Sunday, June 6, 2021

Lu : S.O.S. culture, de Serge Regourd

Questionnement bienvenu sur l'absence de politique culturelle en France, et la paradoxale sur-administration du domaine. Sur le paradoxe aussi entre des élites désabusées oscillant entre le nihilisme et le gauchisme, qui dans leurs actions quotidiennes cautionnent voire participent au délitement de la culture et à son remplacement par le divertissement.




Je regrette que la mondialisation et la marchandisation ne soient vus _que_ négativement. Je regrette aussi que l'éducation populaire soit assimilée à une simple décentralisation de la politique culturelle, on jurerait que l'auteur n'y connaît rien et n'a inclus ce chapitre que comme passage obligé !

Bref, assez déçu.

Sunday, May 10, 2020

Vu : Planet of the Humans

Avec le corona virus, on aurait presque loupé le dernier film de Michael Moore et Jeff Gibbs "Planet of the Humans", qui est en accès complet sur YouTube.

Il s'agit d'un documentaire composé essentiellement de témoignages et de vidéos prises sur le vif, qui démonte un grand nombre de mensonges autour des énergies renouvelables.



Entre autres :

- La biomasse et le bioéthanol sont comptés, dans la majorité des classements administratifs autour du monde, comme des énergies renouvelables. Ainsi, quand on dit que tel pays, ou telle entreprise, utilise 90% de renouvelable, il n'y a en fait que 5 ou 10% de solaire ou d'éolien, voire moins. En fait, ce sont la biomasse et le bioéthanol qui se développent massivement aujourd'hui.

- La biomasse n'est majoritairement pas constituée de bois planté à cet effet, il s'agit en fait de l'exploitation directe et sans contrepartie de forêts existantes, y compris des forêts primaires. On prétendait se passer des énergies fossiles, on en a juste trouvé une nouvelle.

- Le bioéthanol s'obtient par plantation de canne à sucre ou de betteraves, mais les rendements doivent être maintenus, on utilise donc des engrais issus... du pétrole. Économiquement, ça tourne à coup de subventions ou de crédits d'impôts.

- Les panneaux solaires et l'éolien produisent peu, en tout cas beaucoup moins que ce qui est annoncé. Il s'agit surtout d'un argument commercial, comme de mettre une piscine devant sa maison. Une scène assez spectaculaire montre une gigantesque barre d'immeuble "vert" juste construite, avec un parc de panneaux solaires sur le devant. L'ingénieur en charge annonce ensuite que les panneaux solaires servent à alimenter environ 10 familles, soit une toute petite partie des habitants.

- Le tout sert (entre autres) à alimenter un juteux business de subventions ou crédits d'impôts et à vendre des "indulgences" aux grands groupes derrière ce verbiage. Des gens comme Al Gore ou Richard Branson sont au courant de tout depuis le début et gagnent des centaines de millions par ce moyen. Contribuable pigeon, comme d'habitude. Des ONG participent à ce simulacre, elles y trouvent leur moyen de subsistance.

(J'en passe. Regardez vous-même, 1h40 pas perdues.)

Sunday, January 19, 2020

Point lectures 19 jan 2020

Lu : L'étranger, d'Albert Camus
Lu : Les pseudo-médecines, un serment d'hypocrites, de Jean Brissonnet
Relu : L'art de la guerre, de Sun Tzu

Si vous ne l'avez pas lu, lisez "La désinstruction nationale" de René Chiche.

Sunday, December 29, 2019

Point lectures 29 déc 2019

Lu : Who? The A̲ method for hiring, du cabinet de conseil ghSMART.

Lu : La désinstruction nationale, de René Chiche, 2019

En cours : Essai sur les libertés, de Raymond Aron, 1963 (mais je crois que je vais lire Tocqueville in extenso avant d'aller plus loin).

Thursday, August 2, 2018

Lu : Samarcande, d'Amin Maalouf

😍🤔😀
😀😍🤔
🤔😀😍
où Amin Maalouf suit à la lettre les érudits conseils d'Umberto Eco en matière de roman, et les sublime.



Wednesday, June 27, 2018

Lu : Le vent du retour, recueil bilingue de poèmes de Rainer Maria Rilke

J'ai fini mon Rilke.

