Lu : Europe Japon, regards croisés en bandes dessinées
La présentation de cet ouvrage collectif est amusante : deux parties, une concernant le Japon tel que vu dans les bandes dessinées européennes, l'autre présentant l'Europe telle que vue dans les mangas japonais. La conclusion de l'ouvrage étant située... en plein milieu !
Il s'agit d'une présentation des interactions entre ces pays et leurs bandes dessinées, suivant un certain nombre de thématiques. On y a apprend beaucoup de choses sur divers sujet et je suis confiant en disant que même l'amateur invétéré de manga découvrira des aspects ou des auteurs qu'il ne connaissait pas.
Chaque thème est illustré avec des extraits des différents mangas ou bandes dessinées, en citant bien titres et auteurs, mais fait aussi l'objet de paragraphes explicatifs. On découvre ainsi que l'interaction Europe-Japon dans le domaine de la bande dessinée a commencé au XIXème siècle. En fait, elle a même démarré sur les chapeaux de roue à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. (Nos échanges actuels démarrés dans les années 80 et 90 n'en sont que les héritiers.)
À cette époque, le Japon s'occidentalisait à grande vitesse et participait au concert (à la cacophonie) des armées du monde. Il s'opposait tour à tour à la Russie, à la Chine, etc. Chacune de ces guerres était l'occasion d'échanges intenses dans les correspondances et surtout, de reportages dans les journaux de l'époque.
Si le journal papier de qualité a en grande partie disparu de nos jours (son plus digne successeur étant le flux RSS), à l'époque, il était le principal vecteur d'information. Ces journaux étaient illustrés, tant au Japon qu'en Europe. Ces illustrations étaient soit informatives soit satiriques : le petit dessin à la Charlie Hebdo n'est pas jeune ! En fait, il a été importé au Japon par des éditeurs français et anglais installés là-bas. Étrange, d'apprendre que beaucoup de dessinateurs japonais considèrent un français, Georges Ferdinand Bigot, comme l'un des précurseurs du manga ! De son côté, les bandes dessinées se sont beaucoup inspirées du Japon pour ses estampes et, bien sûr, pour son contenu culturel.
On voit ainsi une large influence mutuelle. Le Japon évoque à propos de l'Europe : sa gastronomie, son histoire, ses mythologies, sa Belle Époque, son architecture. L'Europe évoque à propos du Japon : ses samouraïs, le niveau de codification des règles sociales, sa rapide transformation pendant l'ère Meiji, ses rituels tels que la cérémonie du thé...
L'influence mutuelle continue de plus belle après la seconde guerre mondiale. Le thème du vide ressenti par les soldats après la guerre est pro-éminent. Le boom de la fin du XXème siècle annonce la vague que nous connaissons : le manga moderne qui influence largement l'Europe. On sent aussi une légère amertume des auteurs quant au manque de pénétration de la bande dessinée européenne moderne au Japon, avec quelques exceptions constituées d'auteurs qui travaillent des deux côtés et assimilent les deux référentiels culturels. Frédéric Boilet et Jiro Taniguchi en sont de bons exemples.
J'ai aussi appris une chose que j'ignorais entièrement : les Japonais font un large usage du manga pour l'apprentissage de la culture. Ainsi, des mangas sont publiés sur de nombreux sujets d'histoire ou de géographie européenne. Tout force la curiosité, semble-t-il.
Bref, un bon ouvrage qui ravira tous ceux qui prendront le temps de le lire et non seulement de le parcourir :-)
Personal notepad about linguistics, literature, art and basically anything that I want to comment upon. You're welcome to comment or post as guest. Posts might be in any language. This is a personal blog, unrelated to anything professional.
Sunday, June 23, 2013
Lu : du Fred Uhlman : « L'ami retrouvé », « La lettre de Conrad » et « Pas de résurrection, s'il vous plaît »
J'ai relu L'ami retrouvé, qui est l'œuvre littéraire la plus connue de Fred Uhlman.Une pièce de plus parmi ces livres que l'on m'a fait connaître au lycée et qui ont fondé ma culture personnelle. À quelques temps de là, j'ai découvert par hasard sur les rayons du seul bouquiniste survivant à Poitiers un volume rassemblant La lettre de Conrad et Pas de résurrection, s'il vous plaît, du même auteur.
Les trois œuvres forment un ensemble assez cohérent. Elles mêlent une part de fiction avec de nombreux éléments autobiographiques. Fred Uhlman était un jeune juif, très attaché à son pays, la Souabe, avocat prometteur, forcé de fuir l'Allemagne d'Hitler et que les horreurs du nazisme ont changé à jamais : il a arrêté de parler allemand, publié en anglais, s'est installé en Angleterre, est devenu peintre et écrivain.
Dans L'ami retrouvé, paru en 1971, le personnage phare est Hans Schwarz, jeune juif étudiant au Karl Alexander Gymnasium à Stuttgart. Il raconte sa rencontre et son amitié avec Conrad Graf von Hohenfels, un jeune homme d'une grande famille historique de la Souabe. Conrad lui avoue sur la fin l'antisémitisme ancestral de sa mère ainsi que sa propre préférence pour Hitler (« Il nous faut choisir entre Staline et Hitler, et je préfère Hitler. »). Son meilleur ami s'est transformé en nazi ! Hans quitte l'Allemagne pour l'Amérique et refuse dès lors tout contact avec son pays originel. Bien après la guerre, il reçoit tout de même des nouvelles de son ancien lycée et apprend que Conrad est mort en héros, exécuté pour avoir participé à une tentative d'assassinat sur Hitler. D'où le titre.
Dans La lettre de Conrad, paru en 1985, les mêmes personnages sont repris. Il s'agit ici d'une lettre que Conrad écrit à Hans alors qu'il est captif, après son arrestation pour complot sur Hitler, quelques jours avant son exécution. Conrad reprend les mêmes éléments et retrace leur amitié. Il apporte cependant une vue complémentaire, pas toujours identique, sur le déroulement des évènements marquants de leur complicité. (Il y aurait matière à faire une comparaison précise, ces différences d'interprétations sont porteuses de sens.) Il aborde aussi sa conversion au nazisme, puis sa motivation pour assassiner Hilter. Il parle aussi de la mort, de l'affreuse perspective.
Dans Pas de résurrection, s'il vous plaît, les personnages ne sont pas les mêmes, mais ils tirent encore beaucoup d'éléments de la vie de l'auteur. Simon Elsas est un juif qui a quitté l'Allemagne pour l'Amérique avant le nazisme et qui après la guerre, par une curiosité étrange, décide de faire escale dans sa ville originelle de Stuttgart. Il y retrouve certains lieux, détruits ou non, des souvenirs, sa fiancée de l'époque qui le reconnaît à peine, et ses anciens camarades de lycée, regroupés en amicale. Cette amicale très enjouée, nourrie de force bières et chansons, tente de recréer une cordialité, dans l'Allemagne d'après-guerre. Simon y brise l'ambiance en expliquant qu'il ne peut passer une soirée amicale avec des gens dont il ne connaît pas le passé et les actions pendant la guerre. Les anciens camarades se déchirent alors au souvenir des actes de chacun. Et Simon quitte le pays en se réjouissant d'avoir trouvé l'art comme exutoire et d'être devenu peintre.
Il y a quelques thèses sous-jacentes communes à ces œuvres. La principale est que la nature est belle et que seul l'homme en fait un enfer :
L'homme est décrit comme portant en lui les racines de cet enfer :
Et la conclusion vient naturellement, l'enfer se réalise à l'âge d'homme. Avec une conséquence, entre autres, le rejet de la religion.
