s'enfoncent, ils sont déconnectés. On leur demande de faire passer les consignes, ils jouent le rôle théâtral de comprendre et de cautionner ces consignes.
  • Les conseils de classe sont des farces jugées d'avance, où l'on finit par se dire que le mieux pour l'élève en échec est qu'il quitte rapidement l'école, pour ne pas s'enfoncer davantage encore. Y rester lui nuit, alors ne le faisons pas redoubler, de grâce.
  • Sciences Po n'est pas une grande école, mais une prépa pour grandes écoles, et ceux qui y arrivent en provenance de milieux défavorisés s'y cassent les dents et ne parviennent jamais jusqu'aux grandes écoles. Il ne leur manque pas la volonté ni les connaissances mais les codes pour s'intégrer.
  • Les personnels dans l'école sont noyés sous les sigles, les fonctions transversales, les réformes, le turn-over, les guerres internes... ne se connaissent plus et évitent la salle des profs.
  • Les élèves sont noyés sous les "projets", activités extra-scolaires, sensibilisations, sorties pédagogiques, etc. et le fait de placer des heures de cours à un rythme normal est plus l'exception que la règle.
  • Les parents sont largués car, loin du cliché comme quoi les parents doivent transmettre l'éducation et l'école l'instruction, l'école d'aujourd'hui ne transmet plus non plus l'instruction. Les horizons sont bouchés, même pour les élèves qui s'investissent.
  • Certains enfants s'enferment dans le communautarisme, parce qu'il leur offre des codes d'intégration plus faciles à adopter, leur trace une voie de sortie de l'école.
  • Les exigences du monde moderne, en particulier avec les moyens de communication numériques à disposition, sont supérieures à celles des générations précédentes, et non inférieures. La réussite n'est pas devenue plus facile. Ceux qui réussiront seront ceux qui auront réussi à déconnecter (du réseau social, de la communauté, du monde scolaire...) et cherché à se construire eux-mêmes.


Ce que ce livre n'est pas - en opposition aux multiples commentaires absurdes trouvés sur le web



  • Ce livre n'est pas une analyse. C'est un ensemble de constatations, de remarques désillusionnées, mais il n'y a pas de structure méthodique à visée de démonstration. D'ailleurs, il n'y a pas de thèse unique qui soit un fil rouge.
  • Ce livre n'est pas à charge contre les professeurs. Il en dépeint certains défauts, certes, au milieu de tant d'autres choses, et il serait bien plus étonnant qu'il ne le fasse pas.
  • Ce livre n'est pas mal écrit. Il raconte ce que vit le professeur et ce qu'il pense. Il n'a pas d'ambition stylistique particulière, mais se lit vite et bien.
  • Ce livre aborde les thèmes éculés du numérique, des réseaux sociaux, des dotations budgétaires, mais il n'en fait pas un point central. Il se concentre sur les aspects humains et systémiques de l'institution.
  • Ce livre ne donne pas de solutions, c'est vrai, mais il pointe quand même un certain nombre de scléroses qui ne pourront être éludées si l'on souhaite redonner à nos enfants une EdNat digne de ce nom.

Saturday, May 30, 2015

Relu : Dieu est-il français ? (Friedrich Sieburg, 1929, avec extrait)

Appréciez d'un point de vue littéraire l'ambivalence de l'extrait ci-dessous. L'Allemand Friedrich Sieburg explique, en guise d'introduction de son livre "Dieu est-il français ?" de 1929, pourquoi il a choisi d'écrire au sujet de la France, choix étrange pour un Allemand, surtout à l'époque. Admirez l'ambivalence des déclarations, qui peuvent paraître pro-Allemagne ou pro-France, pro-conciliation ou pro-ségrégation, admiratives ou méprisantes... Friedrich Sieburg adopte en fait l'attitude du naturaliste et étudie les Français comme un cheptel.

(Friedrich Sieburg aura par la suite une attitude mitigée vis-à-vis des Français et adoptera mollement l'ordre nazi pendant la guerre.)




--

[j'écris sur la France parce que...]