Ça m'a pris un an, au final. J'ai pris soin de le lire en allemand, tout en ayant un regard sur  ̶l̶e̶ ̶d̶i̶c̶t̶i̶o̶n̶n̶a̶i̶r̶e̶  la traduction de Claude Vigée (un effort de re-poésie qui me paraît surhumain, cf. lien).

Hugo est solaire, dominateur, illuminant ses lecteurs et dissipant toutes ombres ; Rilke est dans un chaos intime nourricier, dans ses ombres il souligne les filaments qui le relient (et nous relient) au Tout. Il est un, intègre dans sa fragilité. Je cite Hugo mais j'aime Rilke.

Comment ai-je connu Rilke, alors que son nom n'a jamais été prononcé de mon temps à l'EdNat ? Par l'entremise du jeune Fred Uhlman (L'ami retrouvé), qui passait ses beaux jours d'été à l'ombre des coteaux, entre Moselle et Neckar, à lire Rilke ou Hölderlin. La curiosité m'était toujours restée, elle est étanchée. Et, oui, TK, ne t'inquiète pas, je vais lire Schiller.

Présentation sur le site de l'éditeur





Saturday, June 23, 2018

Lu : Le brasero à benjoin, de Boudaoud Bellaredj

Algérie, années noires. Sacrée histoire, je vais mettre un moment à m'en remettre. Tranches de vies et vies tranchées, sur la base de témoignages réels. Troubles oniriques et cauchemars éveillés.

Aussi en trame de fond une ode à la famille, la vraie, celle que l'on choisit de fonder.


Ce court roman en français a été acclamé et traduit en plusieurs langues. Ci-dessous les couvertures française, anglaise (Love Admist Turmoil) et italienne (Fuoco e Cenere).






Thursday, March 29, 2018

Lu : Sur l'amour et la mort, Patrick Süskind

Lu : Sur l'amour et la mort, de Patrick Süskind,

où l'auteur part dans une lancée peu surprenante de sa part, analysant l'amour comme un littéraire et pas tant comme un philosophe, montrant qq points de passage de l'amour à la mort, puis comparant les parcours amoureux et macabres de Jésus et d'Orphée... pris dans leur dimension littéraire de personnage central ! C'est une analyse littéraire, pas théologique ! Je vous le donne en mille, Süskind préfère Orphée 😉




Tuesday, December 12, 2017

Lu : Internet rend-il bête, de Nicholas Carr, 2010

Titre original : The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains

J'ai lu ce livre à la recherche de la réponse à une question qui revient régulièrement ces derniers temps, de discussion en discussion : nos manières d'appréhender l'information et l'apprentissage connaissent-elles une discontinuité avec l'avènement de l'informatique et en particulier du web ? (Ou ne s'agit-il au contraire que de la continuité d'autres changements ayant accompagné l'évolution de l'humanité au fur et à mesure de l'invention de nouveaux outils ?)

Je reste sur ma faim. L'auteur dit que oui, qu'il s'agit d'un phénomène nouveau, et met en garde contre le fait de confier davantage de nos vies et en particulier de nos mémoires aux systèmes informatiques. Je continue toutefois de penser que non. Les arguments de Kasparov me paraissent bien plus convaincants.



Mon résumé en quelques lignes :
  • Une large part de l'ouvrage aborde les troubles cognitifs et mémoriels, bien réels, liés à l'utilisation des technologies informatiques : l'écran lumineux, le clavier bien sûr, la distraction permanente, le multi-tâche, et surtout le lien hypertexte. Sont abordés aussi les impacts sur l'éducation et sur les enfants en général.
  • Vient ensuite la comparaison avec le livre, le livre support, le livre outil de travail, le livre élément social.
  • Une belle digression sur Google, les transhumanistes et autres prophètes de la modernité, leur religion esotérique du progrès par l'efficience et leurs autres tares.
  • Explications sur la physiologie de la mémoire humaine, comparaison sommaire avec la mémoire informatique. Affirmation comme quoi ce n'est absolument pas assimilable (voir ci-dessous).
  • Conclusions, ouvertures.