Un bien beau triptyque littéraire à faire lire aux jeunes "intelligents mais déculturés et en voie de perdition", comme j'en rencontre tellement. Je note pour finir que le dernier des trois, Pas de résurrection, s'il vous plaît, est assurément le plus noir :
Les trois œuvres forment un ensemble assez cohérent. Elles mêlent une part de fiction avec de nombreux éléments autobiographiques. Fred Uhlman était un jeune juif, très attaché à son pays, la Souabe, avocat prometteur, forcé de fuir l'Allemagne d'Hitler et que les horreurs du nazisme ont changé à jamais : il a arrêté de parler allemand, publié en anglais, s'est installé en Angleterre, est devenu peintre et écrivain.
Dans L'ami retrouvé, paru en 1971, le personnage phare est Hans Schwarz, jeune juif étudiant au Karl Alexander Gymnasium à Stuttgart. Il raconte sa rencontre et son amitié avec Conrad Graf von Hohenfels, un jeune homme d'une grande famille historique de la Souabe. Conrad lui avoue sur la fin l'antisémitisme ancestral de sa mère ainsi que sa propre préférence pour Hitler (« Il nous faut choisir entre Staline et Hitler, et je préfère Hitler. »). Son meilleur ami s'est transformé en nazi ! Hans quitte l'Allemagne pour l'Amérique et refuse dès lors tout contact avec son pays originel. Bien après la guerre, il reçoit tout de même des nouvelles de son ancien lycée et apprend que Conrad est mort en héros, exécuté pour avoir participé à une tentative d'assassinat sur Hitler. D'où le titre.
Dans La lettre de Conrad, paru en 1985, les mêmes personnages sont repris. Il s'agit ici d'une lettre que Conrad écrit à Hans alors qu'il est captif, après son arrestation pour complot sur Hitler, quelques jours avant son exécution. Conrad reprend les mêmes éléments et retrace leur amitié. Il apporte cependant une vue complémentaire, pas toujours identique, sur le déroulement des évènements marquants de leur complicité. (Il y aurait matière à faire une comparaison précise, ces différences d'interprétations sont porteuses de sens.) Il aborde aussi sa conversion au nazisme, puis sa motivation pour assassiner Hilter. Il parle aussi de la mort, de l'affreuse perspective.
Dans Pas de résurrection, s'il vous plaît, les personnages ne sont pas les mêmes, mais ils tirent encore beaucoup d'éléments de la vie de l'auteur. Simon Elsas est un juif qui a quitté l'Allemagne pour l'Amérique avant le nazisme et qui après la guerre, par une curiosité étrange, décide de faire escale dans sa ville originelle de Stuttgart. Il y retrouve certains lieux, détruits ou non, des souvenirs, sa fiancée de l'époque qui le reconnaît à peine, et ses anciens camarades de lycée, regroupés en amicale. Cette amicale très enjouée, nourrie de force bières et chansons, tente de recréer une cordialité, dans l'Allemagne d'après-guerre. Simon y brise l'ambiance en expliquant qu'il ne peut passer une soirée amicale avec des gens dont il ne connaît pas le passé et les actions pendant la guerre. Les anciens camarades se déchirent alors au souvenir des actes de chacun. Et Simon quitte le pays en se réjouissant d'avoir trouvé l'art comme exutoire et d'être devenu peintre.
Il y a quelques thèses sous-jacentes communes à ces œuvres. La principale est que la nature est belle et que seul l'homme en fait un enfer :
« Les collines bleuâtres de la Souabe, pleines de douceur et de sérénité, étaient couvertes de vignobles et de vergers et couronnées de châteaux. [...] Et le Neckar coulait lentement autour d'îles plantées de saules. »
« Avec ses poiriers aux fruits jaunes, ses innombrables rosiers sauvages, le paysage se reflète dans le lac. [...] Les murs se dressent, muets et froids, et, dans le vent, claquent les étendards gelés. »
« Tout ce que je savais, c'est que c'était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu'être juif n'avait fondamentalement pas plus d'importance que d'être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant toute chose, puis Allemands, et puis Juifs. »
L'homme est décrit comme portant en lui les racines de cet enfer :
« Nous le méprisions parce qu'il était doux et bon et avait l'odeur d'un homme pauvre ; [...] cette lâche cruauté qui est celle des garçons bien portants à l'égard des faibles, des vieux et des êtres sans défense. »
« Nous [étant enfants] considérions comme efféminée toute tentative d'élégance. »
Et la conclusion vient naturellement, l'enfer se réalise à l'âge d'homme. Avec une conséquence, entre autres, le rejet de la religion.
« ou bien aucun Dieu n'existait, ou bien il existait une déité, monstrueuse si elle était toute-puissante et vaine si elle ne l'était point. Une fois pour toutes, je rejetai toute croyance en un être supérieur et bienveillant. »
« Pas de résurrection, s'il vous plaît. Un seul enfer suffit ! »
« Ce monde était un véritable asile de fous ! »
Un bien beau triptyque littéraire à faire lire aux jeunes "intelligents mais déculturés et en voie de perdition", comme j'en rencontre tellement. Je note pour finir que le dernier des trois, Pas de résurrection, s'il vous plaît, est assurément le plus noir :
« La grâce première disent les anciens
Est de n'être jamais né.
De n'avoir jamais vu le jour.
La seconde : c'est de tirer sa révérence
Et de quitter les lieux le plus vite possible. »
Sunday, June 16, 2013
Grand Projet Johnny Hallyday
Suite
à l'ébullition due au concert donné par Johnny Hallyday à l'occasion de
ses 70 ans, j'ai décidé de m'inscrire moi-même dans une dynamique
parallèle à la carrière du chanteur.
La démarche consiste en l'épargne régulière de montants conséquents, ce afin d'amasser un pécule confortable, me permettant de mettre à exécution mes desseins. Il est en effet important de constater que, en rapport d'un phénomène tel que Johnny Hallyday, l’idole des jeunes et des moins jeunes, notre star américaine nationale, aucune initiative personnelle ne saurait être exagérée. Les contributions des bonnes volontés qui lisent ce texte ne seront pas dédaignées, l'heure n'étant pas aux économies.
Cet ambitieux projet que je nourris aura pour point d'orgue mon départ pour une contrée lointaine et non-francophone, pour une durée minimale de douze mois à compter de la mort du grand artiste, dans une tentative — je le crains — vaine, d'échapper aux multiples hommages qui lui seront rendus et aux rediffusions médiatiques soldées qui lui rendront, elles aussi, un hommage calculé.
Si toutefois des scènes d'auto-flagellations publiques de fans dès lors orphelins et désespérés devaient s'ensuivre, je vous encouragerais à me les faire suivre par petits paquets discrets, toute bêtise humaine ayant sa contrepartie dans l'antimatière zygomatique.
La démarche consiste en l'épargne régulière de montants conséquents, ce afin d'amasser un pécule confortable, me permettant de mettre à exécution mes desseins. Il est en effet important de constater que, en rapport d'un phénomène tel que Johnny Hallyday, l’idole des jeunes et des moins jeunes, notre star américaine nationale, aucune initiative personnelle ne saurait être exagérée. Les contributions des bonnes volontés qui lisent ce texte ne seront pas dédaignées, l'heure n'étant pas aux économies.
Cet ambitieux projet que je nourris aura pour point d'orgue mon départ pour une contrée lointaine et non-francophone, pour une durée minimale de douze mois à compter de la mort du grand artiste, dans une tentative — je le crains — vaine, d'échapper aux multiples hommages qui lui seront rendus et aux rediffusions médiatiques soldées qui lui rendront, elles aussi, un hommage calculé.
