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Thursday, March 12, 2026

Lu : L'histoire du roi qui ne voulait pas mourir, Jean Teulé, 2024

Ah, il est mort, le salaud !


Ah, il est mort, le salaud ! Jean Teulé est mort en 2022, et ses amis ont assemblé son manuscrit inachevé et quelques créations de leur cru en un volume qui laisse sur sa faim. Le contraire serait étonnant.

Dans le style inimitable de Jean Teulé, que j'ai déjà évoqué ici et , l'auteur raconte Louis XI, sa cruauté et ses névroses, en particulier son éponyme peur de la mort. Des scènes étonnantes et révoltantes, où tout est sacrifié pour éviter la mort du souverain : des nobles, des serviteurs, des animaux et même des nourrissons. Les scènes s'enchaînent... Sans doute que l'auteur les aurait retouchées ou parsemées d'une trame scénaristique plus complète. Mais rien, juste l'horreur de ces crimes multiples, avec l'humour noir qui sert d'encre à Teulé.

Puis textes et dessins de ses amis, qui racontent sa disparition, son manque, son œuvre, et inventent même le récit de la première de cette histoire au théâtre... avec un parallèle filé entre Louis XI et Jean Teulé, qui à la fin de la représentation manquent tous les deux.

Voilà, il est mort, n'en parlons plus. Lisons-le.

Wednesday, February 25, 2026

Lu : Le Magasin des Suicides, de Jean Teulé (2008)

Lu : Le Magasin des Suicides, de Jean Teulé (2008)


Sous-titré "roman", ce petit volume est à la limite de la nouvelle. On y suit un unique élément perturbateur dans un contexte bien particulier.

La famille Tuvache tient depuis des générations un magasin qui vend tout le nécessaire, conseils à l'appui, pour bien réussir son suicide. Mort ou remboursé. Pas de carte de fidélité, ça va de soi. Dans un futur proche dystopique, chaque invention, chaque fait divers, est un nouveau prétexte pour vendre de nouvelles formes de suicides à de nouveaux clients. Mais voilà, le petit dernier de la famille est un joyeux gamin, qui compte bien remonter le moral à tout le monde, clients et famille inclus ! Je ne raconte pas les détails, dans l'espoir que les lecteurs de ce blog le liront aussi ^_^

Jean Teulé, dont j'avais déjà lu "Azincourt par temps de pluie", nous régale de sa plume légère, humoristique, caricaturale si besoin. Le sujet n'est d'ailleurs pas dénué de critiques d'intérêt social ou sociétal, mais jamais en donneur de leçon.

Bref, franche rigolade en 150 pages environ.

Wednesday, June 7, 2023

Lu : Il est de retour, de Timur Vermes. Roman, 390 pages.

Hitler revient à la vie (on ne sait pas pourquoi) un beau jour d'été 2011, dans un terrain vague de Berlin, près du lieu où se trouvait son ancien bunker. Il n'a pas de souvenirs de son suicide, et croit être en 1945, avec les Russes sur le point d'envahir Berlin. Il cherche son bunker, ses ministres, ses soldats... Mais non, nous sommes bien en 2011 et Hitler cherche à comprendre pourquoi -- non, il ne cherche pas comprendre pourquoi il est là, il cherche à comprendre ce qu'il doit faire pour aider son pays, la race germanique, déjouer les complots juifs, etc. Il est rapidement aidé par des gens qui le prennent pour un comique imitant Hitler, puis obtient d'écrire des articles, d'être invité à une émission de radio, de monter un site web, etc. Il propage toujours ses idées, très ouvertement, sans la moindre honte, sans le moindre compromis, sans la moindre reculade, mais elles sont prises par beaucoup pour des plaisanteries dénonçant indirectement l'état du pays.