L'ouvrage fourmille de références à des travaux scientifiques, qui sont toujours donnés in extenso en fin de chapitre. Le livre se conclut par une bibliographie fournie. Il s'agit d'un laborieux travail de journaliste, ni un travail de philosophe, ni un travail de chercheur scientifique, ni même un travail d'informaticien. Pour situer, on peut penser au ton et à la teneur d'un ouvrage de François de Closets, ce qui n'a rien de péjoratif d'ailleurs. Il s'agit d'un excellent volume pour celui qui souhaite rapidement acquérir des points de repère sur le sujet : beaucoup de vulgarisation de travaux scientifiques, dont certains très récents. (Quelques citations de philosophes ou de lettrés émaillent le discours, mais il ne faut pas s'y méprendre : elles ne font partie que de la mise en scène, pas du fond. )

J'ai trois reproches à formuler, au sens où ce sont les raisons qui font que je ne peux accepter telles quelles les conclusions de l'auteur :
  1. Le fait de ne parler qu'à charge, et jamais à décharge, discrédite la démarche. On se pose certaines questions à la lecture, et l'auteur n'y répondant pas, on ne peut que supposer qu'il ne les a pas aperçues, ou qu'il n'a pas su y répondre... Le spécialiste de l'informatique que je suis ne peut s'empêcher d'évoquer les éléments suivants, a minima :
    • Les concepts de complexité temporelle et de complexité spatiale, qui remettent en cause les affirmations sommaires sur les limites de la mémoire.
    • La dualité de l'information stockée, qui peut être aussi bien une donnée qu'un programme (cf. architecture Von Neumann, par opposition à l'architecture Harvard), montre que la mémoire informatique n'est pas seulement une donnée fixe, elle est aussi un processus évolutif dans le temps. Or ce détail est absent des comparaisons dressées entre mémoire informatique et mémoire cervicale.
  2. Un aspect essentiel, l'évolution, n'est pas pris en compte, par exemple :
    • l'évolution des technologies évoquées, qui sont encore à un stade précoce,
    • l'évolution de notre réaction (individuelle mais aussi sociale) à ces technologies, réaction qui est encore à un stade moins que précoce, disons embryonnaire.
    Avec notamment les travaux de Kandel, l'auteur montre que la mémorisation cervicale de long terme est plus complexe que ce que l'on peut supposer au premier abord. Mais il n'éprouve pas le besoin de se demander si la mémoire informatique ne pourrait pas, elle aussi, être plus complexe que prévu. A fortiori, le lieu de stockage que constitue le web est certainement plus complexe que les simples bouts de textes reliés par des liens hypertextes, tel que le décrit l'auteur. De plus, il n'aborde pas les évolutions possibles (technologiques, organisationnelles, humaines), ou même prévisibles, de ces lieux de stockage. Toute réflexion sur l'évolution, au sens darwinien du terme, est absente de l'ouvrage, que l'on parle de l'homme ou de la machine.
  3. Un bon nombre d'affirmations liminaires ne sont ni démontrées ni étayées, ou faiblement, comme l'absence de limite à la mémoire cervicale, ou l'absence de processus de gain d'espace. Il affiche un certain dédain vis-à-vis des "procédures" pré-programmées, alors qu'il est formellement (mathématiquement) démontré qu'un réseau neuronal parfaitement abouti est équivalent à un ensemble de cas traités par des procédures distinctes (if then else imbriqués, ou select case si vous préférez). Que le neurone humain soit physiologiquement proche ou non de celui d'un réseau neuronal mathématique ne change rien à cette démonstration mathématique.

Bref, excellent ouvrage si vous voulez des faits, des données, mais pas de quoi fouetter un chat en termes de concepts ou de conclusions.

Sunday, December 10, 2017

Lu : Un petit fonctionnaire, par Augustin d'Humières, 2017

Lu : Un petit fonctionnaire, par Augustin d'Humières, 2017

Je suis assez affligé des commentaires qu'on peut lire çà et là sur ce trait (130 pages) d'Augustin d'Humières, alors je prends mon mal en patience pour en fournir un commentaire aussi complet et factuel que possible.


Ce qu'énonce ce livre


Par l'œil de son narrateur essentiellement égal à lui-même, l'auteur nous livre ses observations, ses pensées sur l'école et ses problèmes. Il s'agit de constatations, illustrées par des exemples crédibles, mais pas d'un enchaînement de raisonnements structurés. Il est donc difficile de donner autre chose que des bullet points pour les résumer.