Si toutefois des scènes d'auto-flagellations publiques de fans dès lors orphelins et désespérés devaient s'ensuivre, je vous encouragerais à me les faire suivre par petits paquets discrets, toute bêtise humaine ayant sa contrepartie dans l'antimatière zygomatique.
Friday, May 31, 2013
Relu et re-contemplé : Flashback, de Florin Andreescu
Un cadeau de ma très chère professeure de roumain, Ana :-D
Environ 160 pages de photos de la Roumanie, entre 1975 et 1995, soit entre l'« époque d'or » et la « transition ». Des photos qui montrent aux jeunes Roumains (et aux jeunes Européens, en général) un passé qu'il ne faut pas oublier.
Certaines de ces photos montrent des choses difficiles à croire :
Une photo m'a beaucoup touché car elle représente un lieu que je connais. Il s'agit d'un bâtiment dont la construction a été abandonnée en 1990 :
Ce bâtiment était près de chez moi, quand j'ai habité en Roumanie, voilà à quoi il ressemblait en 2008 :
J'y suis repassé en 2012 et 2013. Bluffant ! Voilà ce à quoi il ressemble aujourd'hui :
Ce bâtiment abrite aujourd'hui la Bibliothèque Nationale de Roumanie. Là encore, la leçon est apprise : là où il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Environ 160 pages de photos de la Roumanie, entre 1975 et 1995, soit entre l'« époque d'or » et la « transition ». Des photos qui montrent aux jeunes Roumains (et aux jeunes Européens, en général) un passé qu'il ne faut pas oublier.
Certaines de ces photos montrent des choses difficiles à croire :
- des personnes couchées à même le sol dans une salle d'attente de gare,
- l'entraide face à la prohibition de l'alcool,
- les étalages vides et la queue interminable pour les quelques produits restants,
- les maisons de campagne où les vieux ne meurent pas mais s'endorment profondément,
- les cultivateurs qui travaillent avec des chevaux,
- les pêcheurs dans des barques en bois,
- la foire aux jeunes filles célibataires,
- les grèves, les manifestations,
- les politiciens, les élections...
Une photo m'a beaucoup touché car elle représente un lieu que je connais. Il s'agit d'un bâtiment dont la construction a été abandonnée en 1990 :
Ce bâtiment était près de chez moi, quand j'ai habité en Roumanie, voilà à quoi il ressemblait en 2008 :
J'y suis repassé en 2012 et 2013. Bluffant ! Voilà ce à quoi il ressemble aujourd'hui :
Ce bâtiment abrite aujourd'hui la Bibliothèque Nationale de Roumanie. Là encore, la leçon est apprise : là où il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Tuesday, May 28, 2013
Relu : Sanctuary, manga seinen, yakuzas et politiciens
Relu : Sanctuary
Manga de type Seinen
Dessinateur : Ryōichi Ikegami
Scénario : Sho Fumimura
Hojo et Asami sont deux jeunes Japonais rescapés des massacres du Cambodge. Rentrés au Japon, ils constatent à quel point les gens se sont endormis dans une société capitaliste vide d'espoir : consommation, gérontocratie, itinéraires tracés...
Ils se fixent un objectif : donner de l'espoir au Japon. Pour cela, il faut conquérir le pouvoir. Asami se lance en politique et Hojo s'intègre chez les Yakuzas (mafia japonaise). Se soutenant en coulisses, ils gravissent les étages pour changer le Japon, son appareil politique (notamment le parti libéral-démocrate) et son appareil à recycler les rejetés de la société (les Yakuzas).
Une série courte en 12 volumes où l'accent est mis sur la volonté de fer des personnages, qui se lit dans les nombreux gros plans sur les visages des personnages, sur le fait qu'une situation peut toujours être renversée et sur le fait que l'on peut se comporter comme un requin avec des desseins louables. Cette série révèle certains aspects culturels du Japon, notamment l'idée sous-jacente que si le Japon (ou tout autre peuple) s'encroûte et décline, alors il ne mérite pas de survivre, culturellement parlant.
Manga de type Seinen
Dessinateur : Ryōichi Ikegami
Scénario : Sho Fumimura
Hojo et Asami sont deux jeunes Japonais rescapés des massacres du Cambodge. Rentrés au Japon, ils constatent à quel point les gens se sont endormis dans une société capitaliste vide d'espoir : consommation, gérontocratie, itinéraires tracés...
Ils se fixent un objectif : donner de l'espoir au Japon. Pour cela, il faut conquérir le pouvoir. Asami se lance en politique et Hojo s'intègre chez les Yakuzas (mafia japonaise). Se soutenant en coulisses, ils gravissent les étages pour changer le Japon, son appareil politique (notamment le parti libéral-démocrate) et son appareil à recycler les rejetés de la société (les Yakuzas).
Une série courte en 12 volumes où l'accent est mis sur la volonté de fer des personnages, qui se lit dans les nombreux gros plans sur les visages des personnages, sur le fait qu'une situation peut toujours être renversée et sur le fait que l'on peut se comporter comme un requin avec des desseins louables. Cette série révèle certains aspects culturels du Japon, notamment l'idée sous-jacente que si le Japon (ou tout autre peuple) s'encroûte et décline, alors il ne mérite pas de survivre, culturellement parlant.
Monday, May 27, 2013
Lu : Éducation populaire : une utopie d'avenir (Franck Lepage, 2012)
Lu : Éducation populaire, une utopie d'avenir
Textes, entretiens et photos rassemblés par Franck Lepage.
Édition Cassandre/Horschamp, collection Les Liens qui Libèrent
Environ 180 pages de textes donnant les souvenirs, les considérations et les retours d'expérience de nombreux acteurs de l'éducation populaire.
Qu'est-ce que l'éducation populaire ? C'est l'idée d'éduquer le peuple par lui-même. Plutôt que de l'amener au théâtre, lui faire jouer le théâtre. Plutôt que de le confronter à l'œuvre aboutie, le mettre en situation, de l'autre côté du rideau. C'est l'idée de libérer, d'émanciper les gens par l'art, par la culture, vécue personnellement et non comme un idéal lointain.
On apprend beaucoup de choses dans ce livre dense. Par exemple, que l'idée n'est pas récente. Elle est évoquée depuis l'époque de la révolution et était très en vogue au début du XXème siècle, jusqu'à l'époque de la décolonisation.
On apprend que l'État français soutenait beaucoup ce genre d'initiatives, sous forme de foyers de jeunes, de théâtres populaires, et pas seulement dans les grandes villes. On apprend que le désengagement de l'État s'est fait pour des raisons essentiellement intra-ministérielles. Plus aucun ministère n'est vraiment en charge de l'éducation populaire. Il reste aujourd'hui :
On apprend que des pièces de théâtre amateur peuvent avoir un grand succès local et un véritable impact sur la culture locale. On apprend que nombre des grands acteurs et artistes du XXème siècle ont commencé par le théâtre populaire.
On réalise à quel point la culture, centralisée et monopolisée par le Ministère de la Culture, qui seul définit ce qui est digne de subventions ou non, est à la merci du premier producteur à la chaîne venu. Si un acteur unique peut définir la culture pour le peuple, alors cet acteur peut être remplacé, corrompu, rendu obsolète par un autre.
On prend conscience que l'exhibition des œuvres est forcément une vision passéiste de la culture, tandis que l'incarnation personnelle d'un rôle (quel que soit le type de medium utilisé : théâtre, littérature, cinéma, photographie, conte...) crée l'avenir de la culture.
Quelques citations (sans en donner l'auteur, qui importe peu pour donner une vision d'ensemble) :
Textes, entretiens et photos rassemblés par Franck Lepage.
