Résumé de "Ne faites plus d'études, apprendre autrement à l'ère de l'IA" de Laurent Alexandre et Olivier Babeau
Pourquoi j'écris : Parce que j'ai lu plusieurs résumés, notamment sur LinkedIn, et que je pense qu'on a passé un peu trop de temps à parler du flacon et du négociant et trop peu du nectar.
La quasi-totalité du livre est consacrée à des constats, suivis d'extrapolations, et d'explicitation des conséquences de ces extrapolations. C'est un livre utile en ce qu'il aide à se mettre à niveau, à saisir d'autres facettes du phénomène IA, en plus de celles que nous pouvons avoir comprises par nous-même ou lues ailleurs. C'est un livre qui s'adresse aux utilisateurs de l'IA, aux travailleurs (qui sont menacés), aux jeunes qui apprennent, aux parents. Ce n'est pas un livre pour les praticiens expérimentés de l'IA, pour les chercheurs, pour les experts en ceci ou cela. La fin de l'ouvrage donne des pistes pour les jeunes qui cherchent à être maîtres de leur avenir, et pour les législateurs (et les électeurs).
CONSTATS EXTRAPOLÉS :
- L' "intelligence" gratuite, rapide, disponible, généraliste, utile, se répand partout, et ça s'accélère. Vous vous souvenez du moment où l'annuaire est devenu obsolète ? Du moment où la carte routière est devenue obsolète ? Du moment où le dictionnaire est devenu obsolète ? C'est l'acte de réfléchir qui est en passe de devenir obsolète. Ou, du moins, d'être considéré et traité comme obsolète par beaucoup de gens. Les cols blancs vont être mis à rude épreuve.
- Ce n'est qu'un début. L'humain technologiquement augmenté est déjà dans les incubateurs. Ce n'est plus tout à fait de la science-fiction de parler de connexion cerveau-internet, de vision augmentée, de souvenirs inoculés, etc.
- IA et robots : l'IA va fournir de l' "intelligence" aux robots et leur permettre de réaliser un grand nombre de tâches jusque-là réservées aux humains. Si des robots peuvent devenir chirurgiens, il n'y a aucun doute qu'ils sauront assembler des pièces en usine ou charger des palettes dans des camions. En conséquence, les cols bleus vont aussi être mis à rude épreuve.
- Les menaces sur les cols bleus et cols blancs vont être particulièrement sensibles sur les juniors qui cherchent à s'insérer dans le monde du travail. Les tâches les plus simples étant celles qui seront remplacées le plus vite, les entreprises trouveront (et trouvent déjà pour certaines) qu'il est plus rentable d'automatiser des tâches de juniors plutôt que d'embaucher des juniors pour les accomplir. Certaines préfèreront attendre par tous les moyens une possible automatisation plutôt que d'investir sur des juniors et leur formation.
- Certains métiers risquent de disparaître totalement. Les survivances seront le fait de singularités, dit autrement, il n'y aura pas de grands corps de métiers qui survivront à l'IA, seulement des cas isolés, exceptionnels par la rareté de leur offre ou de leur demande. Une conséquence secondaire sera la disparition des syndicats, du moins dans la forme que nous leur connaissons.
- A l'inverse, il y aura une explosion des métiers "à l'interface" de l'IA. Des métiers de producteur, collecteur, travailleur de données, des métiers d'articulateurs de workflows automatisés avec ou par IA, de superviseurs d'IA, de concepteurs, d'évaluateurs, etc. De la même façon que des métiers se sont créés dans l'usine aux XIXe et XXe siècles autour des machines, qui n'étaient pas à proprement parler des emplois de production mais bien des emplois d'usine.
- Les auteurs imaginent le travailleur du futur comme une singularité : une personne démontrant par elle-même ce qu'elle peut apporter à une entreprise dont l'intelligence est automatisée. Freelances du futur, qui n'auront plus de corps de diplôme, de corps de métier, mais une conjonction de savoir-faire, d'expériences, d'idées (et d'énergie/bonne volonté) les rendant utiles à une entreprise donnée, à un moment donné. (Déduction logique : si cette niche est suffisamment pérenne et suffisamment vaste, alors le travailleur lance sa propre entreprise automatisée par IA pour satisfaire ses clients de façon générique, et passe à un autre sujet.)
- L'Europe, au carrefour du haut niveau de sophistication historique et du futur dénuement (potentiel) vis-à-vis de l'IA, sera la zone la plus durement touchée du globe. Elle court en outre le risque d'un enfermement idéologique face à l'IA (que les auteurs nomment "mur de Berlin numérique").
LEMME SUR L'ÉDUCATION :
- De la même façon que la communication de masse (journaux, télévision, théâtre et cinéma subventionnés) n'a pas apporté une démocratisation massive des savoirs et des niveaux de vie mais creusé l'écart entre ceux qui en bénéficiaient et ceux qui en étaient des observateurs passifs, l'éducation nationale n'a pas non plus apporté de démocratisation massive. Idem pour l'arrivée de l'internet, du web, de wikipédia et autres. Il en sera de même pour l'IA. Ceux qui en seront de simples utilisateurs seront les victimes du déclassement.
CONSTATS EXTRAPOLÉS SUR L'ÉDUCATION :
- Le diplôme, sanctionnant l'apprentissage par une classe d'apprenants d'un corpus de savoirs, est en passe de devenir obsolète car il n'y aura plus de classes d'apprenants, pas plus que de corpus de savoirs durables et utiles. Par ailleurs, les savoir-faire d'une personne seront mesurables à ses productions disponibles en démonstration sur internet (ex. GitHub), il n'y aura plus besoin de diplômes sanctionnant un savoir-faire a priori.
- En particulier, les études de médecine sont absolument inefficaces aujourd'hui : trop longues, pour apprendre un corpus qui sera dépassé en sortant, et effectuer un métier qui n'existera peut-être plus, du moins tel que nous le connaissons.
- La recherche privée excède désormais la recherche universitaire, grâce à des capitaux immenses et une très grande flexibilité, y compris dans des domaines dits de "recherche fondamentale". L'université n'a plus aucun avantage stratégique pour maintenir son avantage dans la recherche.
- Les universités n'ont absolument pas pris la mesure de ce changement.
- L'IA vient en fait apporter une confirmation finale à l'inadéquation de l'unversité (et plus largement, de l'enseignement) face aux besoins de la société. L'inadéquation existait déjà largement mais les apparences perduraient grâce à l'inertie et à des institutions commes les diplômes (voir plus haut), les corps de grandes écoles (voir plus haut), le lien avec la recherche (voir plus haut), etc.
- L'étudiant est donc seul face à son avenir et aux changements qui s'annoncent. Le principal risque est l'inaction : l'inaction stratégique (choisir de simplement suivre un cursus et espérer une brillante carrière en bout de course) et l'inaction au quotidien (voir LEMME ci-dessus). Ce que les auteurs appellent la "rente cognitive" est RÉVOLU, c'est-à-dire que l'investissement initial en culture et savoir-faire dans la jeunesse, censé être rentable une vie entière, est désormais un investissement non-rentable, garanti comme non-rentable car les entreprises du monde entier vont s'évertuer à le détruire.
- L'étudiant doit donc, plus que jamais, se prendre en charge, être adulte bien plus jeune.
Le livre se termine sur des recommandations pour l'étudiant d'aujourd'hui, que nous montrons par leurs titres ci-dessous, et des recommandations pour le législateur, que nous n'aborderons pas ici.



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