  • Les indicateurs d'échec de l'EdNat se multiplient mais personne ne réagit.
  • Chacun avance à son poste comme un petit soldat, s'occupe de sa propre promotion et, au mieux, de bien tenir son poste.
  • Les élèves sont devenus méfiants par rapport à l'institution, les professeurs sont souvent obligés de se justifier auprès des élèves-mêmes (sans parler des parents ou autres parties prenantes).
  • Le programme saupoudre, se contente de superficialités déconnectées les unes des autres, et récompense les élèves qui arrivent à donner l'illusion avec ces quelques bribes, s'ils respectent les codes et conventions des différents exercices. Le cours fidèle au programme n'apprend pas plus qu'une divagation sur Wikipédia, et souvent moins.
  • La nullité de l'apprentissage rend encore plus criantes les inégalités. Elles n'ont plus de contrepoids, plus d'échappatoire. Sans famille, un élève n'apprend rien à l'école, et stagne en s'ennuyant pendant les longues années de cours.
  • Les épreuves du bac sont des farces, l'oral est un sommet d'hypocrisie. Les candidats n'ont pour beaucoup aucune culture générale, pas même autour du contenu du cours, savent à peine ce que signifient les mots qu'on leur a demandé d'apprendre par cœur.
  • Les oraux de recrutement des profs sont du même niveau d'hypocrisise que ceux du bac. Juste avec un vocabulaire et des codes plus évolués.
  • Les candidats au sacerdoce qui risqueraient de remettre en cause l'EdNat sont systématiquement éjectés par le génie de l'institution.
  • Les inspecteurs de l'EdNat surfent sur l'enseignement là-même où les profs s'enfoncent, ils sont déconnectés. On leur demande de faire passer les consignes, ils jouent le rôle théâtral de comprendre et de cautionner ces consignes.
  • Les conseils de classe sont des farces jugées d'avance, où l'on finit par se dire que le mieux pour l'élève en échec est qu'il quitte rapidement l'école, pour ne pas s'enfoncer davantage encore. Y rester lui nuit, alors ne le faisons pas redoubler, de grâce.
  • Sciences Po n'est pas une grande école, mais une prépa pour grandes écoles, et ceux qui y arrivent en provenance de milieux défavorisés s'y cassent les dents et ne parviennent jamais jusqu'aux grandes écoles. Il ne leur manque pas la volonté ni les connaissances mais les codes pour s'intégrer.
  • Les personnels dans l'école sont noyés sous les sigles, les fonctions transversales, les réformes, le turn-over, les guerres internes... ne se connaissent plus et évitent la salle des profs.
  • Les élèves sont noyés sous les "projets", activités extra-scolaires, sensibilisations, sorties pédagogiques, etc. et le fait de placer des heures de cours à un rythme normal est plus l'exception que la règle.
  • Les parents sont largués car, loin du cliché comme quoi les parents doivent transmettre l'éducation et l'école l'instruction, l'école d'aujourd'hui ne transmet plus non plus l'instruction. Les horizons sont bouchés, même pour les élèves qui s'investissent.
  • Certains enfants s'enferment dans le communautarisme, parce qu'il leur offre des codes d'intégration plus faciles à adopter, leur trace une voie de sortie de l'école.
  • Les exigences du monde moderne, en particulier avec les moyens de communication numériques à disposition, sont supérieures à celles des générations précédentes, et non inférieures. La réussite n'est pas devenue plus facile. Ceux qui réussiront seront ceux qui auront réussi à déconnecter (du réseau social, de la communauté, du monde scolaire...) et cherché à se construire eux-mêmes.


Ce que ce livre n'est pas - en opposition aux multiples commentaires absurdes trouvés sur le web



  • Ce livre n'est pas une analyse. C'est un ensemble de constatations, de remarques désillusionnées, mais il n'y a pas de structure méthodique à visée de démonstration. D'ailleurs, il n'y a pas de thèse unique qui soit un fil rouge.
  • Ce livre n'est pas à charge contre les professeurs. Il en dépeint certains défauts, certes, au milieu de tant d'autres choses, et il serait bien plus étonnant qu'il ne le fasse pas.
  • Ce livre n'est pas mal écrit. Il raconte ce que vit le professeur et ce qu'il pense. Il n'a pas d'ambition stylistique particulière, mais se lit vite et bien.
  • Ce livre aborde les thèmes éculés du numérique, des réseaux sociaux, des dotations budgétaires, mais il n'en fait pas un point central. Il se concentre sur les aspects humains et systémiques de l'institution.
  • Ce livre ne donne pas de solutions, c'est vrai, mais il pointe quand même un certain nombre de scléroses qui ne pourront être éludées si l'on souhaite redonner à nos enfants une EdNat digne de ce nom.