Édition Cassandre/Horschamp, collection Les Liens qui Libèrent
Environ 180 pages de textes donnant les souvenirs, les considérations et les retours d'expérience de nombreux acteurs de l'éducation populaire.
Qu'est-ce que l'éducation populaire ? C'est l'idée d'éduquer le peuple par lui-même. Plutôt que de l'amener au théâtre, lui faire jouer le théâtre. Plutôt que de le confronter à l'œuvre aboutie, le mettre en situation, de l'autre côté du rideau. C'est l'idée de libérer, d'émanciper les gens par l'art, par la culture, vécue personnellement et non comme un idéal lointain.
On apprend beaucoup de choses dans ce livre dense. Par exemple, que l'idée n'est pas récente. Elle est évoquée depuis l'époque de la révolution et était très en vogue au début du XXème siècle, jusqu'à l'époque de la décolonisation.
On apprend que l'État français soutenait beaucoup ce genre d'initiatives, sous forme de foyers de jeunes, de théâtres populaires, et pas seulement dans les grandes villes. On apprend que le désengagement de l'État s'est fait pour des raisons essentiellement intra-ministérielles. Plus aucun ministère n'est vraiment en charge de l'éducation populaire. Il reste aujourd'hui :
- l'Éducation Nationale, qui vise à faire acquérir un savoir canonique peu culturel (non-personnel et ne traitant pas des relations avec les autres),
- la Culture, qui vise à faire connaître des citoyens les œuvres unilatéralement considérées par le ministère comme dignes d'intérêt,
- la Jeunesse et les Sports, qui n'a plus de jeunesse que les sports, qui ont raflé budget et attention médiatique.
On apprend que des pièces de théâtre amateur peuvent avoir un grand succès local et un véritable impact sur la culture locale. On apprend que nombre des grands acteurs et artistes du XXème siècle ont commencé par le théâtre populaire.
On réalise à quel point la culture, centralisée et monopolisée par le Ministère de la Culture, qui seul définit ce qui est digne de subventions ou non, est à la merci du premier producteur à la chaîne venu. Si un acteur unique peut définir la culture pour le peuple, alors cet acteur peut être remplacé, corrompu, rendu obsolète par un autre.
On prend conscience que l'exhibition des œuvres est forcément une vision passéiste de la culture, tandis que l'incarnation personnelle d'un rôle (quel que soit le type de medium utilisé : théâtre, littérature, cinéma, photographie, conte...) crée l'avenir de la culture.
Quelques citations (sans en donner l'auteur, qui importe peu pour donner une vision d'ensemble) :
« à la fin des années quatre-vingt la multiplication de l'offre culturelle n'a plus d'autre sens que celui de soutenir artificiellement des professions artistiques dont la production n'atteint ni ne concerne la majorité de la population. »
« l'art [...] envisagé comme capacité de métaphoriser un rapport social »
« La culture, c'est l'ensemble des stratégies qu'un individu mobilise pour survivre dans la domination. »
« L'éducation populaire, [...] c'était aider les gens à s'exprimer. »
« Celui qui a désappris de mourir est libre. »
« [...] une démarche artistique exigeante. » [qui exige investissement du spectateur devenu acteur]
« Chacun pour soi, rien pour tous. » [en résumé de la centralisation du pouvoir et de l'individualisation du citoyen]
« Tout metteur en scène sait qu'on trouve des filons, des minerais, des pépites, en travaillant avec des gens à qui on donne le théâtre parce qu'ils en ont besoin pour rétablir une identité ou comme instrument de socialisation. »
« Il ne faut toucher à ce métier qu'avec des mains de feu. »
« Il faudrait redevenir grec pour qu'en leur sein [celui des amateurs] de grands poètes naissent. »
« Les responsables de Drac qui prétendent ne pas pouvoir s'intéresser aux amateurs parce qu'ils en sont coupés administrativement, ça devrait être leur boulot d'aller voir ça, d'aller à l'origine, en amont. »
« Il ne faut pas confondre la culture et le loisir. »
« il faut des instructeurs, des gens qui éveillent. Il faut que se crée l'exemple. »
« Se défaire d'un accent n'est pas quelque chose d'artificiel. »
« Avoir monté Hamlet et Dom Juan en cinq semaines ! Même une troupe professionnelle ne l'aurait pas fait. »
« [en participant comme acteur et non comme spectateur], chacun éprouvait sa distance au rôle, à l'emploi, à l'exploit collectif. [...] Les amateurs sentaient que c'était unique dans leur vie. »
« Il faut des espaces de recherche, de tranquillité, où on lance de véritables espoirs qui font transpirer, qui font peur. »
« les connaisseurs, devant la création [artistique], ça n'existe pas. »
« Chaplin le dit : « Nous ne vivons pas assez pour être autre chose que des amateurs. » »
« L'art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter une histoire. »
« La culture de chacun de nous, c'est la mystérieuse présence, dans sa vie, de ce qui devrait appartenir à la mort. [du passé perdu] »
« la question culturelle est une question politique à part entière. »
« Nous avons appris à rédiger nos dossiers de production dans la langue de l'ennemi. [l'unilatéral, le comptable, le top-down] »
« Le fond explose [dans tous les sens du terme] dans les quartiers quand la forme se répand au milieu de la cour d'honneur. »
« La conférence gesticulée, c'est une rencontre entre des savoirs chauds et des savoirs froids. Cela ne donne pas un savoir tiède, mais un orage ! »
« Il n'y a pas d'artistes ni d'experts sans les habitants qui les font naître. »
« notre culture est devant nous. »
« la culture est la plus haute forme de résistance à la violence et la seule condition pour instituer une vie politique. »
« La démocratie est l'essence de la culture, elle est son autre nom, son nom politique, car seule la culture fait advenir le peuple. »
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Poitiers, France
Friday, April 26, 2013
Défense des langues régionales, oui mais pour quelle ambition ?
En contrepoint à l'article de l'Express "Onze idées reçues sur les langues régionales".
Sortons de l'illusion de sauvegarde du patrimoine, née de la fascination technique ! (dans le cas qui nous occupe, technique linguistique)
"Le basque est l'une des langues les plus anciennes d'Europe." Certes. Les sacrifices d'esclaves sont l'une des plus anciennes traditions d'Europe.
"Le breton est une langue celtique." Wow ! Le français est une langue romane, issue du latin.
"Le francique lorrain [...] l'idiome le plus proche de la langue que parlait Clovis." Chouette !!! Est-ce à dire qu'en travaillant bien notre francique à l'école, nous aussi nous pourrons devenir chefs de guerre ? Piller des églises puis se convertir au christianisme en grande pompe ? Faire l'histoire en traitant la tête d'un soldat de la même façon qu'un vase ?
Une langue n'est pas une richesse ! Je le répète car c'est un point crucial de ce que je vais dire ici : UNE LANGUE N'EST PAS UNE RICHESSE. C'est la *pratique* d'une langue qui est une richesse. Comme disait Claude Hagège, une langue morte est une langue que personne n'utilise pour dire "passe moi le sel". Une langue est avant tout un outil, au service de personnes qui, elles, créent de la richesse humaine et culturelle. Une langue sans locuteur est une langue morte, dont la seule valeur est le corpus de textes qu'elle laisse, qui seront traduits selon leur intérêt, car on manque plus de lecteurs que de traducteurs de langues mortes.
Alors, VRAI, le français est supérieur aux langues régionales.