¤ Parce que je préfère le progrès des idées à l'idée du progrès,

¤ Parce que j'ai peine à admettre que le bonheur de l'homme consiste à passer de la nonchalance à l'hygiène,

¤ Parce que je ne souhaite gagner du temps qu'à condition que l'on me laisse disposer librement du temps ainsi gagné, de préférence, en flânant, allongé dans l'herbe,

¤ Parce qu'un paradis démodé et négligé m'attire plus qu'un univers modèle, étincelant, mais désespérant,

¤ Parce que je voudrais éterniser la larme que je verse en prenant congé d'une France têtue, avant de me faire inscrire sans enthousiasme, bon gré mal gré, comme membre actif de la communauté européenne,

¤ Parce que je voudrais communiquer à mes contemporains un peu de la souffrance que j'éprouve à devoir passer de l'éternité à l'ordre du jour,

¤ Parce que je tiens pour dangereuse une foi sans frein en l'avenir, une foi qui ne soit pas tempérée par l'amour d'une cause perdue mais imperdable, celle du passé,

¤ Parce que, en tout autre pays que la France, les plus nobles sentiments sont exposés à être un jour fabriqués en série,

¤ Parce qu'en France le char du Temps a des sièges usés qui laissent voir leur crin végétal et qu'il est traîné par un petit âne franciscain, tandis qu'ailleurs il roule sur des rails, marche à l'électricité, et est orné d'inscriptions telles que : "Défense de cracher",

¤ Parce qu'il faut dans le monde un pays qui oppose une résistance tenace au perfectionnement social, afin que le bonheur de l'homme ne lui soit pas sacrifié,

¤ Parce que je voudrais donner à tous les pays, la France exceptée, l'occasion de s'enorgueillir toujours davantage de leur ordre, de leur propreté, de leur discipline et de leur organisation, et de se consoler d'être privés de mauvaises communications téléphoniques, de messageries postales négligentes et d'artisans inexacts, - et que je n'ose pas préférer un système parfait d'assurances sociales à une provision sans limites de pain blanc et de vin rouge,

¤ Parce que la France est le pays de la juste mesure et des fausses statistiques,

¤ Parce que, si les cordonniers en France sont incapables de découdre convenablement et en temps utile une simple pièce de renfort, en revanche durant tout le mois d'août ils ferment boutique et vont à la campagne pêcher à la ligne,

¤ Parce que les Français ont l'ordre dans la tête, mais des gares pleines de désordre, tandis que chez nous tout marche au doigt et à l’œil,

¤ Parce que la France est une nation courageuse, mais n'en a pas moins peur des Allemands et des communistes,

¤ Parce qu'il faut avoir accueilli sur son front le doux rayonnement du samedi soir, auquel la France s'abandonne, pour pouvoir supporter les froides journées ouvrables de notre époque,

¤ Parce qu'on ne sera pas d'accord sur ce qu'est le Paradis, tant que la France opposera son idéal de bonheur personnel aux diverses conceptions du bien-être collectif qui animent les autres pays,

¤ Parce que la France qui a souvent tort, mais d'une manière conciliante, donne à ceux qui ont toujours raison, mais d'une manière désagréable, la certitude réconfortante que dans le concours des Nations chacune aura son tour de faveur,

¤ Parce que l'homme est sans doute heureux lorsqu'il remplit sa fonction supérieure, mais n'est jamais aussi heureux que, lorsque, négligeant cette fonction, il mène la bonne vie, ferme sa boutique, chasse ses clients et place une chaise devant sa porte, pour attendre la première étoile,

¤ Parce que les grandes villes ne sont dignes de l'homme qu'autant que leurs habitants sont résolus à rester des provinciaux et à ignorer le rhythme de la vie,

¤ Parce que la machine devrait assurer plus de loisir aux hommes, au lieu d'être l'objet de leur idolâtrie,

¤ Parce que les hommes politiques et les économistes ne sont inoffensifs qu'autant qu'ils passent pour des hommes actifs et débrouillards, ayant pour les biens de ce monde un puissant appétit, ce qui est plus humain et moins inquiétant que lorsque, pareils à des dieux, ils représentent la nation et l'idée du bien collectif,

¤ Parce que le problème du féminisme peut se résoudre en France le plus agréablement du monde, en mettant à la disposition des femmes un choix de linge fin et de chapeaux, ou tout au moins en éveillant en elles par des moyens diaboliques l'espoir qu'un jour elles entreront en possession de ces choses,

¤ Parce que le peuple français aimerait mieux se suicider que de devenir pauvre, et laisse à d'autres peuples le soin de faire de la pauvreté un apostolat,

¤ Parce que la France tient tout progrès technique ou social, réalisé dans un autre pays, pour une offense personnelle, et à juste raison, car comment les gens s'avisent-ils de travailler à une réfection du monde, alors qu'ils ne se sont même pas complètement assimilé les idées de la grande Révolution,