Je ne raconte que le début, car c'est très drôle, si on aime l'humour allemand qui traîne dans la longueur, avec une certaine lourdeur, qu'il faut apprécier comme une forêt-noire, pas trop à la fois. (Je ne peux m'empêcher de penser à Süskind mais je ne suis pas expert en littérature allemande.) Je le recommande franchement. Je précise qu'il n'y a aucun rapport entre ce livre et les histoires de science-fiction ou d'horreur mettant en scène le retour des nazis. D'ailleurs, Hitler est le seul nazi tout au long de l'histoire.


En fait, il s'agit d'une satire de la société allemande, vue par les yeux d'Hitler qui sont des verres polarisants. Si Hitler s'étonne de quelque chose, cela rappelle que cette chose n'a pas toujours été. Si Hitler dénonce ou s'enthousiasme de quelque chose, est-on de l'avis contraire (pourquoi ?) ou du même avis (pourquoi ?) On entend déjà les cris d'orfraies si la chose arrivait réellement : "Vous êtes du même avis qu'Hitler ? Comment osez-vous ?" Et on se pose ces questions tout au long du livre, au fur et à mesure des découvertes d'Hitler confronté à l'Allemagne moderne. Tout y passe : la monnaie européenne, la paix avec les Français, le métissage, les Turcs immigrés, le niveau scolaire, l'état de l'armée, l'opposition entre Etats-Unis et Russie, la presse, l'informatique, le web, wikipedia, la politique, les nationalistes... Il passe tout au crible et prend note afin d'élaborer son programme politique. Et on l'accompagne dans ses jugements de valeur qui permettent d'interroger les nôtres.

Sunday, July 10, 2022

Lus: Mémoires de Richard Feynman

Lus, aimablement prêtés par une voisine :
- Surely, you're joking Mr. Feynman!
- What do _you_ care what other people think?

Deux recueils d'anecdotes de la vie de Richard Feynman, par lui-même. Il ne s'agit pas à proprement d'une biographie vu que la progression n'est pas chronologique et que de larges pans sont oubliés, il s'agit plutôt de mémoires, visant à édifier les lecteurs sur la science et sur son apprentissage, plaçant la curiosité, le doute et l'expérience au coeur de toute réussite.


Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Richard Feynman (1918-1988) était un ingénieur, scientifique et professeur américain influent du XXème siècle, qui a participé très jeune aux travaux de la bombe atomique (il n'avait que 27 lors du premier largage), qui a participé largement aux progrès de la physique fondamentale, en particulier quantique, mais aussi de l'informatique. Il a reçu le Prix Nobel de physique en 1965. Il est aussi très connu pour avoir été un excellent professeur, qui disait que "si vous ne pouvez pas expliquer votre sujet à un élève de première année, c'est que vous ne le maîtrisez pas" et dont les cours sont encore régulièrement re-publiés dans le monde entier (5 tomes en français, que j'ai lus en prépa).

C'était avant tout un esprit curieux et rationnel, qui ne se la laissait pas dicter. Ces deux livres sont pleins d'anecdotes sur son travail académique, non-académique, son travail de professeur, son travail d'ingénieur (mise en pratique des savoirs), et même sa vie personnelle, toujours avec une rationalité et une curiosité extrêmes.

On apprend ainsi comment il se mêle à la communauté italienne de son quartier sans même parler italien, comment il apprend à séduire des femmes dans un casino de Las Vegas, comment il analyse l'explosion de la navette Challenger, comment il remet en cause les coffres-forts utilisés par l'armée, comment il fait changer tout le système d'enseignement supérieur du Brésil en 1 seule conférence, comment il remet en cause une théorie d'Einstein devant Einstein (invité à la dernière minute sans qu'il le sache), comment il apprend le japonais, l'espagnol puis le portugais, comment il décrypte les oeuvres d'art des lieux de débauche de son voisinage, comment il améliore les méthodes de calculs (pré-)informatiques au beau milieu de la fabrication de la bombe nucléaire, comment il a affronté la mort par maladie de sa jeune épouse, comment adolescent les gens de la ville entière venaient lui demander de réparer leurs postes de radios, etc.