Oh, je ne parle pas de qualités intrinsèques ! Déjà, je ne voudrais pas céder à la facilité de comparer le corpus d'une langue avec le corpus d'une autre. Pour mesurer les qualités intrinsèques, il faut mesurer les capacités d'apprentissage, la diversité de structures... qu'un homme peut utiliser ! C'est assez facile de regrouper le béarnais, le gallo et le limousin en un seul ensemble et de dire : regardez ce magnifique corpus !
La vérité est plus prosaïque : les locuteurs du français s'ouvrent sur le monde francophone, 300 millions de personnes. Des foyers culturels divers. Des cadres légaux moins restrictifs que ceux de la France, par leur plus grande diversité. L'avenir du français est assuré, celui de la France ne l'est pas...
Je ne parle pas de qualités intrinsèques d'une langue, je parle de potentiel de création de richesses, culturelles et humaines. En ces domaines, le français est supérieur aux langues régionales.
"Les langues régionales peuvent aussi présenter un intérêt économique." Alors là, stop ! Dire que l'alsacien permet de communiquer avec un allemand, c'est faux. Si on entre sur le terrain économique, les gens sont pressés. À défaut de leur langue, ils ne parleront pas une langue voisine, ils parleront anglais. Et que dire des nombreux étrangers arrivant à Barcelone, ville qu'on leur conseille de toute part, pour s'entendre refuser de parler en castillan, la langue que l'on apprend partout dans le monde ?
"Le breton nous rattache à notre passé gaulois."
"Enseigner une langue régionale à l'école n'est pas un problème." Alors là, je dis attention ! Les linguistes disent certes que posséder une deuxième langue permet d'en apprendre d'autres mais ils disent aussi que la plupart des gens n'arrivent pas à dépasser trois langues. Quant aux passerelles entre des langues proches, elles représentent certes une aide pour la grammaire mais elles aussi sont aussi souvent sources de confusion pour le vocabulaire. Ainsi, les mots proches de langues faciles à aborder comme l'italien ou le roumain ne s'inscrivent pas forcément bien dans la mémoire. Par exemple, l'immersion totale à l'étranger fonctionne souvent mieux dans une langue entièrement différente.
Note concernant la politique linguistique de la Suisse : malgré le statut officiel du romanche, il est vraisemblable que celui-ci disparaisse en l'espace de quelques générations.
Concernant l'indépendantisme : Si les langues sont un attribut essentiel de l'identité, eh bien laissons-les s'exprimer ! inutile de les pousser ni des les réprimer. C'est la voie démocratique. Pourquoi vouloir les nourrir ? Je m'en voudrais de toucher à l'identité de quelqu'un, fût-ce pour lui suggérer de la renforcer.
En conclusion, je dirais que les langues régionales ne sont qu'un choix culturel parmi des dizaines d'autres possibles. L'histoire est ce qu'elle est, nous ne sommes pas en 1800 mais en 2013. Relancer aujourd'hui les langues régionales, ce n'est pas simplement valoriser un héritage culturel à coups de millions d'euros, c'est engager la culture des individus pour des générations. Pourquoi travailler à raviver le passé plutôt que de se tourner vers l'avenir ?
Si la langue régionale était parlée par des centaines de milliers de personnes en attente de reconnaissance, je dirais oui. Or, à l'exception du breton et du basque transfrontalier, elle n'est le plus souvent parlée que par quelques milliers de personnes âgées. La langue régionale de Marseille, c'est l'arabe, bien plus que le provençal. Pourquoi ne l'enseignerait-on pas dans les écoles de la République ?
Sortons de l'illusion de sauvegarde du patrimoine, née de la fascination technique ! (dans le cas qui nous occupe, technique linguistique)
"Le basque est l'une des langues les plus anciennes d'Europe." Certes. Les sacrifices d'esclaves sont l'une des plus anciennes traditions d'Europe.
"Le breton est une langue celtique." Wow ! Le français est une langue romane, issue du latin.
"Le francique lorrain [...] l'idiome le plus proche de la langue que parlait Clovis." Chouette !!! Est-ce à dire qu'en travaillant bien notre francique à l'école, nous aussi nous pourrons devenir chefs de guerre ? Piller des églises puis se convertir au christianisme en grande pompe ? Faire l'histoire en traitant la tête d'un soldat de la même façon qu'un vase ?
Une langue n'est pas une richesse ! Je le répète car c'est un point crucial de ce que je vais dire ici : UNE LANGUE N'EST PAS UNE RICHESSE. C'est la *pratique* d'une langue qui est une richesse. Comme disait Claude Hagège, une langue morte est une langue que personne n'utilise pour dire "passe moi le sel". Une langue est avant tout un outil, au service de personnes qui, elles, créent de la richesse humaine et culturelle. Une langue sans locuteur est une langue morte, dont la seule valeur est le corpus de textes qu'elle laisse, qui seront traduits selon leur intérêt, car on manque plus de lecteurs que de traducteurs de langues mortes.
Alors, VRAI, le français est supérieur aux langues régionales.
Oh, je ne parle pas de qualités intrinsèques ! Déjà, je ne voudrais pas céder à la facilité de comparer le corpus d'une langue avec le corpus d'une autre. Pour mesurer les qualités intrinsèques, il faut mesurer les capacités d'apprentissage, la diversité de structures... qu'un homme peut utiliser ! C'est assez facile de regrouper le béarnais, le gallo et le limousin en un seul ensemble et de dire : regardez ce magnifique corpus !
La vérité est plus prosaïque : les locuteurs du français s'ouvrent sur le monde francophone, 300 millions de personnes. Des foyers culturels divers. Des cadres légaux moins restrictifs que ceux de la France, par leur plus grande diversité. L'avenir du français est assuré, celui de la France ne l'est pas...
Je ne parle pas de qualités intrinsèques d'une langue, je parle de potentiel de création de richesses, culturelles et humaines. En ces domaines, le français est supérieur aux langues régionales.
"Les langues régionales peuvent aussi présenter un intérêt économique." Alors là, stop ! Dire que l'alsacien permet de communiquer avec un allemand, c'est faux. Si on entre sur le terrain économique, les gens sont pressés. À défaut de leur langue, ils ne parleront pas une langue voisine, ils parleront anglais. Et que dire des nombreux étrangers arrivant à Barcelone, ville qu'on leur conseille de toute part, pour s'entendre refuser de parler en castillan, la langue que l'on apprend partout dans le monde ?
"Le breton nous rattache à notre passé gaulois."
- 3 des 4 dialectes bretons ne sont pas issus du gaulois mais de langues de l'archipel britannique.
- L'héritage gaulois est largement surestimé, suite à surenchère républicaine.
- Il y a certes une vision du monde dans une langue mais le breton de 2013 parlé en Bretagne française n'exprime, à mon avis, rien de la vision du monde de nos ancêtre gaulois... si tant est que cela soit souhaitable.
"Enseigner une langue régionale à l'école n'est pas un problème." Alors là, je dis attention ! Les linguistes disent certes que posséder une deuxième langue permet d'en apprendre d'autres mais ils disent aussi que la plupart des gens n'arrivent pas à dépasser trois langues. Quant aux passerelles entre des langues proches, elles représentent certes une aide pour la grammaire mais elles aussi sont aussi souvent sources de confusion pour le vocabulaire. Ainsi, les mots proches de langues faciles à aborder comme l'italien ou le roumain ne s'inscrivent pas forcément bien dans la mémoire. Par exemple, l'immersion totale à l'étranger fonctionne souvent mieux dans une langue entièrement différente.
Note concernant la politique linguistique de la Suisse : malgré le statut officiel du romanche, il est vraisemblable que celui-ci disparaisse en l'espace de quelques générations.