¤ Parce que la France, suspendue aux basques de l'humanité, ralentit une course dont on ne sait si elle doit mener le monde vers les étoiles ou vers l'abîme,

¤ Parce qu'il nous est nécessaire de savoir une fois pour toutes si Dieu est réellement de nationalité française et, dans l'affirmative, si nous pourrions nous passer de lui,

¤ Parce qu'il faut nous rendre compte que l'humanité progresse sans que personne marche à sa tête,

¤ Parce que nous ne pouvons pas renoncer à notre avenir du seul fait que la France n'est pas disposée à se détacher de son passé,

¤ Parce qu'il est bon, cependant, de méditer un instant et de laisser notre coeur s'alourdir à l'aspect de cette France qui s'attarde, avant que commence notre course vers un âge nouveau,

¤ Parce que chaque regard sur la France accroît en nous l'espérance, ou du moins le désir, de voir ce pays entreprendre en même temps que nous, et avec nous, le grand voyage vers l'avenir,

¤ Pour son bonheur et pour le nôtre.

Friday, April 26, 2013

Défense des langues régionales, oui mais pour quelle ambition ?

En contrepoint à l'article de l'Express "Onze idées reçues sur les langues régionales".



Sortons de l'illusion de sauvegarde du patrimoine, née de la fascination technique ! (dans le cas qui nous occupe, technique linguistique)

"Le basque est l'une des langues les plus anciennes d'Europe." Certes. Les sacrifices d'esclaves sont l'une des plus anciennes traditions d'Europe.

"Le breton est une langue celtique." Wow ! Le français est une langue romane, issue du latin.

"Le francique lorrain [...] l'idiome le plus proche de la langue que parlait Clovis." Chouette !!! Est-ce à dire qu'en travaillant bien notre francique à l'école, nous aussi nous pourrons devenir chefs de guerre ? Piller des églises puis se convertir au christianisme en grande pompe ? Faire l'histoire en traitant la tête d'un soldat de la même façon qu'un vase ?


Une langue n'est pas une richesse ! Je le répète car c'est un point crucial de ce que je vais dire ici : UNE LANGUE N'EST PAS UNE RICHESSE. C'est la *pratique* d'une langue qui est une richesse. Comme disait Claude Hagège, une langue morte est une langue que personne n'utilise pour dire "passe moi le sel". Une langue est avant tout un outil, au service de personnes qui, elles, créent de la richesse humaine et culturelle. Une langue sans locuteur est une langue morte, dont la seule valeur est le corpus de textes qu'elle laisse, qui seront traduits selon leur intérêt, car on manque plus de lecteurs que de traducteurs de langues mortes.




Alors, VRAI, le français est supérieur aux langues régionales.
Oh, je ne parle pas de qualités intrinsèques ! Déjà, je ne voudrais pas céder à la facilité de comparer le corpus d'une langue avec le corpus d'une autre. Pour mesurer les qualités intrinsèques, il faut mesurer les capacités d'apprentissage, la diversité de structures... qu'un homme peut utiliser ! C'est assez facile de regrouper le béarnais, le gallo et le limousin en un seul ensemble et de dire : regardez ce magnifique corpus !

La vérité est plus prosaïque : les locuteurs du français s'ouvrent sur le monde francophone, 300 millions de personnes. Des foyers culturels divers. Des cadres légaux moins restrictifs que ceux de la France, par leur plus grande diversité. L'avenir du français est assuré, celui de la France ne l'est pas...
Je ne parle pas de qualités intrinsèques d'une langue, je parle de potentiel de création de richesses, culturelles et humaines. En ces domaines, le français est supérieur aux langues régionales.



"Les langues régionales peuvent aussi présenter un intérêt économique." Alors là, stop ! Dire que l'alsacien permet de communiquer avec un allemand, c'est faux. Si on entre sur le terrain économique, les gens sont pressés. À défaut de leur langue, ils ne parleront pas une langue voisine, ils parleront anglais. Et que dire des nombreux étrangers arrivant à Barcelone, ville qu'on leur conseille de toute part, pour s'entendre refuser de parler en castillan, la langue que l'on apprend partout dans le monde ?



"Le breton nous rattache à notre passé gaulois."
  1. 3 des 4 dialectes bretons ne sont pas issus du gaulois mais de langues de l'archipel britannique.
  2. L'héritage gaulois est largement surestimé, suite à surenchère républicaine.
  3. Il y a certes une vision du monde dans une langue mais le breton de 2013 parlé en Bretagne française n'exprime, à mon avis, rien de la vision du monde de nos ancêtre gaulois... si tant est que cela soit souhaitable.