C'est un vrai régal à lire, car le coquin ne manque pas d'humour et d'humanité. Le tout en environ 600 pages que j'ai avalées en quelques jours et que je vous recommande.

Saturday, February 18, 2017

Le parti d'en rire (années 50)

C'est le parti d'en rire, sketch de Pierre Dac et Francis Blanche.


Nos buts sont déjà fixés :

Réconcilier les œufs brouillés
Faire que le veau d'or puisse se coucher
Apprendre aux chandelles à se moucher
Aux lampes-pigeons à roucouler
Amnistier les portes condamnées
A l'exception des portemanteaux
C'est pour ça qu'ils peuvent s'accrocher
Exiger que tous les volcans
Soient ramonés une fois par an
Simplifier les lignes d'autobus
En supprimant les terminus
Et pour prouver qu'on n'est pas chiches
Faire beurrer tous les hommes-sandwichs


Voilà quel est notre programme
Voilà le programme
Demandez le programme

Friday, January 3, 2014

Lu : Un combat et autres récits, de Patrick Süskind



Lu : Un combat et autres récits, recueil de 4 histoires courtes de Patrick Süskind (traduction Bernard Lortholary)

Il faut lire Süskind avec beaucoup de recul, Süskind est notre complice dans l'humour si nous faisons preuve de suffisamment de recul. Je ne saurai trop le conseiller aux lecteurs qui refusent comme moi l'eau de rose, les policiers et les thrillers.

Attention, spoiler ci-dessous !

Au programme de ce petit livre que j'ai dévoré :
  • L'exigence de profondeur : histoire cynique de l'interaction entre une artiste et son critique, entre son œuvre et son hygiène de vie et, bien sûr, entre le regard porté par le lecteur sur l'artiste avec et sans les commentaires du critique.
  • Un combat : partie d'échecs publique, où le vainqueur se sent perdant, où le perdant s'en moque et où les spectateurs se sentent les dindons de la farce.
  • Le testament de maître Mussard : récit d'une vie de recherches par un vieil homme qui démontre l'horrible vérité qu'il a découverte : le monde se transforme peu à peu en coquillage, sous l'impulsion et la force invincible d'une monstrueuse divinité coquillage. (Je jurerais une parodie de Lovecraft.)
  • Amnésie littéraire : comment un auteur répond-il à la question fatidique de savoir quelles lectures ont changé sa vie ? Le narrateur, que l'on peut identifier partiellement avec l'auteur, suggère que c'est la capacité à oublier ce qu'il a lu qui crée un écrivain.

Sunday, June 16, 2013

Grand Projet Johnny Hallyday

Suite à l'ébullition due au concert donné par Johnny Hallyday à l'occasion de ses 70 ans, j'ai décidé de m'inscrire moi-même dans une dynamique parallèle à la carrière du chanteur.

La démarche consiste en l'épargne régulière de montants conséquents, ce afin d'amasser un pécule confortable, me permettant de mettre à exécution mes desseins. Il est en effet important de constater que, en rapport d'un phénomène tel que Johnny Hallyday, l’idole des jeunes et des moins jeunes, notre star américaine nationale, aucune initiative personnelle ne saurait être exagérée. Les contributions des bonnes volontés qui lisent ce texte ne seront pas dédaignées, l'heure n'étant pas aux économies.

Cet ambitieux projet que je nourris aura pour point d'orgue mon départ pour une contrée lointaine et non-francophone, pour une durée minimale de douze mois à compter de la mort du grand artiste, dans une tentative — je le crains — vaine, d'échapper aux multiples hommages qui lui seront rendus et aux rediffusions médiatiques soldées qui lui rendront, elles aussi, un hommage calculé.

Si toutefois des scènes d'auto-flagellations publiques de fans dès lors orphelins et désespérés devaient s'ensuivre, je vous encouragerais à me les faire suivre par petits paquets discrets, toute bêtise humaine ayant sa contrepartie dans l'antimatière zygomatique.