Concernant l'indépendantisme : Si les langues sont un attribut essentiel de l'identité, eh bien laissons-les s'exprimer ! inutile de les pousser ni des les réprimer. C'est la voie démocratique. Pourquoi vouloir les nourrir ? Je m'en voudrais de toucher à l'identité de quelqu'un, fût-ce pour lui suggérer de la renforcer.
En conclusion, je dirais que les langues régionales ne sont qu'un choix culturel parmi des dizaines d'autres possibles. L'histoire est ce qu'elle est, nous ne sommes pas en 1800 mais en 2013. Relancer aujourd'hui les langues régionales, ce n'est pas simplement valoriser un héritage culturel à coups de millions d'euros, c'est engager la culture des individus pour des générations. Pourquoi travailler à raviver le passé plutôt que de se tourner vers l'avenir ?
Si la langue régionale était parlée par des centaines de milliers de personnes en attente de reconnaissance, je dirais oui. Or, à l'exception du breton et du basque transfrontalier, elle n'est le plus souvent parlée que par quelques milliers de personnes âgées. La langue régionale de Marseille, c'est l'arabe, bien plus que le provençal. Pourquoi ne l'enseignerait-on pas dans les écoles de la République ?
Location:
Poitiers, France
Wednesday, April 24, 2013
Lu : La libido primitive, de Valy Christine Océany
Lu ce livre d'une auteure que je découvre et vers laquelle je reviendrai, Valy-Christine Océany : La libido primitive.
Une roumaine qui est installée en France depuis longtemps revient en Roumanie. Elle y redécouvre son histoire, comprend ce qu'elle ne comprenait pas dans sa jeunesse : ses relations avec son père, sa naïveté enfantine, la naissance de sa libido. À travers lettres, dialogues et souvenirs, elle revit son enfance.
Excellent bouquin, dans lequel j'ai beaucoup apprécié la mise en abîme de l'écriture du texte, la fraîcheur du style (mêlant styles direct, indirect et indirect libre dans des proportions très fluides et naturelles) et la vraisemblance des émotions. Je le recommande.
Comme à l'accoutumée, voilà quelques citations :
Une roumaine qui est installée en France depuis longtemps revient en Roumanie. Elle y redécouvre son histoire, comprend ce qu'elle ne comprenait pas dans sa jeunesse : ses relations avec son père, sa naïveté enfantine, la naissance de sa libido. À travers lettres, dialogues et souvenirs, elle revit son enfance.
Excellent bouquin, dans lequel j'ai beaucoup apprécié la mise en abîme de l'écriture du texte, la fraîcheur du style (mêlant styles direct, indirect et indirect libre dans des proportions très fluides et naturelles) et la vraisemblance des émotions. Je le recommande.
Comme à l'accoutumée, voilà quelques citations :
« Les grands, quand ils ne savaient pas quoi faire de leurs enfants, ils leur faisaient l’éducation. »
« Mes pensées ont l’allure d’une langue de bois, ces
expressions toutes faites avec lesquelles on exprime tous la même chose,
ou plutôt on n’exprime rien. [...] L’expression « langue de bois » est
en elle-même langue de bois. »
« Alors, pour alimenter la curiosité de sa belle mère, elle
glissait de temps en temps des papiers sans importance entre les
feuilles de ses livres et ses cahiers, juste pour le plaisir de les voir
disparaître. »
« Comment retrouver ce sentiment de bonheur ? Peut-être
qu’elle n’avait pas le droit d’être heureuse. Puisqu’hier, elle l’avait
été et, aujourd’hui, elle était punie de l’avoir été. »
Friday, April 5, 2013
Quelques notions sur la Roumanie [2/3] : Les minorités de Roumanie
Quelques notions sur la Roumanie, à l'attention des amis qui
m'accompagnent dans mon prochain voyage (et de tout autre intéressé à
lire cette page). Voir l'article 1 : Les Roumains.
Wikipédia possède un bon petit article sur le sujet et notamment une belle carte que je reprends ici (cliquez dessus pour l'agrandir).
Mais bon, c'est un peu court, et je préfère ma façon d'aborder les choses.
Les Rroms
Une première minorité, en Roumanie, ce sont les Rroms, qu'on appelle là-bas Tziganes. Ils peuvent être nomades ou installés en petits villages. Plus rarement, l'époque communiste leur a donné des quartiers entiers dans des grandes villes, qui ressemblent maintenant à des favelas intra-muros ou à des vieux quartiers en ruines. Généralement, les polices municipales ne sont pas tendres avec eux et ils ne fréquentent guère les centres-villes modernes.
Les Sicules
Les Sicules sont un peuple magyarophone (qui parle hongrois) mais ne se considère pas hongrois. Il y a plusieurs hypothèses vivement débattues sur leur arrivée dans la région, certaines aussi folkloriques que leur descendance directe des Huns d'Attila. On admet généralement qu'il s'agit de Hongrois qui auraient été déportés du Xème au XIIème siècle au creux des Carpates pour repousser d'éventuels envahisseurs.
Une bonne partie du folklore de la Transylvanie est lié aux Sicules. Ils ont eu un grand impact sur la culture locale : architecture, toponymie, nourriture, langue, traditions... Aujourd'hui encore, plusieurs villes portent des noms qui leur font directement référence : Târgu Secuiesc (le marché des Sicules), Odorheiu Secuiesc (la cour des Sicules), etc.
Les Hongrois
Il y a aussi de nombreux Hongrois non-Sicules en Roumanie. Certains sont arrivés dès le Moyen-Âge mais la plupart se sont installés quand la Transylvanie a été annexée à l'Empire Austro-Hongrois de 1867 à 1918. Dans toute la Transylvanie, il y a quasiment un continuum de présence des Hongrois et des Sicules. Certaines figures hongroises font partie intégrante de l'histoire de la Roumanie, tel Matthias Corvin, l'un des rois les plus marquants de l'histoire de Hongrie, né à Cluj en Transylvanie.
Les Juifs
Une large minorité de Juifs existait en Roumanie avant-guerre. Une grande partie a fui le pays, ou pris les nationalités russe, bulgare ou hongroise au gré des traités et des conquêtes des pays voisins. Néanmoins, dans ces nouveaux pays comme en Roumanie-même, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont exterminés par des régimes collaborant avec le 3ème Reich.
Il reste aujourd'hui à peine quelques milliers de Juifs en Roumanie. Bucarest était cependant un centre culturel et tend aujourd'hui à se re-dynamiser grâce à quelques initiatives culturelles (lycée, théâtre, etc.)
Les Saxons
Les Saxons de Transylvanie se sont installés dès le XIIème siècle en Transylvanie. Ils avaient comme double but l'établissement de colonies marchandes et la défense face aux envahisseurs (Turcs, Tatars, Coumans...) et étaient encouragés et soutenus par les rois de Hongrie.
Le terme de « Saxons » est en partie abusif car ces colons ne venaient pas seulement de Saxe mais aussi d'autres endroits, comme le Luxembourg, la Lorraine ou d'autres régions de l'Allemagne actuelle.
Les Saxons se sont largement organisés autour de quelques grandes villes fortifiées, dont les sept plus connues sont en allemand : Bistritz, Hermannstadt, Klausenburg, Kronstadt, Mediasch, Mühlbach et Schässburg, soit en roumain : Bistriţa, Sibiu, Cluj, Braşov, Mediaş, Sebeş et Sighişoara. Aujourd'hui encore, la Transylvanie est appelée Siebenbürgen (les septs bourgs) en allemand.