"Enseigner une langue régionale à l'école n'est pas un problème." Alors là, je dis attention ! Les linguistes disent certes que posséder une deuxième langue permet d'en apprendre d'autres mais ils disent aussi que la plupart des gens n'arrivent pas à dépasser trois langues. Quant aux passerelles entre des langues proches, elles représentent certes une aide pour la grammaire mais elles aussi sont aussi souvent sources de confusion pour le vocabulaire. Ainsi, les mots proches de langues faciles à aborder comme l'italien ou le roumain ne s'inscrivent pas forcément bien dans la mémoire. Par exemple, l'immersion totale à l'étranger fonctionne souvent mieux dans une langue entièrement différente.



Note concernant la politique linguistique de la Suisse : malgré le statut officiel du romanche, il est vraisemblable que celui-ci disparaisse en l'espace de quelques générations.



Concernant l'indépendantisme : Si les langues sont un attribut essentiel de l'identité, eh bien laissons-les s'exprimer ! inutile de les pousser ni des les réprimer. C'est la voie démocratique. Pourquoi vouloir les nourrir ? Je m'en voudrais de toucher à l'identité de quelqu'un, fût-ce pour lui suggérer de la renforcer.


En conclusion, je dirais que les langues régionales ne sont qu'un choix culturel parmi des dizaines d'autres possibles. L'histoire est ce qu'elle est, nous ne sommes pas en 1800 mais en 2013. Relancer aujourd'hui les langues régionales, ce n'est pas simplement valoriser un héritage culturel à coups de millions d'euros, c'est engager la culture des individus pour des générations. Pourquoi travailler à raviver le passé plutôt que de se tourner vers l'avenir ?
Si la langue régionale était parlée par des centaines de milliers de personnes en attente de reconnaissance, je dirais oui. Or, à l'exception du breton et du basque transfrontalier, elle n'est le plus souvent parlée que par quelques milliers de personnes âgées. La langue régionale de Marseille, c'est l'arabe, bien plus que le provençal. Pourquoi ne l'enseignerait-on pas dans les écoles de la République ?

Sunday, February 24, 2013

Remarque sur les farines animales

Je suis tout prêt à entendre que je me trompe mais je préfère vous livrer mon point de vue sur la question des farines animales.
Pour moi, la distinction entre "herbivore" et "carnivore" n'est pas un élément naturel mais un élément culturel. C'est une classification empiriste et non une "loi". Et la distinction absolutiste entre "herbivore" et "carnivore" n'est pas une affaire scientifique mais une affaire de pédagogie d'école primaire, un reste de notre petite enfance.

D'un point de vue scientifique :
1°/ Je vous mets au défi de trouver une règle ou une définition de "herbivore" qui englobe toute la classification "herbivore" et rien qu'elle. *
2°/ Les différences apparentes à l'échelle humaine sont beaucoup moins flagrantes à l'échelle cellulaire. Protéines, lipides, glucides, fibres... le monde animal et le monde végétal se ressemblent.
3°/ Quand on regarde de près, la plupart des animaux sont omnivores et choisissent leur alimentation en fonction de leurs besoins et, bien sûr, des disponibilités. Ceci est vrai autant pour les insectes que pour les oiseaux ou les mammifères. La frontière la plus mince étant au niveau des mammifères frugivores, dont l'appareil digestif leur permet de se nourrir autant de fruits que de viande. Ils ne s'en privent pas. D'ailleurs, la plupart des singes, primates et l'homme se situent à cette frontière.

Alors, pour moi, farines animales ou farines végétales, c'est du pareil au même.
Bien sûr, on peut s'émouvoir du devenir des animaux ainsi broyés. On peut aussi se rebeller contre l'ignorance complète du public vis-à-vis des pratiques de l'industrie agro-alimentaire. On peut encore regretter le manque de documentation de notre nourriture (pour ne pas utiliser le terme galvaudé de "traçabilité"). On peut enfin de manière générale s'insurger devant l'industrialisation et la déshumanisation du monde agro-alimentaire.
Mais dire "les vaches ne mangent pas de viande donc il faut interdire les farines animales", pour moi ce n'est pas du bon sens, ni de la science, c'est de la bigoterie.

* Pour le compte, je vous mets aussi au défi de trouver une définition de "végétal" qui englobe toute la classification "végétal" et rien qu'elle.