Quoique la plupart des Saxons aient aujourd'hui quitté la Roumanie pour s'installer en Allemagne ou en Autriche, la Transylvanie est restée très marquée par la culture germanique, qui se lit sans difficulté dans l'architecture de ses villes et dans la présence d'églises protestantes. La culture germanophone est encore très dynamique en Roumanie.
Les Souabes
Les Souabes du Banat se sont installés au XVIIIème siècle pour peupler la plaine fertile du Banat (région de Timişoara) et protéger la région contre les éventuels envahisseurs ottomans arrivant par les Balkans. Il s'agit encore aujourd'hui d'une minorité active culturellement, bien qu'ils aient, eux aussi, largement émigré vers l'Allemagne et l'Autriche.
Les Ukrainiens (et les Russes)
Les Ukrainiens sont nombreux dans le nord du pays, près de l'Ukraine. Cette zone nord étant l'une des moins peuplées et des plus pauvres (Maramureş actuel), elle n'a pas attiré les attentions précises des grandes puissances au cours de l'histoire. Les Ukrainiens et les Roumains sont donc répartis assez uniformément au sud comme au nord de la frontière (quoique l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne ait donné aux Roumains d'Ukraine une bonne raison de traverser la frontière). Dans une ville très culturelle comme Sighetu Marmaţiei (40 000 habitants), on trouve une forte minorité ukrainienne, une église ukrainienne, un centre culturel ukrainien.
Les Ukrainiens et les Russes sont aussi, bien évidemment, nombreux dans le « pays Moldavie » (république de Moldova). Dans certaines zones, ils sont quasi-majoritaires.
Les Bulgares et les Serbes
Les Bulgares étaient historiquement installés sur le bord de la Mer Noire. La Dobrogée, cette région côtière de Roumanie, contient beaucoup de Bulgares historiques, de même que le rivage du Danube, des deux côtés de la frontière.
Les « Serbes » se sont installés de façon plus anarchique dans les Balkans et la plaine du Banat ne constituait pas une frontière naturelle nette, telle que pouvait l'être le Danube. Aujourd'hui encore, il y a de nombreux Serbes dans la plaine du Banat et une minorité active dans la ville de Timişoara.
Attention : pour différentes raisons culturelles, politiques et surtout linguistiques, les Roumains ont tendance à qualifier tous les Slaves au sud du Danube de « Serbes ». Cette appellation ne correspond donc pas au pays actuel qu'est la Serbie.
Le mélange historique assez pacifique des Bulgares, Serbes et des Roumains a laissé des traces profondes dans la culture roumaine. La plupart des mots slaves de la langue roumaine sont venus par ces peuples. De plus, les anciens textes en roumain utilisaient l'alphabet cyrillique. On trouve encore cet alphabet sur les inscriptions de certaines vieilles églises.
Les Turcs, les Tatars et les Grecs
Les aléas de l'histoire ont aussi laissé des minorités culturelles turques, tatares et grecques sur le bord de la Mer Noire. Soldats turcs en garnison, ports marchands grecs, Tatars déportés en Crimée par les soviétiques.
Les Aroumains
Les Aroumains sont des minorités historiques roumanophones (ou parlant des dialectes largement inter-compréhensibles) qui ont quitté la région originelle de la Roumanie actuelle au premier millénaire. Ils sont principalement présents dans les pays de l'ancienne Yougoslavie et en Grèce.
Les expats
Il reste de nombreuses minorités dont je n'ai pas parlé mais l'une d'entre elle est très récente et très importante : les expatriés. La ville de Cluj, en Transylvanie, est très appréciée par les étudiants et renommée pour ses soirées Erasmus.
Bucarest est une ville très appréciée par les cadres internationaux. Elle contient même un quartier français spécialement dédié aux expats, près du magnifique parc Herăstrău. Pour des raisons culturelles et linguistiques, les Français, les Italiens et les latins en général bénéficient d'un avantage notable pour s'intégrer en Roumanie.
Wikipédia possède un bon petit article sur le sujet et notamment une belle carte que je reprends ici (cliquez dessus pour l'agrandir).
Mais bon, c'est un peu court, et je préfère ma façon d'aborder les choses.
Les Rroms
Une première minorité, en Roumanie, ce sont les Rroms, qu'on appelle là-bas Tziganes. Ils peuvent être nomades ou installés en petits villages. Plus rarement, l'époque communiste leur a donné des quartiers entiers dans des grandes villes, qui ressemblent maintenant à des favelas intra-muros ou à des vieux quartiers en ruines. Généralement, les polices municipales ne sont pas tendres avec eux et ils ne fréquentent guère les centres-villes modernes.
Les Sicules
Les Sicules sont un peuple magyarophone (qui parle hongrois) mais ne se considère pas hongrois. Il y a plusieurs hypothèses vivement débattues sur leur arrivée dans la région, certaines aussi folkloriques que leur descendance directe des Huns d'Attila. On admet généralement qu'il s'agit de Hongrois qui auraient été déportés du Xème au XIIème siècle au creux des Carpates pour repousser d'éventuels envahisseurs.
Une bonne partie du folklore de la Transylvanie est lié aux Sicules. Ils ont eu un grand impact sur la culture locale : architecture, toponymie, nourriture, langue, traditions... Aujourd'hui encore, plusieurs villes portent des noms qui leur font directement référence : Târgu Secuiesc (le marché des Sicules), Odorheiu Secuiesc (la cour des Sicules), etc.
Les Hongrois
Il y a aussi de nombreux Hongrois non-Sicules en Roumanie. Certains sont arrivés dès le Moyen-Âge mais la plupart se sont installés quand la Transylvanie a été annexée à l'Empire Austro-Hongrois de 1867 à 1918. Dans toute la Transylvanie, il y a quasiment un continuum de présence des Hongrois et des Sicules. Certaines figures hongroises font partie intégrante de l'histoire de la Roumanie, tel Matthias Corvin, l'un des rois les plus marquants de l'histoire de Hongrie, né à Cluj en Transylvanie.
Les Juifs
Une large minorité de Juifs existait en Roumanie avant-guerre. Une grande partie a fui le pays, ou pris les nationalités russe, bulgare ou hongroise au gré des traités et des conquêtes des pays voisins. Néanmoins, dans ces nouveaux pays comme en Roumanie-même, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont exterminés par des régimes collaborant avec le 3ème Reich.
Il reste aujourd'hui à peine quelques milliers de Juifs en Roumanie. Bucarest était cependant un centre culturel et tend aujourd'hui à se re-dynamiser grâce à quelques initiatives culturelles (lycée, théâtre, etc.)
Les Saxons
Les Saxons de Transylvanie se sont installés dès le XIIème siècle en Transylvanie. Ils avaient comme double but l'établissement de colonies marchandes et la défense face aux envahisseurs (Turcs, Tatars, Coumans...) et étaient encouragés et soutenus par les rois de Hongrie.
Le terme de « Saxons » est en partie abusif car ces colons ne venaient pas seulement de Saxe mais aussi d'autres endroits, comme le Luxembourg, la Lorraine ou d'autres régions de l'Allemagne actuelle.
Les Saxons se sont largement organisés autour de quelques grandes villes fortifiées, dont les sept plus connues sont en allemand : Bistritz, Hermannstadt, Klausenburg, Kronstadt, Mediasch, Mühlbach et Schässburg, soit en roumain : Bistriţa, Sibiu, Cluj, Braşov, Mediaş, Sebeş et Sighişoara. Aujourd'hui encore, la Transylvanie est appelée Siebenbürgen (les septs bourgs) en allemand.
Quoique la plupart des Saxons aient aujourd'hui quitté la Roumanie pour s'installer en Allemagne ou en Autriche, la Transylvanie est restée très marquée par la culture germanique, qui se lit sans difficulté dans l'architecture de ses villes et dans la présence d'églises protestantes. La culture germanophone est encore très dynamique en Roumanie.
Les Souabes
Les Souabes du Banat se sont installés au XVIIIème siècle pour peupler la plaine fertile du Banat (région de Timişoara) et protéger la région contre les éventuels envahisseurs ottomans arrivant par les Balkans. Il s'agit encore aujourd'hui d'une minorité active culturellement, bien qu'ils aient, eux aussi, largement émigré vers l'Allemagne et l'Autriche.
Les Ukrainiens (et les Russes)
Les Ukrainiens sont nombreux dans le nord du pays, près de l'Ukraine. Cette zone nord étant l'une des moins peuplées et des plus pauvres (Maramureş actuel), elle n'a pas attiré les attentions précises des grandes puissances au cours de l'histoire. Les Ukrainiens et les Roumains sont donc répartis assez uniformément au sud comme au nord de la frontière (quoique l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne ait donné aux Roumains d'Ukraine une bonne raison de traverser la frontière). Dans une ville très culturelle comme Sighetu Marmaţiei (40 000 habitants), on trouve une forte minorité ukrainienne, une église ukrainienne, un centre culturel ukrainien.
Les Ukrainiens et les Russes sont aussi, bien évidemment, nombreux dans le « pays Moldavie » (république de Moldova). Dans certaines zones, ils sont quasi-majoritaires.
Les Bulgares et les Serbes
Les Bulgares étaient historiquement installés sur le bord de la Mer Noire. La Dobrogée, cette région côtière de Roumanie, contient beaucoup de Bulgares historiques, de même que le rivage du Danube, des deux côtés de la frontière.
Les « Serbes » se sont installés de façon plus anarchique dans les Balkans et la plaine du Banat ne constituait pas une frontière naturelle nette, telle que pouvait l'être le Danube. Aujourd'hui encore, il y a de nombreux Serbes dans la plaine du Banat et une minorité active dans la ville de Timişoara.
Attention : pour différentes raisons culturelles, politiques et surtout linguistiques, les Roumains ont tendance à qualifier tous les Slaves au sud du Danube de « Serbes ». Cette appellation ne correspond donc pas au pays actuel qu'est la Serbie.
Le mélange historique assez pacifique des Bulgares, Serbes et des Roumains a laissé des traces profondes dans la culture roumaine. La plupart des mots slaves de la langue roumaine sont venus par ces peuples. De plus, les anciens textes en roumain utilisaient l'alphabet cyrillique. On trouve encore cet alphabet sur les inscriptions de certaines vieilles églises.
Les Turcs, les Tatars et les Grecs
Les aléas de l'histoire ont aussi laissé des minorités culturelles turques, tatares et grecques sur le bord de la Mer Noire. Soldats turcs en garnison, ports marchands grecs, Tatars déportés en Crimée par les soviétiques.
Les Aroumains
Les Aroumains sont des minorités historiques roumanophones (ou parlant des dialectes largement inter-compréhensibles) qui ont quitté la région originelle de la Roumanie actuelle au premier millénaire. Ils sont principalement présents dans les pays de l'ancienne Yougoslavie et en Grèce.
Les expats
Il reste de nombreuses minorités dont je n'ai pas parlé mais l'une d'entre elle est très récente et très importante : les expatriés. La ville de Cluj, en Transylvanie, est très appréciée par les étudiants et renommée pour ses soirées Erasmus.
Bucarest est une ville très appréciée par les cadres internationaux. Elle contient même un quartier français spécialement dédié aux expats, près du magnifique parc Herăstrău. Pour des raisons culturelles et linguistiques, les Français, les Italiens et les latins en général bénéficient d'un avantage notable pour s'intégrer en Roumanie.
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Location:
Poitiers, France
Tolkien et le racisme
J'ai lu et entendu plusieurs fois des hypothèses, quelquefois élaborées, étayées, en véritables thèses, sur le racisme de Tolkien. Je n'y a jamais ajouté foi.
Tolkien montre surtout, selon moi, la veulerie des hommes.
Souvenez-vous Prosper Poiredebeurré : en début d'histoire, il méprise et moque les Rôdeurs, ces vagabonds venus d'on-ne-sait-où. En fin d'histoire, il est Gros-Jean comme devant : depuis le départ des Rôdeurs, les bandits attaquent de partout.
Il montre des « Orientaux » qui marchent au pas, certes, mais ne montre-t-il pas plutôt la bêtise des marcheurs au pas, opposée à la liberté d'action et la dignité accordée à tous ceux qui accompagnent Aragorn ?
Il montre certes de beaux hommes dignes, dans un monde idéal, Númenor, mais il montre que les Númenoriens eux aussi sont sensibles à toutes les tentations et y succombent. Númenor finit noyée sous les eaux.
Ce qui discrédite pour moi définitivement la thèse du racisme, c'est cette phrase de l'Ainulindalë décrivant les premiers peuples créés par la volonté divine : « Le sentiment de leur ressemblance mit longtemps à venir. » Car c'est bien là ce qui caractérise une personne luttant contre les xénophobies et le racisme : la pensée omniprésente que l'on peut et doit chercher les ressemblances plutôt que les différences. L'idée que les différences sautent aux yeux tandis que les ressemblances sont plus profondes. Cette phrase-là ne peut pas venir d'un auteur qui accepte une hiérarchie des races.
Voilà pourquoi, quand Tolkien dit dans l'un de ses discours, "I have the hatred of apartheid in my bones", je n'ai pas le moindre doute sur sa sincérité.
T
olkien a écrit de nombreuses œuvres, que j'ai lues et relues plusieurs fois, pour la plupart. La notion de race y est omniprésente : elfes, nains, humains, hobbits. On y qualifie les hobbits de semi-hommes. On y montre des « Orientaux », ressemblant à ce qu'un Européen pouvait penser d'un Oriental au début du XXème siècle, alliés à l'ennemi, au mal, et marchant au pas. On peut légitimement se poser la question : Tolkien établit-il une hiérarchie des races ?Tolkien montre surtout, selon moi, la veulerie des hommes.
Souvenez-vous Prosper Poiredebeurré : en début d'histoire, il méprise et moque les Rôdeurs, ces vagabonds venus d'on-ne-sait-où. En fin d'histoire, il est Gros-Jean comme devant : depuis le départ des Rôdeurs, les bandits attaquent de partout.
Il montre des « Orientaux » qui marchent au pas, certes, mais ne montre-t-il pas plutôt la bêtise des marcheurs au pas, opposée à la liberté d'action et la dignité accordée à tous ceux qui accompagnent Aragorn ?
Il montre certes de beaux hommes dignes, dans un monde idéal, Númenor, mais il montre que les Númenoriens eux aussi sont sensibles à toutes les tentations et y succombent. Númenor finit noyée sous les eaux.
Ce qui discrédite pour moi définitivement la thèse du racisme, c'est cette phrase de l'Ainulindalë décrivant les premiers peuples créés par la volonté divine : « Le sentiment de leur ressemblance mit longtemps à venir. » Car c'est bien là ce qui caractérise une personne luttant contre les xénophobies et le racisme : la pensée omniprésente que l'on peut et doit chercher les ressemblances plutôt que les différences. L'idée que les différences sautent aux yeux tandis que les ressemblances sont plus profondes. Cette phrase-là ne peut pas venir d'un auteur qui accepte une hiérarchie des races.
Voilà pourquoi, quand Tolkien dit dans l'un de ses discours, "I have the hatred of apartheid in my bones", je n'ai pas le moindre doute sur sa sincérité.
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